Crise : La solution n’est pas dans la rue


saharamedia
Samedi 14 Juillet 2012



Crise : La solution n’est pas dans la rue

Les mauritaniens s’accordent aujourd’hui sur une seule chose : Le pays n’a pas besoin d’une solution à la « printemps arabe » pour sortir de la crise dans laquelle il se débat depuis l’élection présidentielle de juillet 2009, et même avant, si l’on considère que la Mauritanie peine à retrouver une sorte de « normalité » après le coup d’Etat du 03 août 2005 !

Même ceux qui, du côté de la Coordination de l’opposition démocratique (COD), appellent à la chute du régime, en brandissant leur « Aziz dégage », ne croient pas à ce type de solution radicale. Et plein d’imprévus. Il faut voir leur action, qui a des hauts et des bas, depuis plusieurs mois, comme une manière de mettre la pression sur un pouvoir resté sourd à tous les appels lui demandant de revoir sa manière de gouverner. C’est peut-être aussi le moyen dont dispose la COD pour faire comprendre que le dialogue, auquel elle n’a pas pris part, ne peut constituer le point de départ pour résoudre une crise multiforme, dont les ramifications sont à la fois politiques, économiques et sociales. Une stratégie consistant à demander beaucoup pour avoir peu, à savoir ne pas être obligé de boycotter des élections municipales et législatives qui se profilent à l’horizon. Et qui seront déterminantes, non seulement pour évaluer le rapport des forces qui existe aujourd’hui mais fixer les contours de ce que sera la carte politique de demain. A condition, bien sûr, que les deux camps acceptent d’entrevoir, ensemble, la possibilité de sortir du tourbillon de la crise actuelle qui donne l’impression de faire tourner le pays en rond. Depuis 2005.

Car les vraies conditions d’instauration d’un régime démocratique ne sont pas encore bien pensées en fonction de la stabilité des institutions mais seulement des « opportunités » du moment. Ceux qui arrivent au pouvoir ne pensent qu’au meilleur moyen de le conserver, le plus longtemps possible, alors que les hommes qui le cherchent depuis 1991 – et qui le manquent à tous les coups – ne pensent qu’à le conquérir. A tout prix.

Procéder par étapes

Il est évident que la sortie de la crise n’est pas pour demain. Ceux qui lorgnent vers les élections municipales et législatives pensant qu’elles peuvent être « la solution » ne font que retomber dans les mêmes erreurs qui, dans le passé récent de la Mauritanie, expliquent le retour insidieux vers les perturbations « atmosphériques » de l’après 2005. Car tout scrutin, présidentiel ou autre, implique la prise en compte d’intérêts immédiats, pas de considérations allant dans le sens de la consolidation de la démocratie, de l’unité nationale et de la bonne gouvernance qui, en principe, doivent guider toutes démarches réformistes. C’est pour cette raison que la classe politique actuelle doit privilégier une démarche par étapes pour résoudre la crise. Même s’il faut continuer encore dans cette « irrégularité » institutionnelle que met en avant la COD mais qui doit se justifier par un accord sur la nécessité d’en sortir au plus vite. Pour cela, la Majorité présidentielle doit cesser de se défier et accepter, une fois pour toute, que la crise existe belle et bien, qu’elle n’est pas « pure imagination dans l’esprit malade » des gens de la COD. Et cette dernière de comprendre qu’elle fait vraiment fausse route en annonçant son intention de « dégager » Aziz. Les révolutions ne se décrètent pas, elles surviennent, sans crier gare, quand toutes leurs conditions sont réunies.

C’est à ce niveau, peut-être, qu’il y a différence d’interprétation des faits entre la Majorité et l’Opposition (dans ses deux « versions », COD et CAP). Avec une évaluation « différenciée » de l’action d’un gouvernement qui, il faut le dire, est victime de l’usure du temps. Et du fait que son chef, le Premier ministre Moulay Ould Mohamed Laghdaf, fait partie de l’entourage du président Aziz qui a survécu à la crise de 2008 appelée « Rectification », ce qui n’est pas forcément un avantage pour contribuer à la recherche de solution à celle survenue après la Présidentielle de 2009.

C’est pour dire que, s’il veut vraiment chercher une réponse aux problèmes qui troublent aujourd’hui le sommeil des mauritaniens, le président Aziz doit, d’abord, se débarrasser d’une partie de son personnel « technique » et politique qui continue à vivre, intensément, les soubresauts de la « Rectification » et n’envisage pas de solutions en dehors de ce regard sur le passé dans ses rapports avec une opposition qui a fortement changé. On peut être persuadé que ce sont ces hommes et femmes qui empêchent le président de se débarrasser de ces pesanteurs qui empêchent d’enclencher un processus de dialogue (même informel) avec la COD. Car, malgré ce que l’on dit sur la propension d’Aziz à penser et à agir seul, il est évident que la volonté de ne pas aller dans le sens d’un déclic pouvant favoriser une accalmie sur le front politique ne peut venir que de mauvais conseillers tapis dans l’ombre et faisant croire au raïs que la COD n’est qu’un « ramassis » de personnalités « séniles », inaptes à mener une révolution et « aigries » par leur mise à l’écart.

Il est aussi évident qu’il faut prendre en compte le choix politique – et stratégique – des partis de la Convention pour une Alternance Pacifique (CAP), qui privilégie une démarche d’apaisement social sur les « gains » politiques que permet un « printemps arabe » très aléatoire. La rue n’a jamais été la solution aux problèmes qui s’expriment, pourtant, de manière quotidienne, à travers elle. C’est faire fausse route que de considérer que l’on peut apporter un changement positif en recourant à ces manifestations qui, ailleurs, n’ont apporté que mort et désolation ou, au meilleur des cas, la mue de dictatures arabes en « démogâchis ».

Mais ce n’est pas une raison pour que le pouvoir ne procède pas à des changements de fonds, après avoir échoué à opérer des ajustements de forme.

Sneiba Mohamed

 

 















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