Diplomatie : Bon vent pour le président Aziz


saharamedia
Mercredi 13 Octobre 2010



La diplomatie mauritanienne est en train de reprendre des couleurs. A peine rentré d’une visite de quelques jours en Libye où il a fait une présence remarquée au sommet extraordinaire de la Ligue arabe, doublé d’un autre qui a regroupé les chefs d’Etats arabes et africains qui ne sont jamais rencontrés depuis 1977, le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, reçoit aujourd’hui l’Emir du Koweït, Cheikh Sabah Ahmed Al Sabah, qui entame une visite officielle d’un jour dans le pays. Il est prévu que cette visite aboutisse à la signature de nombre de protocolesd’accord entre la Mauritanie et le Koweït dans les divers domaines économiques.

Le Koweït qui avait déjà annoncé, lors de la table ronde de Bruxelles, une aide de 100 millions de dollars US pour la Mauritanie, peut bien aller au-delà pour annoncer des investissements conséquents dans un pays qui semble avoir renoué avec les fonds arabes.


C’est donc bien le « beau temps »pour la diplomatie mauritanienne aujourd’hui, après avoir été longtemps le flanc par lequel l’opposition s’est attaquée au pouvoir. La crise avec le Mali, suite à la libération d’un salafiste mauritanien qui était détenu depuis plusieurs mois dans les prisons maliennes n’est plus maintenant qu’un lointain souvenir. Même les opérations de police que le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz mène présentement dans le nord du Mali n’ont pas réussi à entamer le retour à des relations apaisées entre Nouakchott et Bamako. L’Arabie saoudite qui avait mis du temps pour débloquer les 20 millions de dollars US promis pour la reconstruction de la ville de Tintane, vient, elle aussi, de délier les cordons de la bourse. On parle même d’un pèlerinage du président Aziz cette année qu’une visite d’Etat pourrait prolonger et permettre à la Mauritanie de bénéficier de plus de pétrodollars saoudiens dans un contexte de retrouvailles entre pays qui ont toujours entretenus de bons rapports, en dehors même des crises que la Mauritanie a traversées depuis que les militaires ont pris goût à la politique, un certain 10 juillet 1978.

Le retour en grâce de la Mauritanie auprès de pays comme le Koweït et l’Arabie saoudite, après la crise politique qui a conduit au renversement du pouvoir du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, est, incontestablement, une grande victoire diplomatique pour le pouvoir du président Aziz. Surtout que Nouakchott n’a pas eu besoin pour arriver à convaincre ces pays « conservateurs » à renoncer à ses nouvelles fréquentations du côté de Téhéran ou à mettre plus de discrétion dans les rapports qu’elle entretient avec la Libye, pays dont les monarchies du Golfe se méfient parce qu’il arrive souvent que les élans révolutionnaire du Guide soient perçus comme une invite à la fin des monarchies pétrolières arabes.

Ainsi en matière de politique étrangère, le pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz donne toujours la même impression de tout faire au pas de charge, comme il le pratique, sur le plan intérieur, depuis le coup d’Etat du 6 août 2008. L’impression que tout lui réussit aujourd’hui écarte sûrement l’idée que ses détracteurs avaient toujours avancée : « L’idéal serait d’avoir de bonnes relations avec tous les pays du monde mais une certaine realpolitik oblige à prendre en compte le fait que les Grands de ce monde ont des intérêts divergents. » Certes, on n’est plus dans la configuration née de la guerre froide, à la fin de la Seconde guerre mondiale où Russes et Américains se livraient à une féroce bataille de l’ombre sur le terrain d’Etats tiers mais ce qui présidait à ces tiraillements idéologiques et économiques est loin d’être révolu. Le miracle réussi par Ould Abdel Aziz est d’avoir rétabli le contact avec la Libye, l’Iran, le Koweït, l’Arabie saoudite, la France et les USA. Les deux derniers Etats qui soutiennent énergiquement la lutte de la Mauritanie contre le terrorisme au Sahel ne semblent pas avoir de grands reproches à faire au président Aziz d’avoir demander à Israël de consentir à la rupture de relations diplomatiques avec la Mauritanie établies dans un contexte où, justement, le pouvoir de l’époque, avait besoin de tranquillité extérieure pour s’occuper d’un front intérieur qui commençait à donner des signes de surchauffe politique et sociale.

