Crise : On ne vit pas que de politique


Sahara Médias - Nouakchott
Mardi 11 Septembre 2012



Crise : On ne vit pas que de politique
Les mauritaniens, tous bords confondus, restent attachés à la recherche d’une solution à la crise multiforme qui secoue le pays depuis août 2009. Même si la situation actuelle de « ni guerre ni paix » commence à lasser.
Il est cependant évident que la façon dont les différends protagonistes de cette crise abordent la question n’est pas la mieux appropriée pour satisfaire le désir des mauritaniens de retrouver un semblant de « normalité » dans leur vie de tous les jours. Ce n’est pas en entretenant le discours négationniste de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) ou en faisant l’éloge du pouvoir, sans « raison suffisante » ou objectivement neutre, que l’on convaincra de la justesse d’une cause ou du caractère erroné de l’autre. Une Bipolarité de circonstance, contrairement à ce qui se passait sous Taya, et qui est revisitée aujourd’hui à dessein par les organes de presse officiels comme pour entretenir la flamme de la crise et donner l’impression aux citoyens que ce qui empêche le pays d’avancer, dans l’organisation, par exemple, des élections municipales et législatives, c’est l’incapacité de la classe politique de s’entendre sur un minimum.
Alors que les mauritaniens font face à des problèmes de survie, l’on continue à lier leur sort à cette question d’entente ente la Majorité et l’Opposition sur les conditions de sortie de la crise politique que l’on entrevoit, comme toujours, à travers l’organisation d’élections qui permettront à des politiques d’occuper les sièges où se vautraient certains de leurs congénères formés à la même école, même si les circonstances actuelles les ont opposés. 
L’on ne pense nullement, côté population, à ces augmentations du prix du carburant qui ont poussé les transporteurs à répercuter la différence perdue sur le bénéfice sur le dos du pauvre consommateur. Ainsi, les prix des produits de première nécessité augmentent de manière systématique, à l’image de ceux du prix du transport passé de 2500 UM, entre Nouakchott et Aleg, à 3500 UM ! Et Aziz qui disait qu’en taxant le carburant, il en fait supporter le prix aux riches propriétaires des véhicules ? C’aurait était le cas s’il y avait, véritablement, une politique de contrôle des prix qui permet à l’Etat à veiller à ce que pour chaque augmentation de 5 ouguiyas sur le litre de gas-oil, les transporteurs n’en profitent pour en ajouter 1000 !
 Evidemment, ce genre de problème et ceux liés aux stratégies de développement économique et social du pays n’entrent pas dans le cadre des priorités de ceux qui entretiennent la crise à dessein. Car si la sécheresse, devenue maintenant un mauvais souvenir, n’avait pas réussi à éclipser le débat politique sur la crise, ses causes et ses effets, l’arrivée d’un bon hivernage n’a pas suscité une réaction positive, de part et d’autre, pour sursoir aux divergences, pas vraiment de « saison », et penser aux meilleurs moyens d’accroitre la production agricole cette année, en organisant une véritable réflexion sur la gestion des terres cultivables, la mécanisation, la diversification agricole, le rapport public-privé, le crédit et diverses autres questions qui préoccupent les producteurs agricoles dans le secteur de l’irrigué, mais aussi ceux qui continuent à pratiquer une agriculture sous pluies ou derrière barrages.
C’est pour dire à ceux qui président à la destinée des mauritaniens, mais aussi à ceux qui s’opposent à eux, qu’on ne vit pas que de politique, qu’il y a d’autres domaines qui méritent plus d’attention de leur part, s’ils veulent réellement inscrire leur action dans le cadre du développement du pays. Certes, la politique commande tout le reste, puisque c’est elle qui confère à un homme ou à un parti la gestion « démocratique » d’un pays mais elle est loin d’être la finalité de ce combat qu’on mène aujourd’hui pour (r)établir un rapport de force entre ceux qui gouvernent et ceux qui s’opposent.
 
Ordre des priorités
 
C’est parce qu’on n’arrive pas à fixer un ordre des priorités que le débat sur la crise politique en Mauritanie n’arrête plus de faire l’actualité. Tout le temps (c’est-à-dire douze mois sur douze), les hommes politiques accaparent la scène, font passer au second plan ministres et technocrates censés pourtant traduire en actions ces stratégies et plans de développement pensés en termes de bien-être des populations. C’est plus pertinent à l’heure actuelle que cette guerre sans merci à laquelle se livrent pouvoir et opposition pour convaincre l’opinion publique nationale et internationale de la pertinence de leurs approches, mais qui le soumet également à la pression de devoir toujours justifier le raidissement dans les positions d’une COD qui tient fermement à son « Aziz dégage » et d’un parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR) qui accuse les opposants au régime de jouer aux empêcheurs de tourner en rond.
D’aucuns considèrent cependant que la véritable menace pour le pouvoir du président Aziz n’est pas la pression que la COD tente, désespérément, de faire peser sur lui mais cet essaiment de crises parallèles qui semblent toutes aller dans la même direction : Le changement d’un mode opératoire de gouvernance qui donne une large place à l’improvisation et à la « vision unique » - et équivoque – des solutions à apporter aux problèmes posés. En témoigne l’extradition de l’ancien chef des renseignements généraux libyens, Abdallah Senoussi, qui semble avoir été décidé par Ould Abdel Aziz et son alter ego, le chef d’état-major de l’armée, le général de division Ghazouani, et qui revêt, aux yeux de certains, un parfum de scandale à relents de transactions financières qui ne concernent que ceux qui les ont menées, ou encore la gestion, de bout en bout, du dossier de Biram Ould Dah Ould Abeid et de ses compagnons d’infortune jetés en prison, sur instruction du Rais, dit-on  - ou suggestion par prise de position avant jugement – et libérés sans doute aussi sur ses ordres.
 Le fait même que le président Aziz prête peu de cas au risque de contestations que peut provoquer de telles décisions au sein de sa propre Majorité, ne fait que conforter cette idée d’un Raïs aux méthodes peu orthodoxe, agissant (toujours) en militaire et ne prévoyant pas les conséquences – possibles – de ses actes. 
Ici, le « profit » que le pouvoir a essayé de tirer de l’acte « irréfléchi » d’IRA valait-il le risque énorme qu’il prend en poussant une bonne partie des haratines à reconsidérer leur position par rapport à une question à relents raciaux de plus en plus évidents ? Evidemment que non puisqu’il vient, de manière inattendue, de libérer Biram et ses compagnons comprenant ainsi que le contexte politique et social chargé appelle à une plus grande prudence. 
 
Sneiba Mohamed
 














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