Au cœur du dispositif antiterroriste d’ATT : Le Pspdn et ses hommes


saharamedia
Vendredi 30 Juillet 2010



Plus que le camp d’Aqmi, est-ce le  dernier-né des projets du président Touré que le raid du 22 juillet a frappé ? De bonne source, ATT venait de signer le décret créant ce « programme spécial » dénommé Programme  pour la Paix, la Sécurité et le Développement au Nord (Pspdn). Sous la responsabilité de l’Agence Nationale des Collectivités Territoriales (Anict), le Pspdn, c’est d’abord une équipe légère de coordination de moins de six personnes; huit axes stratégiques, trois volets économique, sécuritaire et militaire ; un budget de près de plus de 60 millions de dollars pour l’horizon 2010-2012. Tout sauf une superstructure. Le « président ne veut rien qui dérange le dispositif existant mais plutôt d’un mécanisme qui complète l’existant et le coordonnerait mieux », confie un proche du dossier. Raison d’être du programme  dont toutes les rencontres décisives se sont jusque-là déroulées au palais de Koulouba? Relever le double défi « de la sécurité et du développement » au Nord du Mali, un trou noir de 700 000 km2, entre les régions de Tombouctou, Kidal et Gao avec plus de 5000 km avec l’Algérie, la Mauritanie, le Niger et le Burkina Faso.

Mieux d’armée et plus d’Etat

Officiellement présenté aux partenaires en début juillet, le PSPDN peut déjà compter sur une trentaine de millions de dollars (un peu moins que la moitié de son coût). Union Européenne, France, Japon, Allemagne, USA, Suède, Canada, Royaume Uni : la liste est longue des pays qui veulent y croire.  Hors de question, bien entendu, pour Bamako d’écarter l’approche militaire.  « Depuis fin 2009, l’armée s’équipe en matériel militaire adéquat pour assurer la sécurité au Nord »,  a révélé ATT à la presse, le 8 juin dernier. Des riverains de la route Bamako-Conakry -la capitale guinéenne est le port militaire majeur du Mali depuis les années 1960- attestent avoir vu plusieurs fois « la nuit, des cortèges de matériel militaire se dirigeant vers Bamako ».  En outre, les résidents de Gao, Tombouctou et Kidal sont de plus de plus survolés  d’hélicoptères de combat en manœuvre. Ces engins ont été achetés en février-mars. Au grand dam des gendarmes de notre économie. Nos partenaires trouvent, en effet, que ce n’est pas bon pour le « Tofe », ce fameux tableau de bord surveillé matin, midi et soir par le Fmi. « Nous n’avions pas d’autre choix que de renforcer et d’adapter notre armement à l’ennemi »,  justifie t-on en haut lieu. Ensuite, Kidal est « devenu une zone militaire à part entière ». Un haut dans l’entourage du président Touré décode: « ce n’est pas que pour dissuader l’irrédentisme mais pour garder  Aqmi dans le collimateur ».

Enfin, le 20 janvier dernier, ATT lui-même a présidé une imposante parade où l’armée a sorti tout son muscle. Anniversaire du cinquantenaire de l’armée malienne, sans doute, mais peut-être un message pour ceux qui, à l’intérieur comme à l’extérieur, voient encore en le Mali le « ventre mou de l’espace sahélo-saharien ».  La sécurité ce n’est pas le fusil seulement mais aussi le renseignement.

Déloger Aqmi du réseau social

Pour ses concepteurs, « le PSPDN requiert des renseignements fiables et mieux coordonnés ». Il faut également un maillage administratif plus serré du territoire, car comme le déplore un ressortissant du Nord, « l’Etat s’arrête à 30 km après Tombouctou ».

Mais l’originalité du PSPDN, s’en réjouit t-on dans l’entourage du président, c’est le dosage entre le militaire, le sécuritaire et l’économique. ATT a toujours soutenu que le terreau malien du salafisme, c’est d’abord la précarité économique des populations du nord. Jadis grands propriétaires d’animaux, celles-ci, en une génération, sont devenues, à cause des sécheresses successives, des prolétaires  à la merci du « plus petit dinar ».

Or ce n’est pas seulement l’islam que le salafisme partage avec ses hôtes, mais aussi et surtout ses médicaments et sa semoule. Kidnappeurs la nuit et autant de pères noël le jour. « Déconnecter les barbus du réseau social » devient ainsi la botte secrète du Pspdn à travers « des projets d’assistance économiques» aux communautés du Nord-Mali.

Ces projets ?  « Il y en a toujours eu au Nord »,  relativise un ressortissant du Nord qui pointe un rapport des Nations-Unies estimant  à plus de 130 millions de dollars « l’argent englouti dans le développement du Nord » entre 1995 et 2005. En pure perte ?  « C’est trop dire », tentent de rectifier les défenseurs du Pspdn : « les besoins économiques du Nord sont aussi immenses que son territoire ». Il s’y ajoute, pour ceux qui sont familiers des programmes de développement, que le PSPDN, à travers son dernier axe stratégique, accorde « une importance sans précédent au suivi et à l’évaluation des activités ».

