Crise ivoirienne : Aziz a tout à gagner et presque rien à perdre


saharamedia
Lundi 21 Février 2011



La crise ivoirienne était à l’heure de Nouakchott, dimanche dernier, où quatre chefs d’Etat africains membre du panel mis en place par le dernier sommet de l’Union africaine (UA) s’étaient retrouvés autour du président Ould Abdel Aziz pour étudier les propositions de sortie de crise ivoirienne que le comité d’experts envoyés à Abidjan, il y a quelques jours, devait présenté au groupe des sages.

Ainsi, Jacob Zuma de l’Afrique du Sud, Blaise Compaoré (Burkina Faso), Idriss Deby (Tchad), Jakaya Kikwete (Tanzanie) et Mohamed Ould Abdel Aziz doivent mettre toutes les chances de leur côté pour que « l’expédition » ivoirienne ne vient s’ajouter à ces nombreuses missions impossibles de l’UA et de la communauté internationale, à chaque fois qu’il s’agit de trouver une issue négociée à une crise qui présente des risques certains de guerre civile.

Il faut dire, cependant que le panel des cinq chefs d’Etat, mandaté par l’Union africaine pour trouver une solution politique à la crise ivoirienne, s’est réuni dans des conditions qui sont loin d’être favorables. D’abord, l’attention du reste du monde est ailleurs. La crise sociale qui secoue le monde arabe focalise plus les regards de Washington, Paris, Londres et Moscou que les tribulations d’un Laurent Gbagbo qui refuse obstinément de céder son fauteuil à Alassane Ouattara, président élu avec plus de 54% des voix, en nombre dernier, et reconnu pratiquement par la quasi-totalité de la communauté internationale.

 

Si donc la réunion de Nouakchott n’est pas sortie avec une vision pour la sortie de crise en Cote d’Ivoire, à partir de l’examen par les présidents mauritanien, tchadien, tanzanien, sud-africain et burkinabé du rapport présenté par les experts, il n’est pas sûr qu’ils puissent mettre en œuvre tout de suite les mesures « contraignantes pour toutes les parties ivoiriennes ». A quelques heures de la tenue même de ce mini sommet, on se doutait à Nouakchott s’il était même possible aux cinq chefs d’Etat d’envisager un voyage à Abidjan où ils doivent rencontrer les « deux présidents » ivoiriens. Car, comme pour ne pas avoir à subir les conséquences de cette réunion du panel (qui ne dispose que d’un petit mois pour présenter une solution), le camp de Laurent Gbagbo a subitement fait monter la tension d’un cran. Un couvre-feu nocturne a été mis en vigueur jusqu'à la fin du week-end, et la répression de manifestations pro-Ouattara a fait plusieurs victimes samedi dans au moins deux quartiers d'Abidjan. Pourtant, Aziz et le panel moins Compaoré ont quand même fait le déplacement pour tenter de plier Laurent Gbagbo à se résoudre à quitter. Ou peut-être de pousser Ouattara à accepter le partage du pouvoir !

Risques de dissensions

Jusqu’à la tenue de la réunion de Nouakchott, beaucoup d’appréhensions avaient cours sur la décision finale qui sera prise. On savait depuis longtemps qu’au moins deux des membres du panel (Afrique du sud et Burkina Faso) avaient leurs préférences dans la crise qui secoue la Cote d’Ivoire depuis le 28 novembre 2010. Si le président sud-africain semble être favorable à Laurent Gbagbo, le Burkinabé Compaoré est étiqueté comme un soutien à Alassane Ouattara par des proches du président sortant. Et c’est sans doute cette divergence de points de vue entre Jacob Zuma et Blaise Compaoré qui a retardé la finalisation du rapport final des experts qui n’a été faite qu’à Nouakchott, un jour seulement avant le conclave des chefs d’Etat, selon les révélations faites à la presse par le ministère mauritanien des Affaires étrangères !

« Du 6 au 10 février, ces experts ont rencontré à Abidjan toutes les parties concernées par les opérations électorales de novembre » a indiqué le porte-parole Babah Ould Sidi Abdallah, précisant : « sur cette base, ils ont rédigé un rapport en deux volets : le premier est un compte-rendu de leurs rencontres en Côte d’Ivoire et des préconisations des différents acteurs ; le deuxième contient les propositions des experts pour une sortie de crise. » Et c’est ce deuxième volet qui a été au cœur de la réunion des cinq présidents. Les décisions prises par ce panel seront « contraignantes pour les deux parties ivoiriennes » stipule le mandat donné par l’Union africaine. Or la marge de manœuvre est mince. Car si, rappelons-le, l’Union africaine a pris une position claire en reconnaissant Alassane Ouattara comme le vainqueur de l’élection présidentielle, au sein même du panel, tous les chefs d’Etat n’ont pas le même point de vue sur la situation ivoirienne.

C’est presque tout bénéfice pour Aziz

Réussi ou pas, le sommet de Nouakchott a quand même été tout bénéfice par le président Ould Abdel Aziz. Sa consécration en tant que président du panel, même due au fait qu’il est à la tête du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’UA pour un an, lui aura permis de jouer le rôle d’arbitre dans une crise alors qu’il n’y a pas longtemps, c’était lui qui était dans le box des accusés. Ensuite, n’oublions pas que c’est quand même la première fois qu’un président de l’Afrique du sud, la première puissance du Continent, fasse le déplacement à Nouakchott. Ce qui n’est pas rien, diplomatiquement et médiatiquement parlant. Il y a également que la présence à Nouakchott du président burkinabé Blaise Compaoré lave un peu l’affront qui a été fait à la Mauritanie quand Ould Abdel Aziz, parti assisté à la commémoration du Cinquantenaire de l’indépendance de ce pays, en décembre dernier, a été « ignoré » à Bobo-Dioulasso. Sur le terrain de la mission de bons offices en Cote d’Ivoire, le président Aziz et ses autres pairs africains ne sont certes pas assurés de réussir à convaincre Gbagbo de renoncer à son fauteuil, mais il pourra dire à la fin : après tout, j’ai essayé.

Sneiba Mohamed

 

 















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