Analyse et remède de la crise politique en Mauritanie


saharamedia
Mardi 3 Juillet 2012



Analyse et remède de la crise politique en Mauritanie

Dix-huit ans après l’Indépendance, La Mauritanie a été le théâtre de crises périodiques (1978, 1979,1980, 1984, 2005 et 2008). Ces crises se traduisent par une succession de coup d’Etat sur l’ensemble des instances légales du pays.

Il n’y a pas succession pacifique d’Etat et, par voie de conséquence, pas de continuité de l’Etat. A preuve: tout nouveau gouvernant se hâte d’élaborer sa Constitution et de démolir, sans inventaire de ce qu’a fait le prédécesseur. Nous sommes donc dans un cercle vicieux, dont les bénéficiaires principaux sont les putschistes.

Une impossible société de confiance dite au politique qui est l’ensemble des forces institutionnalisées qui interagissent pour le maintien de la cohésion sociale. Et les problèmes ne sont jamais résolus mais reportés à une date indéterminée. S’accumulent alors les rancœurs d’autant que notre conception du pouvoir favorise, chez les dirigeants, une attitude autocratique.

Ayant Une conception aberrante du pouvoir, d’après la tradition orale, règne un mythe dont l’origine remonterait au temps des MOURABITOUNES: le dirigeant est le «  maitre suprême » de la population. Cette vision des choses est toujours d’actualité, grand nombre de mauritaniens n’osent dire non à une quelconque personne détenant le pouvoir.

Il est évident que si une telle doctrine est intériorisée, il ne faut pas s’attendre à trouver une population de citoyens mais plutôt un conglomérat d’assistés qui attend tout d’un « maître suprême » dispensateur des bienfaits et réprimandes.

L’argument d’autorité triomphe, il n’y a plus de place pour la réflexion personnelle. Le peuple est doctrinalement infantilisé et il est conféré aux dirigeants non pas le statut de gestionnaires révocables mais une aura de propriétaires de la Nation qui distribuent prébendes et distinctions, non en fonction de la valeur, mais en fonction de l’obéissance et de la fidélité. Ce qui explique la mainmise totale sur le pays et le refus des opinions dissidentes comme celles de la COD (Coordination de l’Opposition démocratique) et des autres mouvements opposants.

Le mécontentement populaire croît alors dans les mêmes proportions que l’autisme des dirigeants. Il n’est alors plus possible de résoudre les problèmes par la voie démocratique, c’est à dire par le dialogue. Et, le changement de gouvernement devient un changement de régime toujours par coup d’Etat.

Au surplus, la terminologie mauritanienne du pouvoir est restée figée et ne s’est guère adaptée à l’évolution de la conjoncture. C’est ainsi qu’on appelle le pouvoir « Wilayatou Al amr », pouvoir royal avec tout ce que cette catégorie suppose d’arbitraire.
Et c’est aussi ainsi que tous nos gouvernants sans exception se sont comportés en propriétaires de la Nation et non en gestionnaires du bien public commun, gestionnaires révocables par le peuple souverain avec le soutien des ulémas, malgré la dernière intervention de Cheikh DEDEW sur la légitimé du gouverneur les choses n’ont pas changé.

Les mots n’étant pas neutres : il convient d’actualiser notre vocabulaire politique c’est-à-dire de bannir le terme « Waliyou Al amr »et de le remplacer par le mot Ra3i (Comme dans le hadith : Kouloukoum ra3in wakouloukoum massoul 3an ra3iyatih), plus conforme à la conjoncture et aux catégories contemporaines.

L’idée de Massoud Ould Boulkheir n’est finalement pas si mauvaise, si elle est accompagnée, des sept points fondamentaux exigés par For Mauritanie (VOIR SITE DE L’ORGANISATION) et d’une stratégie faisant du mauritanien un véritable citoyen. Cette stratégie doit consister dans la création d’une société de confiance et de liberté par une œuvre de salut publique urgente :

  • Il nous faut revoir toutes les idées reçues, accepter les conflits et les controverses mais les résoudre par le dialogue.
  • Etant surtout soucieux de la prospérité des entreprises mauritaniennes nous n’avons pas, à l’évidence, la prétention ni de refaire le monde ni de fournir la panacée à nos problèmes politiques actuels.
  • Un fait est néanmoins indiscutable: l’entreprise, variable sectorielle d’un ensemble plus global, ne peut prospérer sans sécurité. Il convient donc que les engagements en faveur d’une entreprise, souscrits par un gouvernement, ne soient pas annulés par le gouvernement suivant.
  • Les organisations de la société civile et les communautés sont souvent considérées comme des solutions remplaçant les services sociaux de l’Etat. Ces formes de solidarités sont, dans certains cas, idéalisées. Les solidarités privées fondées sur un altruisme mutuel renforceraient la cohésion sociale tout en préservant les individus de la pauvreté et de l’exclusion. D’où il faut renforcer ces solidarités et s’appuyer sur elles.
  • Réviser tout notre vocabulaire politique afin que le langage du Pouvoir ne soit plus réservé aux initiés, c’est-à-dire aux quelques citadins déracinés qui ne sont, tout compte fait.

Des lors, la Mauritanie prouvera au monde que, comme tout pays régi par le Droit, elle va s’engager désormais dans la voie de la désaliénation, de la continuité de l’Etat, de la gouvernance pacifique et sans déchirure.

 

 

Cheikh Ould Ebnou















GABONEWS APAnews