Déguerpissement des étals sur les trottoirs : Les marchands ambulants sur le qui-vive


Saharamedias/Nouakchott
Samedi 26 Juillet 2014


Depuis quelques jours, à la veille de la fête, sur les trottoirs du marché de la capitale, l’ambiance n’est plus comme avant. Les allées sont désengorgées et beaucoup d’espace libre. C’est le théâtre d’une grande opération de déguerpissement des vendeurs squattant la voie publique et autres vendeurs ambulants .Rares sont les marchands ambulants qui déambulent à travers les allées et quelques étals légers répandus au sol. La police opère des patrouilles sans cesse pour traquer ces « petit commerçants ». Cers derniers prêts à se sauver avec leurs marchandises à la moindre manifestation d’un élément de la police. A longueur de journée c’est le sauve-qui –peu entre ces ambulants et la police qui les embarque sans ménagement dans des pick-up. Reportage.


Décidément être un vendeur d’étals dans les rues de Nouakchott surtout à l’approche d’un événement comme la fête, c’est vivre l’enfer. Dernière preuve ; l’opération coup de point à la veille de la fête pour désengorger les rues de la capitale administrative et allées des marchés, n’arrange rien du programme des vendeurs ambulants. Chassés de partout, les vendeurs à la criée vivent des moments de calvaire sans précédent. Beaucoup de marchands ambulants ont perdu leurs marchandises pendant les descentes musclées des forces de l’ordre. Lesquelles n’hésitent pas à confisquer des étals devant les propriétaires qui, les yeux hagards, n’ont pu que constater les dégâts de manière impuissante, du fait du dispositif de sécurité installé pour parer à toute riposte. Chassés des principaux centres de vente de la capitale, les vendeurs à la criée vivent des moments de calvaire sans précédent.
Abdallahi, devant son petit étal de chausseurs souligne : « vendre aujourd’hui est devenu un calvaire pour nous qui faisont le petit commerce. Nous sommes obligés de regarder dans toutes les directions pour ne pas être surpris par les policiers qui nous arrachent nos marchandises ».
 À coté de lui Mohamed partage le même calvaire : «  je viens de l’intérieur pour gagner ma vie honnêtement avec le petit commerce que je fais actuellement. J’ai confié la grande partie de ma marchandise au boutiquier. J’en ai amené quelques uns pour pouvoir fuir avec une fois qu’ils débarquent ».

A quelque pas de là, des vendeurs de chausseurs. Mariem une vendeuse de voiles peste sa colère « les gens sont égoïstes, ils sont dans leur bureaux climatisés, reçoivent leur salaire a chaque fin de mois et viennent nous priver du peu que nous avons pour subvenir à nos besoin ». Et d’ajouter : «  en Mauritanie être un pauvre, c’est vivre dans l’enfer et la dominance des politiques médiocres ». « Qu’ils nous laissent pratiquer nos petits commerces parce que c’est avec ça que nous pourrons nourrir nos familles ».

Un sac sur le dos, quelques robes sur les épaules, Mama Soumaré en sueur affirme « que l’Etat se fiche des pauvres. Au lieu de nous construire des places pour que nous puissions vendre tranquillement nos marchandises, il met à nos trousses des policiers sans vergogne qui emballent nos marchandises sans que nous puissions piper un mot ».

A l’hauteur de la BCI vers l’hôtel Khaima, les étals ont disparu dans la rue. Très nerveux Fallou NDiaye, vendeur de lunettes a indiqué que tous ces compatriotes se sont éparpillés après le passage des policiers, ils ne restent que quelques uns qui vendent sous la pression de la peur.
« Nous ne faisons que gagner notre pain de façon légale, comme nombre de nos compatriotes. Nous avons des familles à nourrir.Au lieu d’aller voler, nous avons choisi de gagner dignement notre vie, alors qu’ils nous foutent pas la paix» peste Alassane Dia, marchand ambulant originaire de Boghé.
« Nos ventes ont chuté depuis cette opération. Nous ne pouvons plus vendre sereinement et nous risquons de ne rien amener à nos familles au Sénégal pour la fête» fustige Serigne, vendeur de lunettes et de montres. C’est le même cri de colère pour Moussa NDiaw, éducateur : « C’est injuste de demander aux jeunes de déguerpir sans pour autant leur créer des boulots. Ces jeunes sont souvent des soutiens de famille qui ont choisi de ne pas baisser leurs bras pour aider leurs parents. Ils sont au moins dignes et n’ont pas choisi la facilité comme vendre la drogue, se prostituer, voler ou agresser d’honnêtes citoyens ». Et d’ajouter : « imaginez le calvaire qu’ont les jeunes mauritaniens dans leur pays sans parler ceux qui sont des immigrés à l’extérieur ».

Au sein de l’opinion, les avis sont divers : autant certains jugent l’opération de salubrité publique inopportune, autant d’autres pensent qu’elle est nécessaire. « Les Mauritaniens doivent être fiers de voir Nouakchott ressembler à une capitale moderne à l’image de beaucoup de pays africains. Les Mauritaniens ne peuvent plus continuer à donner l’image de gens désorganisés, sales, bédouins et irrespectueux des bonnes règles de vie commun » souligne un cadre de la Communauté Urbaine de Nouakchott qui a gardé l’anonymat et qui se trouvait sur les lieux avec une voiture de la CUN.

L’homme devait estimer en substance qu’il est temps de mettre un peu d’ordre dans ce pays qui se trouve au bord du naufrage, précisant qu’il ne comprenait pas sur quoi se basent les marchands ambulants pour réclamer des droits d’occuper sauvagement l’espace public.

« Laisser les marchand ambulants occuper les voies publiques serait une injustice à l’égard des commerçants qui payent légalement des cantines ainsi qu’à tous ces braves citoyens qui payent de leurs impôts la construction des routes et des trottoirs » souligne Ahmed, un propriétaire d’une boutique dans le marché.
Pour l’instant, les marchands ambulants  courent à longueur de journée à la recherche de leur gagne pain, pour lutter contre la misère. L’image des marchands ambulants circulant à l’entrée du marché de la capitale tenant leurs petits commerces n’a pas disparu en dépit de la traque continue des autorités à l’encontre de ces vendeurs à la sauvette.
NCO
 
 
 
 














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