Arabes du Mali, c’est seulement dans le noir de la nuit que l’on peut voir les étoiles…


Mohamed Ould Moydidi*
Jeudi 11 Avril 2013



Arabes du Mali, c’est seulement dans le noir  de la nuit que  l’on peut voir les étoiles…
Entrainés dans une course de fond contre le temps, contre les événements et contre l’histoire, les arabes du Mali puisque c’est d’eux qu’il s’agit, veulent se faire entendre par une seule voix, mais laquelle de leurs voix, puisqu’ils en ont plusieurs. Depuis l’invasion du Nord par les groupes armés mnla-islamistes, les arabes du Mali sont divisés. Ils sont divisés sur ce qu’ils veulent, sur ce qu’ils cherchent. Au dernier congrès de Nebkit Lahwache, tenu en République islamique de Mauritanie, les uns ont décidé de réclamer leurs droits de citoyens maliens à l’intérieur du Mali par des voies légales et démocratiques. C’est l’option de l’alliance des arabes, Alkarama. Les autres ont choisi la lutte armée comme moyen de revendication de l’Azaouad. La division était alors consommée.

Aujourd’hui, l’antagonisme est encore plus grand, et ouvre la porte aux bouleversements. Les limites ont été atteintes dans les deux cas. Nous n’avions obtenu ni les droits de citoyens maliens à part entière, ni l’indépendance de l’Azaouad. Nous n’avons obtenu que la stigmatisation, l’exil, les exactions quotidiennes. Voila ce que nous avons obtenu. Aujourd’hui nous sommes moins que rien aussi bien aux yeux des maliens, que de l’opinion internationale. Nous sommes tous taxés de bandits armés, de milices d’ATT, de terroristes, de narco trafiquants, d’agents de renseignement et j’en passe, et nous voilà, à une nouvelle croisée des chemins.

Aveuglés par nos tiraillements, nos déchirements, notre soif de diriger, on ne se rend même pas compte de notre faiblesse, de notre petitesse, de notre folie. Dans notre aveuglement, on ne se rend pas compte de l’état de délabrement, de misère que nous avons provoqué, à nos familles dans les camps de refugiés, à nos campements, à notre jeunesse.

Face aux interrogations, à la perplexité, aux hésitations des uns et des autres et sous la pression que subissent les arabes pour faire l’union, deux blocs s’opposent depuis quelques jours en ayant chacun un argument de poids pour satisfaire les exigences de la communauté internationale, c’est à dire réaliser l’union des arabes coûte que coûte, et faire une déclaration qui confirme cette réconciliation :

- Pour les uns (Alkarama, et les élus locaux), il fallait designer une commission chargée de préparer un congrès des arabes du Mali, toutes tendances confondues. Au cours de ce Congrès, les participants feront le bilan, et on adopteront une position commune face à la situation, face aux enjeux et à la nouvelle configuration politique en gestation au Mali. Alors seulement nous ferons une déclaration au nom de toute la communauté arabe du Mali.



- Pour les autres ( groupes venu de Gao et Bamako, et le bureau du MAA, appuyés par Moulay Ahmed Reganni, Maitre Melainine Ould Badi), il ne faut pas se préoccuper pour le moment, des avis des uns et des autres. Il faut se réunir immédiatement, mettre en place une structure représentative de l’ensemble des sensibilités et faire une déclaration.

Ce qui ne semble pas obtenir l’adhésion de tous, pour des raisons connues des seuls arabes.

Face aux tergiversations, ce dernier groupe d’une vingtaine d’hommes s’est réuni pendant deux jours et a crée la « convergence des associations et mouvements arabes pour l’unité et le développement de l’Azawad », en entrainant dans cette démarche, et à la surprise générale, la direction d’Alkarama.

Apres la lecture de la déclaration « d’union », à la presse, et à la vue de la liste des participants à la rencontre, les réactions n’ont pas tardé affluant de partout. Cette convergence qui vient de naitre a encore creusé le fossé. Les arabes sont plus-que jamais divisés.

En ma qualité de simple observateur de la scène en dehors de toute considération, que peut-on tirer de cette nouvelle division des arabes ? Je crois, et c’est mon humble avis, nous n’en tirerons rien.

Dans cette cacophonie, nous avons d’abord l’obligation de sortir notre communauté de l’isolement, du règne de l’anarchie, de la stigmatisation. Cette démarche doit être menée par des hommes responsables, intègres, honnêtes, crédibles, jouissant de l’estime et de la confiance de toute la communauté. L’espoir est encore permis.

