Bac cuvée 2012 : Echecs et mat


saharamedia
Lundi 16 Juillet 2012



Bac cuvée 2012 : Echecs et mat

Les résultats du baccalauréat pour l’année 2012 sont maintenant connus. Et comme toujours, ils font l’objet d’interprétations allant dans tous les sens : Un léger-mieux, diront les responsables du super département de l’Education nationale, le seul à avoir été levé au rang de ministère d’Etat, un énième désastre crieront les syndicats qui, comme toujours, voient tout en noir, notamment du fait que les négociations avec le gouvernement sur l’essentiel de leurs revendications n’ont pas abouti, une dangereuse baisse de niveau contre laquelle l’Etat ne peut rien, diront, enfin, les parents d’élèves, surtout ceux dont les rejetons ont été recalés.

En fait, en termes de chiffres, on peut dire que les années se suivent et se ressemblent : 31.281 candidats, toutes séries confondues, 25.315 recalés (soit 80,92%), 3118 admis à faire la deuxième session (9,96%), 2848 admis (9,10%).

Comparativement au Baccalauréat 2011, les résultats de la session normale de cette année, annoncent un léger recul que les responsables de l’Education vont de voir expliquer par autre chose que les turbulences que les lycées mauritaniens ont connues. Selon les résultats officiels de la session normale du baccalauréat 2011, 3.021 élèves ont obtenu le diplôme (-172), alors que 3.193 candidats devront passer par la deuxième session (-75). Du point de vue des inscrits, la tendance se maintient pratiquement (31.281 en 2012 contre 30.059, en 2011). L’ampleur du désastre se mesure, cependant, au niveau des élèves recalés : 25.315 (2012) contre 20.802 (2011), soit 17,83% ! Certes, il faudra attendra les résultats de la deuxième session pour pouvoir donner un jugement définitif sur le bac cuvée 2012, mais déjà, on peut dire que l’on ne doit pas s’attendre à des miracles. Sauf si les responsables du ministère donnent des instructions pour que les correcteurs lèvent la main et permettent que la majorité des 3118 « sessionnaires » rejoignent les heureux élus de la première session.

Un vrai bac quand même

Malgré l’hécatombe, on peut dire quand même que le nouveau bac consacre un vrai début de réforme. Les élèves admis dans les différentes séries, si l’on élimine le phénomène de la triche à sa moindre expression, doivent leur admission à leurs connaissances dans les disciplines phares (mathématiques, physique-chimie, sciences naturelles, en C, français, arabe, philo, en A, Sciences naturelles, mathématiques, physique-chimie, en D, Sciences islamiques, arabe, en O), en plus des langues (français, arabe, anglais), alors que, dans le passé, ce qu’on appelle les « matières secondaires » jouaient un rôle non négligeable dans le franchissement de cet obstacle qu’est le bac. Mais il ne faut pas que les actuels responsables du ministère d’Etat chargé de l’Education nationale en restent là. Les Etats généraux de l’Education, dont la première phase commence demain lundi au niveau des wilayas, doivent être mis à profit pour effectuer les véritables réglages qui permettront à l’enseignement en Mauritanie de sortir des à-peu-près qui le caractérisent depuis plus de trois décennies. La question qui doit se poser ne doit pas être seulement liée à celle des niveaux, mais tenir compte aussi du type d’enseignement que l’on veut dispenser aux futures générations en faisant les choix appropriés. Mais il y a lieu aussi de ne pas verser dans le mimétisme et les jugements subjectifs, souvent faits par des non initiés, condamnant sans réserve les études des sciences humaines, parce que la « Direction Nationale » a une orientation allant dans le sens de la promotion des sciences appliquées ! Même s’il est vrai que la Mauritanie a besoin de cadres formés dans les disciplines qui aident au développement, il ne faut pas qu’elle se singularise, plus qu’il n’en faut, par cette focalisation excessive sur la haine des lettres et de ceux qui n’ont aucun tort dans les choix ayant conduit à la situation actuelle.

La bataille des bourses

Reste aussi que l’obtention du bac n’est pas une finalité en soit. Il faut bien que l’Etat puisse favoriser, dans des conditions acceptables, la poursuite des études à des milliers de nouveaux bacheliers qui tapent chaque année aux portes de la seule université du pays. Certes, il y a des instituts d’enseignement supérieur, à l’image de l’Institut supérieur d’enseignement technique (ISET) de Rosso, mais c’est encore plus proche de l’expérimentation que d’autre chose. L’extérieur, qui était la voie royale pour la poursuite des études supérieures, dans les disciplines scientifiques, constituent, de plus en plus, un véritable parcours du combattant. Car ni l’Etat ni les parents n’ont plus suffisamment de moyens pour pouvoir envoyer leurs enfants dans des pays comme la France, l’Allemagne, le Maroc, la Tunisie, le Canada ou les Etats unis.

En 2011, l’Etat avait octroyé quelque 400 bourses d’études pour étudiants détenteurs pour la plupart de bacs scientifiques et 143 autres pour des doctorants. Autant dire une goutte d’eau dans un océan de désolation. Et les cris de détresse qui proviennent d’étudiants en difficulté, le plus souvent parce que l’Etat ne paye pas les bourses à temps, ne sont pas fait pour encourager à envoyer des jeunes dans ce qui a tout l’air d’être une aventure. A leurs risques et périls.

Sneiba Mohamed

 















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