Les hommes du Pspdn

Ce programme reposera sur des points focaux. Six au total, avec une coordination. Le commando de choc du président, dans un sens. Et le voici :

Mohamed Ag Erlaf : 54 ans, Directeur Général de l’Anict qui pèse soixante millions de dollars par an. Ressortissant de Kidal, ancien rebelle, Ag Erlaf fut près de dix ans ministre avant d’être nommé en 2000 à la tête de l’Anict.  En phase avec ATT sur la « lecture du Nord-Mali », c’est lui qui coordonnera le Pspdn qu’il a conçu et préparé. Fédérer, « faire faire » et mieux suivre, voilà l’approche de l’ancien ministre pour lequel le désenclavement du Nord est d’une absolue nécessité. Il faut actuellement « huit heures pour couvrir, non pas en chameau mais en 4x4, les 80 km séparant Tombouctou de Arawane ! »  Souris en main, dans son grand bureau de l’Est de Bamako, Ag Erlaf qui passe et repasse la présentation en powerpoint du Pspdn dit également que la justice est un pilier du Pspdn mais il vous assomme par cette révélation : « dans toute la Région de Kidal, il n’y a qu’un juge, Imaginez-vous ! »

Maharafa Traoré : 57 ans, ministre de la justice. Ce grand commis de l’Etat  venu au ministère en fin 2007 n’avait pas d’autre choix que de presser le pas. Alors, il propose et  fait adopter, en 2009 et pour la première fois au Mali  une loi qui définit et punit le terrorisme et le crime organisé. Dans la foulée, il  met en place le Programme National Intégré de Lutte contre le  Trafic de Drogue et la Criminalité organisée. Dans sa première phase (2010-2011), celui-ci comporte 92 actions visant à réduire  « l’utilisation du territoire malien par les réseaux du crime organisé ». Il dispose pour cela de 3 600 000 dollars alloués par le Mali, le Danemark, l’Autriche, le Luxembourg, l’Italie et l’ONUDC. Le ministre est, au sein du Pspdn, le point focal pour tout ce qui touche au crime organisé.

Moussa Kolon Coulibaly,  49 ans, Coordinateur du Programme National Intégré Contre le Trafic de Drogue et la Criminalité Organisée.  Magistrat et ancien du Pôle Economique et Financier de la commune III, donc chez le juge anti-corruption du Mali,  il est l’œil et l’oreille du ministre de la justice en matière de crime organisé.  L’accompagnement technique de l’ONUDC est pour lui une aubaine.  Le  Mali, dit-il, pas peu fier,  « est aujourd’hui  le seul pays de la sous-région à disposer d’un programme contre le  crime organisé ».

La Gardia de Finanza, la brigade anti-mafia de l’Italie vient juste, à son instigation, de former à  Bamako  et « pendant trois semaines  des juges, policiers et gendarmes maliens aux méthodes d’enquêtes financières ».  La mise en place de cellule contre le crime organisé  à l’aéroport de Bamako lui tient à cœur. « Ce sera pour très bientôt ». Quant à Aircoop, un projet de  partage d’informations pertinentes et en temps réel entre les aéroports de la CEDEAO,  « son taux d’exécution est de 50% ». Plusieurs aéroports de la CEDEAO  seraient, à ce jour, connectés avec  ceux du Maroc et du Brésil, au nom de la nécessaire « visibilité » sur le Maghreb et l’Amérique Latine.

Général Amadou Baba Touré : 61 ans, point focal de la lutte contre le terrorisme.

Pour l’efficacité, ATT l’a nommé Général peu de temps après la fin de sa mission comme gouverneur à Gao où cet ancien préfet et directeur des services de sécurité a servi au plus fort des activités des salafistes et des narcotrafiquants, entre 2003 et 2009. Il passe pour connaître le Nord comme sa poche. Et même si les contours de sa mission doivent être encore mieux définis, il se peut bien qu’il soit pour le président malien une sorte de « National Security advisor » qui compulse, recoupe et synthétise les rapports des « services » ayant trait aux activités terroristes. D’où l’impératif de bonnes relations de travail avec l’ensemble des services de renseignement du pays, voire en dehors. Son travail, naturellement est « top secret ». Il ne vous en dira pas plus.

Lieutenant Colonel Zabour Maïga : 56 ans, Directeur de l’Office central des Stupéfiants (OCS). Homme de terrain, ancien chef de service des investigations de la Gendarmerie nationale et  d’enquêtes chez le juge anti-corruption, il est à la tête de l’OCS depuis seulement avril  2010. M. Maiga était avant cette nomination le chef de cabinet à l’Etat major particulier du président, un autre maillon du dispositif sécuritaire national. L’OCS vient d’identifier les locaux où il aménagera. Son plan d’action est en route. Il a une compétence nationale et  sa mission est de coordonner la lutte contre le narcotrafic.  Il  coordonnera, à cet effet,  les actions, centralisera, analysera les données et diffusera toute information relative à son domaine de compétence. La formation du personnel requis pour la lutte contre le narcotrafic, c’est aussi lui. Le budget ? « Nous sommes en train de nous mettre en place et tout cela viendra très vite »,  assure le tout nouveau chef de l’Office.

Colonel Sirakoro  Sangaré : 62 ans, patron de la Commission Nationale Contre la Prolifération des Armes Légères depuis la fin des années 1990. Il y avait été nommé par Alpha Oumar Konaré mais il est aussi un proche d’ATT. Le « ramasseur d’armes »  voit ses missions renforcées dans le cadre du PSDN lui qui est chargé depuis quinze ans d’enrayer la violence armée en limitant la circulation et l’usage des armes légères. Le Nord -Mali est un des sanctuaires reconnus de ce fléau. Concrètement, il devra obtenir de plus en plus des communautés qu’elles lui rendent leurs armes. Lui, pourrait en échange leur offrir des projets d’intérêt communautaire et ou individuel : animaux, épargne-crédit, puits. La composante s’appelle « armes contre développement ». Elle coûtera cher mais c’est incontournable pour plus de paix et de sécurité dans la zone.  Il s’agit, dit-il, d’y mettre le prix.

Adam Thiam

Le Républicain, est seul responsable du contenu de cet article

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