Comme disent les philosophes « quand on se sent perdu dans l’obscurité du désespoir, il faut se souvenir que c’est seulement dans la nuit noire que l’on peut voir et observer les étoiles ».

Jean Grave disait « Par les règles de la politesse les hommes vivent ensemble sans avoir besoin de signifier le fond de leur pensée, parce que la paix est parfois préférable à la vérité. La paix est un état de satisfaction lié à une absence de conflit ; la vérité, elle, désigne la cohérence logique avec la réalité. Dire la vérité est une exigence morale, sociale qui favorise la quiétude, alors que le mensonge pour accéder à la Paix, peut conduire à une nouvelle confusion.

L’on dit souvent que la politique a pour objectif principal, la préservation de la paix sociale, même au prix de la vérité. Cependant la vérité, c’est se préserver des erreurs et s’opposer au mensonge. »

Je rappelle aux dirigeants de la communauté arabe, que les rapports entre les hommes, entre les individus musulmans ou non, sont basés sur un minimum de confiance réciproque. L’exigence de la probité morale est aussi une exigence religieuse et sociale qui consiste à assumer ses responsabilités au sein d’une communauté, au sein d’un Pays quelque soit le Pays. Tromper les autres c’est se tromper soi même, c’est se mentir à soi même.

Notre communauté est à nouveau déboussolée, déçue, écœurée par l’attitude des hommes qui la dirigent. Ces hommes nous entrainent régulièrement à la compromission, à des prises de positions médiocres, à des arrangements basés sur des considérations moyenâgeuses sur des pressions et des exigences individuelles et partisanes. Nos chefs se rabattent toujours sur les moyens termes car le degré de réflexion est limité, et soumis à un eternel recommencement.

Cette situation est favorisée par notre éducation politique défectueuse, inexistante, mais si l'intelligence, et la ruse favorisent celui qui les possède, elles ne lui donnent pas pour autant, le droit d'exploiter ni de gouverner les autres par le mensonge, l’intrigue et la menace. Quelque soit leur ignorance, lorsque la pression est trop forte, les hommes se révoltent. Voilà pourquoi cette communauté est si partagée. Il n’y a pas de convergence. Il y a seulement, et malheureusement, une énième division des arabes.

Cependant, une communauté qui n'a pas encore accepté de se regarder dans une glace, de faire le bilan, de se remettre en cause, de corriger ses erreurs et changer ses dirigeants, est condamnée à tourner dans le même cercle, supporter les mêmes individus, tant qu'elle n'aura pas changé de conception. Aucune communauté ne peut satisfaire pleinement l'idéal de chacun de ses membres, ni celle des individus qui la composent. Un individu aussi, ne peut vivre sans l'appui de tous. Une communauté n'existe qu'avec le concours des autres communautés. Une communauté qui s'enferme dans ses limites, qui se referme sur elle-même finira par se rétrograder et disparaitre.

Enfin, nous ne serons des hommes et des femmes que lorsque nous nous accepterons mutuellement. Nous ne serons des hommes et des femmes que lorsque nous refuserons toute forme d’assujettissement. Enfin nous ne serons jamais des hommes responsables, tant que pour réussir l’union, on n'aura d'autre choix que d’impliquer les auteurs de nos divisions antérieures.

Néanmoins, je dis aux arabes : Ne soyons pas aigris par les déceptions de la vie. Apprenons à oublier, mais apprenons à séparer la bonne graine de l’ivraie. Si nous voulons enfin retrouver notre fierté, notre respect, notre grandeur au Mali, ou ailleurs, il faut que notre communauté dans son ensemble soit autonome. Il faut que ses aspirations se fassent jour librement. Il faut que nous puissions les développer dans toute leur expansion, que rien n'entrave nos initiatives et leur évolution. Nous sommes une communauté comme toutes les autres communautés de la sous région. Ce qui nous arrive est aussi vécu par toutes les autres communautés. Nous ne sommes pas les maudits de la terre et des divergences il y en a partout. Encore une fois c’est dans la nuit noire que l’on observe le mieux les étoiles. Faisons l’union…… mais dans les règles.

Que Dieu vous garde tous et ouvre vos yeux, Amen !


*Mohamed Ould Moydidi
jekaniya@yahoo.fr

Nouakchott














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