Dans le palais des « conspirations », comme le dira la présentatrice de la TVM


Vendredi 7 Septembre 2012



Dans le palais des « conspirations », comme le dira la présentatrice de la TVM
La journaliste de la TVM qui a voulu donner un avant-goût de la « rencontre entre le président Ould Abdel Aziz et le peuple », n’a certainement pas voulu faire plaisir aux opposants du raïs en faisant ce lapsus…de tonnerre : palais des « conspirations » !

Elle n’a pas cherché à se rectifier – ou à s’excuser – espérant, peut-être, que ce lapsus soit passé inaperçu, mais les rires et moues des grands commis de l’Etat, assis aux premiers rangs, de cette foule immense venue écouter le président Aziz, ne laissaient planer aucun doute que la fatale erreur est bien passée par là.





La présentatrice n’est plus apparue par la suite et la grande mise en scène de ces nuits ramadanesques a commencé. Durant quatre heures d’horloge, les mauritaniens ont suivi sur le petit écran, et en direct, les actes de cette rencontre entre le président et le peuple. Une occasion rare que le pouvoir a voulu présenté comme un dialogue « franc et direct entre le sommet et la base ». Et dans des conditions politiques et sécuritaires tendues, comme celles que traverse le pays actuellement, ce genre de rencontre-dialogue a sa saveur particulière.

Des questions nombreuses se bousculaient sans doute dans les têtes des journalistes choisis pour s’entretenir avec le président et servaient de réel baromètre pour juger du « sérieux » de cette prestation en direct qui, il faut, le reconnaître, est parue différente de celles auxquelles on nous a habitué dans le passé. Et qui n’étaient rien d’autre qu’une occasion à ne pas rater pour faire preuve d’allégeance au raïs et égrener, inlassablement, ses nombreuses réalisations.

Peut-être bien que le choix d’un nombre limité de journaliste pour poser des questions au général a joué en faveur du rehaussement de la qualité du débat, tout comme la hardiesse de certaines interpellations ont contribué à donner à l’entretien une tournure tout autre que celle d’un long monologue présidentiel qui se perdrait dans des généralités sans rapport évident avec les soucis actuels des populations.

Et à l’exception de voix venant du fond de la foule, répétant inlassablement des notes d’éloges et d’émerveillement, l’ambiance de cette rencontre avec le président – et l’entretien – étaient différents de ce qui était connu dans le passé.

Les questions des journalistes ont failli faire perdre au président un calme dont il voulait faire preuve durant tout le débat. « De quoi l’opposition et la majorité sont-elles mécontentes ? » avait demandé le président Aziz à l’un des journalistes qu’il fixait d’un regard plein d’étonnement. Il écoutera par la suite avec attention les « raisons du mécontentement » et finira par dire que de telles questions ne sont pas pour lui déplaire. Il répondra calmement, à la question, faisant supporter à ses opposants la responsabilité de l’échec de toutes les tentatives du dialogue « cherchant à réaliser des objectifs qui ne peuvent être recherchés en amont mais en aval du dialogue attendu ». Quant au mécontentement de la majorité, « il trouve ses raisons dans la lutte contre la gabegie qui a mis fin aux privilèges dont jouissaient les grands commis de l’Etat et obligé, pour la première fois, les membres du gouvernement à payer eux-mêmes leurs factures d’eau et d’électricité ».

Un autre journaliste a évoqué la gabegie dans son aspect lié à l’attribution des marchés publics, et n’hésitant pas à demander au président Aziz de faire don de certains de ses biens, probablement (mal) acquis », selon son propos.

Les questions se sont suivies et ont abordé les dossiers les plus controversés : passif humanitaire, la disparition de l’avion du wali de Nouadhibou, au cours de la période de Taya, la mort de l’ancien chef d’état- major de l’armée, Ould Ndiayane, la disparition de l’avion du colonel Bousseif, la convention de pêche signée avec la Chine et la localisation des sépultures des personnes disparues dans des conditions troubles, et la liste est longue. Des sujets dont l’évocation ressemblait, pour certains, à l’ouverture d’une plaie, même si le président Aziz a tenu à conserver le sourire le plus souvent, ne pouvant cacher son étonnement dans certains cas.

L’évocation de la reconnaissance du Conseil national de transition (CNT) libyen ne s’est pas faite sans remontrances contre la chaîne satellitaire Al jazeera, que le président Aziz ne s’est pas empêché de taxer, certes avec humour, d’épée de Damoclès pendue sur la tête de Kadhafi. Une pique présidentielle qui a poussé la correspondante d’Al jazeera en Mauritanie d’affirmer la neutralité de la chaîne qatarie dans le conflit opposant le colonel Kadhafi aux insurgés de Benghazi.

Finalement, la longue veillée ne s’est pas terminée par des promesses faites à des citoyens qui ont pourtant fondé de grands espoirs sur une telle opportunité. La flambée des prix est liée aux contingences du marché mondial, quant à la hausse récurrente du prix du carburant, le seul moyen d’y faire face, selon le président, c’est de limiter les déplacements en voiture ! A ceux qui se sont plaints du retard des pluies, le président dira que tous les indices laissent penser que l’hivernage frappera à nos portes bientôt. Au quel cas, l’Etat agira pour porter secours à des éleveurs déjà aux abois dans les wilayas agropastorales de l’est et du sud du pays.














GABONEWS APAnews