2010 : Le Front populaire fait son bilan


saharamedia
Mercredi 9 Février 2011



Le Front populaire (FP) que préside l’économiste de renommée et ancien ministre du Plan sous Ould Taya, Chbih Ould Cheikh Maalaine, vient de publier un document dans lequel il tente de faire, une analyse, sans complaisance, de la situation politique, économique et sociale du pays.

Le FP qui ne s’affiche ni dans la COD (Coordination de l’Opposition Démocratique) ni dans la CPM (Coalition des partis de la Majorité) est l’un de ces rares partis qui a choisi, pour le moment, d’afficher une certaine indépendance politique, brisant de la manière cette funeste Bipolarité qui a toujours agi en Mauritanie comme un système de vase communiquant.

D’emblée, le FP annonce la couleur, en mettant l’accent d’abord sur les questions d’ordre économique : rétrécissement du marché du travail, « le poids des immigrants improductifs », détérioration du pouvoir d’achat des citoyens, hausse des prix, démission de la BCM et de la plupart des secteurs, déphasage criant entre le programme du président de la République et l’action du gouvernement. Ce sont là les principaux points noirs que le Font populaire tente d’analyser dans son document bilan d’une année au pouvoir du président Aziz.

Pour le FP, la réforme de l’administration doit prendre la forme d’une décentralisation efficiente, avec, comme visée principale, de responsabiliser les walis devant le gouvernement centrale et les élus locaux, en les faisant descendre de leurs strapontins « d’émir » dans la wilaya et d’en faire son serviteur.

Le Front populaire que beaucoup d’observateurs classe dans le centre gauche, s’en prend également au parti du « Makhzen » (le parti de l’Etat) qui, selon lui, joue, en toutes circonstances et en tous lieux le mauvais rôle : celui de recréer l’Ancien régime dans un nouvel atour. Ce qui, de son point de vue, « est le plus grand obstacle à la volonté de changement » qui ne peut être effectif que par la mise en œuvre de nouveaux instruments politiques, économiques et sociaux, qui constituent « une rupture totale avec les agissements politiques et économiques du passé.

S’agissant plus spécifiquement de 2010, le FP donne ce jugement qui ne laisse pas de doute sur la tonalité générale du document : 2010 s’est achevée dans la douleur. La pauvreté a gagné du terrain et concerne maintenant ce qui restait de la classe moyenne, malgré les efforts fournis dans le domaine de la lutte contre la gabegie. Et le FP de mettre en cause : le rétrécissement du marché du travail, le poids des immigrants improductifs, détérioration du pouvoir d’achat des citoyens, hausse des prix, démission de la BCM et de la plupart des secteurs, déphasage criant entre le programme du président de la République et l’action du gouvernement. Le parti rappelle que l’économie nationale a été bâtie, dès 1973, sur l’esprit de privilèges mercantilistes, précisant que le droit au travail entre également dans cet ordre d’idée. Tous les efforts menés pour une réelle justice sociale au niveau du recrutement (annonces, concours, priorités aux nationaux) ont été contournés, d’une manière ou d’une autre, notamment en faisant de sorte que les fonctions deviennent quasi héréditaires : des élèves officiers fils d’officiers de l’armée, des policiers fils d’officiers de police, de même que dans le corps de la Douane. De sorte que les fonctionnaires sont les enfants d’anciens fonctionnaires qui « héritent » de charges familiales comme cela avait cours en Europe jusqu’à la fin du XIXème siècle. C’est pour cette raison, souligne le document, que le FP considère tout système administratif héréditaire comme un système conservateur qui ne peut contribuer, véritablement, au changement.

Des réalisations mais…

Le FP salue les réalisations du pouvoir en 2010, année qui a connu « un sursaut en ce qui concerne les investissements, (Routes, adduction d'eau …) dont les effets sociaux sont souvent "lagués", mais les investissements distributifs ont été très limités ». Très vite, la critique qui se veut positive reprend ses droits dans le document du FP : « Si la bonne gouvernance a réduit les détournements d'autres formes de gaspillage s'installent : inefficacité, gaspillage du temps de travail (une correspondance dont la réponse attend 3 à 6 mois, les réunions interminables, les voyages), la gestion est confondue avec gardiennage, ce qui freine la dynamique économique.

