Contre le VIH/SIDA : Une Charte pour les Tradipraticiens


saharamedia
Samedi 8 Mai 2010



Contre le VIH/SIDA : Une Charte pour les Tradipraticiens

Dakar a accueilli pendant trois jours une soixantaine de participants venus de dix pays de la sous-région dont la Mauritanie. Cette rencontre a été l’occasion pour les tradipraticiens de l’Afrique de l’Ouest, de rendre officielle la charte sur le VIH/SIDA. Elle est structurée en trois parties : Les Principes directeurs, les méthodes de travail et les Dispositions Finales. C’était lors d’un séminaire organisé à la Chambre de Commerce de Dakar. La Gambie, Sénégal, Mali, Mauritanie, Sierra Léone, Côte d’Ivoire, Libéria, Burkina Faso, Guinée Conakry et Guinée Bissau sont les principaux signataires de la Charte sur le Vih Sida. Elle est, selon Monsieur Gilbert Diatta des tradipraticiens sur le SIDA, une équation qui reste toujours sans résolution en Afrique, où la médecine traditionnelle a joué un rôle très important pour plusieurs maladies.

Cette rencontre a été l’initiative de l’ONG Gestu (en français, se retourne). Dans Gestu, on peut aussi penser à la tradition. Cette organisation nationale, basée à Pout, dans la Région de Thiès, regroupe sept centaines de tradipraticiens. Elle tend de plus en plus à devenir sous régionale. Ces médecins traditionnels ont longtemps nié l’existence du Sida avant de reconnaître sa réalité au terme d’un dépistage volontaire auquel ils ont dû se soumettre pour mieux comprendre son existence » a expliqué M. Diatta.

Selon le chargé des programmes de l’Ong Gestu, la validation de la Charte, de même que les différentes recommandations, faites par les signataires doivent être prises en compte par les autorités étatiques, pour une meilleure prise en charge de la maladie. Mamadou Bâ, Président de Gestu, lui, pense qu’il urge que la médecine moderne et traditionnelle collaborent, le meilleur moyen de lutter contre le Sida. « Maintenant que nous maîtrisons les manifestation de la maladie, quand les patients, sans cacher leur séropositivité, viennent vers nous se plaindre de fièvre, de douleurs, de diarrhées, d’amaigrissement et surtout de faiblesse, nous leur donnons des calmants, mais aussi, nous les poussons à se rendre à l’hôpital pour un traitement adéquat de la maladie. L’article 9 de la Charte stipule : « Le tradipraticien doit dire aux populations qu’il n’existe pas encore de remède contre le Vih Sida ».

L’article 13 va plus loin : « Le tradipraticien ne doit pas déclarer pouvoir guérir le Sida dans les médias (Journaux, radios, télévisions), par contre il doit encourager ses clients ou les populations à se rendre dans les centres de dépistage qui seuls peuvent détecter le virus du Sida. Il soigne certaines maladies opportunistes liées au Vih Sida. L’officialisation de la charte est une chose, mais le respect des lois en est une autre, selon Gilbert Diatt.

Au sortir de cette rencontre, les tradipraticiens espèrent décourager les charlatans faux marabouts, en réalité, soucieux uniquement de soutirer de l’argent chez les patients infectés et affectés et pour qui, tous discours de guérison est le bienvenu, compte tenu de leur état difficile et complexe

 

Cette charte va réglementer le secteur de la médecine tradionnelle surtout l’implication de celle-ci dans la lutte contre le Sida. Selon les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), 85% de la population africaine a recours la médecine traditionnelle, quelle que soit la maladie. Cependant, nombre de patients tombent sur des marchands d’illusions qui prétendent guérir toutes les pathologies et même le Sida dont la médecine n’a pas encore trouvé de vaccin.

Justement, c’est pour «  anéantir  » les actions novices de ces derniers que l’Ong Osiwa a décidé d’appuyer les « véritables » tradipraticiens de l’Afrique de l’Ouest par la création d’une charte.

Cette charte sur le Vih/Sida est également un instrument de promotion du dépistage du Sida. « Ce n’est pas avec des cauris qu’on peut découvrir le virus qui est dans le sang », a laissé entendre Mamadou B. En effet, pour le président de l’Ong Gestu, par ailleurs président du réseau des tradipraticiens de la sous région, ces collègues devraient pousser les malades faire le dépistage dans la mesure o il existe des confusions entre le Sida et les IST.

« Ils doivent faire le discernement entre le Vih/SIDA et les autres infections «, ajoute M. B. Ainsi, il invite ses collègues  à orienter les patients dans les structures modernes après diagnostic. » Il faut que nous soyons honnêtes, car il n’existe pas de remède contre le Sida pour le moment« , assène le tradipraticien.

La lutte contre la pandémie du SIDA exige de tous un engagement sans faille. Et de quelque bord qu’on soit. Les tradipraticiens en appellent à la mise en place d’une Charte

 «Les pouvoirs publics sont preneurs pour toutes actions permettant d’améliorer le système de santé en Afrique. La médecine traditionnelle peut jouer le grand rôle qu’on attend d’elle. Nous représentons l’Etat, qui est dépositaire de la politique de santé et nous devons booster les indicateurs de performances et toutes actions dans ce sens sont les bienvenues», dira t-il en substance.

Aliou Aw précisera également que la médecine traditionnelle constitue le premier recours en cas de pathologies en milieu rural «nous devons investir dans les activités pour donner une réponse au Vih sida.»

«Gestu» qui a initié la rencontre en partenariat avec l’Open Society Initiative for West Africa (Osiwa), une Ong internationale qui milite pour la bonne gouvernance et la démocratie en Afrique, est impliquée dans la lutte depuis 1996. Ce qui lui a permis d’articuler les interventions dans la prévention et la prise en charge du Vih/ sida.

Mamadou Bâ, le responsable moral de l’Ong «Gestu», a invité ses pairs à élargir le champ de la connaissance dans la lutte contre le fléau : «Il y a parfois des confusions entre le Vih/ sida et certaines maladies sexuellement transmissibles, surtout qu’avec l’ouverture des frontières, les populations voyagent beaucoup. Il y a aussi le fait que les patients consultent les tradipraticiens en premier, donc ils sont les premiers à être informés.»

L’adoption de la Charte de la médecine traditionnelle dans l’espace sous régional, permet d’anéantir les actions nocives de certains tradipraticiens, de promouvoir le dépistage volontaire du Vih/ sida, de promouvoir une prise en charge globale, de renforcer les liens entre acteurs…Laquelle charte sera rédigée en 3 langues (français, anglais et arabe).

 

 















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