Diplomatie des intérêts

Sans en avoir l’air, le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz montre par ses réussites diplomatiques, qu’il ne fait rien au hasard. Ce qui a été perçu par ses adversaires politiques et certains observateurs comme une provocation envers les USA et l’Occident de manière générale, à travers le flirt avec l’Iran, passe aujourd’hui pour être un calcul raisonnable qui tient compte d’une realpolitik internationale qui a ses lois et ses règles.

L’Iran devenu la bête noire de Washington, de Paris et de Londres peut toujours compter sur le soutien de Moscou et de Pékin. Même si, dernièrement, Russes et Chinois, qui ont d’importants intérêts à sauvegarder, soufflent le chaud et le froid, dans la question du nucléaire iranien. La Mauritanie qui épouse la stratégie antiterroriste de la France et des USA peut bien se permettre de suivre l’exemple de Pékin et de Moscou, quand on sait que son soutien à l’Iran n’est pas la vente de matériels militaires ou de composants nucléaires mais seulement d’ordre moral et politique.

C’est dans ce contexte que le voyage du président Mohamed Ould Abdel Aziz a Téhéran, le 21 janvier 2010, a été vu comme le meilleur moyen dont se servirait le nouveau pouvoir de Nouakchott pour vexer des Occidentaux pas tout à fait remis de l’entorse à la démocratie qu’était la « rectification ». Aziz semblait alors dire, à Washington surtout, que la pression qu’on chercherait à exercer sur lui n’aura pour effet que de le pousser à chercher d’autres amitiés auprès de pays que la Chine et la Russie soutiennent, en plein jour, pour une question d’intérêts économiques et stratégiques.

La démarche que d’aucuns ont jugé plein de risque a pourtant constitué un démenti à cette boutade de l’ancien président américain Georges Bush qui disait : « soit vous êtes avec nous ou contre nous ». Il laissait ainsi penser que vouloir « être l’ami de tout le monde » n’est pas possible dans un monde où l’on a tendance à appliquer le principe de « l’ami de mon ennemi est mon ennemi ».

Mais l’exercice périlleux pour la diplomatie mauritanienne sera donc de ménager tout le monde. On se demande, par exemple, ce que fera Nouakchott si, demain, les Nations unies décident d’appliquer à Téhéran des sanctions économiques, suivant la volonté de l’Occident qui n’est en somme que la loi du plus fort ! Osera-t-elle condamner l’acharnement des Occidentaux contre l’Iran, « coupable » d’avoir appelé, ouvertement, à la destruction de l’Etat d’Israël, ou bien adoptera-t-elle un profil bas qui sied bien aux diplomaties bas de gamme ?

Militant actif de l’action en faveur de la disparition «de l’entité sioniste», l’Etat persan aurait été derrière la mesure de gel des relations mauritano-israélienne. Plusieurs analystes avaient vu également la main de la Libye derrière la décision de gel des relations diplomatiques entre Nouakchott et Tel Aviv, après quelques années d’un compagnonnage « infâme ».

Un épisode conséquent au moment où la Mauritanie se trouvait sous la menace d’un isolement diplomatique et d’un embargo économique décidés dans le but de punir un régime jugé non conforme à la légalité internationale.

Depuis, ce risque a été conjuré grâce à l’accord de Dakar du 2 juin 2009, qui a permis la participation des candidats de l’opposition à l’élection présidentielle organisée le 18 juillet 2009.