Ensuite, le FP aborde la question des salaires sous l’angle d’une simple comparaison entre les « privilégiés » (exemple des chefs de projets dont les salaires avoisinent les deux millions) et ceux qui ne disposent que minumum vital : le SMIG. Le calcul opéré par le FP détermine le seuil de pauvreté à 420 dollars par mois de revenu soit 119.700 UM (nécessaire pour une famille de moyenne de 7 personnes) et fixe le SMIG à 59.350 UM. Le parti de Chbih trouve que sur le plan économique, « l'augmentation des salaires au bas de la pyramide a un effet dopant, sur la demande plus important que celui de l'augmentation des grands salaires ».

Ceci dit, le parti juge que tout n’est pas sombre pour cette année 2010 qui vient de finir. Et Le FP de dire que, « pour le mieux être des populations, un ensemble de transformations, est en cours, en particulier dans les secteurs sociaux. Au niveau de la santé, la politique volontaire d’équipement est très satisfaisante et la politique des prix et celle de la décentralisation augurent d’un avenir meilleur. Dans cette dynamique, l’Etat doit veiller à un meilleur encadrement de la médecine privée : prix, consultations à la chaîne, justifications des interventions, analyses, césarienne. »

Et le Front populaire de pousuivre dans la même verve « positiviste » : « En terme absolu, la couverture en eau potable est statistiquement satisfaisante, mais comme toute moyenne, elle cache d’énormes disparités, avec des zones suréquipées et des zones, à forte concentration de pauvres, complètement oubliées… la concentration de forages dans des zones privilégiées, crée une pression sur les nappes dont les dangers de désertification ne sont plus à prouver. Une certaine rationalité doit nous guider pour ce qui est des grands projets comme le DHAR. »

Concernant l’éducation, le FP a cette jolie boutade : « L’enseignement n’a qu’un seul atout constructif, c’est qu’il n’existe pas » ! Le parti recommande « un stop immédiat (…) pour éviter d’amplifier les effets de la bombe démographique » et trouve que les Etats généraux « sont une nécessité, mais ceux-ci doivent se réunir sur la base d’un travail préalable réalisé par des économistes, statisticiens, ingénieurs, sociologues. C’est ce qui permet d’encadrer les Etats généraux et d’éviter les types de réunions où chaque désœuvré se transforme en expert »

...Nous soutenons Aziz sans être de la Coordination de la Majorité

Le Front populaire rappelle que, depuis une année, il a choisi, dans son 3ème congrès, de soutenir le programme du Président de la République et que, depuis, il n’a cessé, « par déclarations ou par communiqués d’interpréter positivement toutes les actions de Mohamed Ould Abdel Aziz. » Il justifie son non appartenance à la coordination de la majorité par son refus d’assimiler « coordination » à vassalisation à un parti ou à un groupe de partis. Il consacre cette attitude de liberté politique par cette formule frappante : « Le Front Populaire ne reconnait pas le parti Makhzen et le considère comme un reproducteur de système, beaucoup plus anti-démocratique que le parti unique. » Le Front populaire donne alors la vision qu’il se fait de la coordination :, « c’est le débat critique, c’est l’accord sur un minimum de règles et de principes. La coordination c’est un soutien positif et non un soutien aveugle ou aveuglant - c’est servir de thermomètre au Président de la République, c’est servir de garde-fous pour éviter les dérapages du gouvernement dans l’exécution du programme. » et le FP de poursuivre sa série de critiques envers le modèle de la Bipolarité COD – CPM en disant que l’attachement au pluralisme le renforce dans la conviction que les différents soutiens ne sont pas « clones » pour éviter que le gouvernant ne soit pris en otage par la pensée monolithique des « béni oui oui ».

Enfin, la dernière partie du document produit par le FP se veut une approche efficiente capable d’aider à relancer les différents leviers de l’économie du pays qui, on le sait, peine aujourd’hui maintenir le cap de la croissance.

Synthèse : Sneiba Mohamed

 















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