Chez nous autres africains …


saharamedia
Mardi 27 Mars 2012



Chez nous autres africains …

Il y a, chez nous autres africains, dans notre relation à la chose politique, quelque chose de pathétique et de tristement ridicule. C’est comme qui dirait  que les parcours étaient accidentels, hasardeux, fortuits. Rien de construit, rien de mûri ; que de l’approximatif, de l’instantané.
On s’offusque d’être  considérés comme pas encore suffisamment ancré dans l’histoire. On invoque en chœur des passés glorieux. On vante des civilisations jadis prospères, on magnifie des peuples « exceptionnels » ; on s’invente des « sauveurs »,  des « guides », des « homme-providence. »
On passe  de transitions à élections et d’élections à suspension…de constitution; le tout sous le regard  bienveillant de CMRN, CDDD, CNDD et que sais-je encore. On inonde à chaque fois le peuple d’une litanie de justifications simplistes et de prétextes tout aussi grotesques qu’avilissants. On maquille des coups d’états en révolutions, des régressions en avancées, des continuités en ruptures.
On promet, on chante, on dénigre, on dénie et on promet encore; plus qu’on ne peut; plus qu’il ne faut. Et le peuple incrédule en prend jusqu’à la lie. Il croit, espère, attend et attend. Les années passent, les ardeurs avec. Les espoirs s’estompent, les rêves se fanent, les « ambitions pour le peuple » deviennent les attentes d’un homme, d’un clan. La politique se mue  en art; l’art de se ranger (du bon coté s’entend)  de sévir et de se servir. L’essentiel étant  de faire semblant, de savoir faire étalage de ses platitudes et de présenter sous de meilleurs jours  des réalités cruelles, immondes faites de privations, de reniements, et de régressions.
Les peuples d’Afrique,  à quelques exceptions près,  sombrent dans un long sommeil hypnotique. Le réveil n’est pas hélas pour demain. C’est  de la mauvaise foi que d’appeler cela de l’afro pessimisme. Car  qu’avons-nous de singulièrement différent des indépendances à nos jours ? Rien ou presque si ce n’est  les mêmes guerres à répétitions, les mêmes affrontements ethniques, les mêmes configurations communautaristes ? Que nous ont-elles values nos armées en dehors des sempiternels coups d’état tout aussi stupides qu’insensés ? Pourquoi ne pouvons-nous pas avancer; s’entendre sur l’essentiel : l’évolution  des peuples dépend de leur aptitude à instituer et à respecter des normes, à promouvoir des valeurs et à s’accorder sur des principes. Nous devons nous accorder sur les règles du jeu avant d’entamer le jeu. C’est là un préalable fondamental. Mais si, au contraire  chaque jour est un renoncement, une renonciation !
Chaque «  modèle » se révèle après n’être qu’un simple accident de parcours. Quand le Sénégal s’enfonce aussi bas; quand le Mali se paie si indignement un coup d’état aussi désastreux; quand la France au lieu de condamner « souhaite des élections rapides », quand la quasi-totalité de la classe politique africaine se mure dans un silence si suspect; quand  la transgression devient règle, et la dissidence une vertu …..c’est qu’on  est encore loin - tristement loin - du bout du tunnel.
Ibrahima falilou
Professeur

 















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