On pensait que le même risque d’isolement revenait aujourd’hui avec la nouvelle lune de miel avec Téhéran et Tripoli. Ceux qui avançaient cette thèse pessimiste accusaient Nouakchott d’avoir oublié que les Occidentaux ne seront nullement enchantés à délier les cordons de la bourse au moment où le président Ould Abdel Aziz donne l’impression d’être en parfaite symbiose avec deux régimes mis au ban des accusés par la communauté internationale. La rencontre avec les bailleurs de fonds (Union européenne, Banque mondiale, FMI) à Bruxelles avait montré que ceux qui pensaient ainsi n’avaient pas laissé une marge d’erreur suffisante qui tiendrait compte du principe plus qu’actuel que les Etats n’ont pas d’amis mais seulement des intérêts. Et sur ce plan, Nouakchott a tout de même des arguments à faire valoir. Son rôle est de plus en plus déterminant dans la lutte contre le terrorisme, au moment où l’Algérie échappe à l’emprise de l’Occident. C’est d’ailleurs, pensent de nombreux observateurs, ce qui explique la « mollesse » avec laquelle les Européens, en particulier les Français et les Espagnols, ont dénoncé la prise du pouvoir par les Généraux de Nouakchott, plus en phase, selon leurs calculs, avec leur guerre ouverte contre le terrorisme et leur stratégie de lutte contre l’immigration clandestine.

Les atouts de Nouakchott c’est donc d’être une pièce maîtresse de ce dispositif européen auquel d’autres pays concernés par le terrorisme (Algérie, Mali) restent réticents. Et tant que le pouvoir adopte cette voie et ne pousse pas trop loin le flirt avec Téhéran et Tripoli, tout ce qu’il entreprend dans le but d’attirer des investissements iraniens et libyens peut passer pour une simple « gâterie » sans grandes conséquences sur l’avenir de ses relations avec l’Europe. L’Europe seulement, car les objectifs de Washington sont tout autres.

En matière de lutte contre le terrorisme, les USA regardent plutôt du côté de l’Afghanistan et de l’Irak où ils ont concentré l’essentiel de leurs efforts militaires et politiques. Le concept non encore effectif à 100% de commandement pour l’Afrique (AFRICOM) n’est qu’un élément du dispositif préventif de l’essaiment du terrorisme sur un continent où il est surtout actif dans l’Est et le Nord. Ce qui importe est donc de savoir si le rôle joué par la Mauritanie dans le dispositif américain est suffisamment important pour faire oublier qu’elle a chassé, sans aucun ménagement, l’enfant chéri de Washington (Israël) et qu’en matière de démocratie, il y a toujours ces écarts qui fâchent.

Pour le premier de ces points, le département d’Etat américain passerait régulièrement à l’offensive pour encourager Nouakchott à revenir sur sa décision concernant Israël, ce qui serait de nature à fâcher l’ami iranien, et pour le second, l’absence de prisonniers politiques dans les geôles de Nouakchott pourrait remettre à plus tard toutes mesures américaines dans le cadre des défenses des droits humains et des libertés.

On peut donc parler, malgré les positions antinomiques, d’une diplomatie qui revient de loin et d’un retour de la Mauritanie sur la scène internationale qui doit beaucoup au nouvel activisme nationaliste face aux positions pro-européennes de la période de la « Rectification »…

Dans un premier temps : une diplomatie hésitante, pitoyable, honteuse et puis une approche qui s’apparente à une espèce de « big bang » dans des relations tous azimuts et risquées. Une sorte de « perd gagne » qui a admirablement réussi à Ould Abdel Aziz, avec sans doute les conseils avisés de la Ministre des Affaires étrangères, Naha Mint Mouknass, et du duo du Palais présidentiel, Cheyakh Ould Ely (Directeur de Cabinet) _ Melainie Ould Towmy (Chargé de Missions).

Jusque l’élection présidentielle de juillet 2009, la diplomatie mauritanienne ne faisait pas grand chose. Et ce, précisément parce qu’elle ne peut pas le faire, faute de pouvoir s’appuyer sur des institutions et sur des mécanismes de décision, de défense et de diplomatie vraiment pertinents et véritablement efficaces. Maintenant que Ould Abdel Aziz a franchi le cap de la légalisation de sa prise de pouvoir, après sa légitimation, il a montré vraiment ses capacités à orienter la diplomatie mauritanienne vers plus de cohérence. L’essence de la diplomatie est, justement, de ne pas faire tout à découvert.

Sneiba Mohamed















GABONEWS APAnews