Editorial du Calame du mardi 27 avril 2010


saharamedia
Mercredi 28 Avril 2010



Editorial du Calame du mardi 27 avril 2010

Amadou Seck

 

Assalamou aleykoum

 

Confrontée à une grave crise politique, économique, sociale et sécuritaire, depuis le coup d’Etat du 6 août 2008, la Mauritanie a ajouté à cette mixture, déjà très amère, un débat vicieux sur la question identitaire et la place des langues dans le système éducatif. Soudain atteints d’une espèce de masochisme, les Mauritaniens jouent à se faire peur avec l’effroyable souvenir de la fin des années 80 et le début des années 90. De fait, le pays des hommes bleus traîne les pieds, au risque de se faire rattraper par les vieux démons d’un nationalisme aveugle, complètement borné, dont l’argument principal se résume à la négation de l’Autre, dans un débat du plus bas niveau. Un exercice où la mauvaise foi et les arguments spécieux se disputent la vedette.

L’identité de la Mauritanie est définie par la Constitution de juillet 1991, modifiée, par voie référendaire, le 19 juin 2006. Le titre de langue officielle attribuée à l’Arabe, par la loi fondamentale, ne saurait être contestée: il s’agit d’un patrimoine commun à notre peuple, aux Musulmans et, même, à tous les humains. Du coup, la question de l’utilisation de cette langue, ne devrait poser aucun problème, en Mauritanie. Par contre, il n’est pas vain de se poser l’interrogation suivante: quels moyens faut-il mettre en œuvre pour développer son usage dans le système éducatif et l’administration, tout en accordant une place, conséquente, aux autres idiomes nationaux, et aux autres langues internationales, notamment le Français? Vaste programme appelé à perdurer quelques années, quelle que soit la faveur politique dont il bénéficierait.

Au-delà de ce constat de bons sens, instrumentaliser la très belle et généreuse langue arabe pour exclure, en violation du principe constitutionnel et, même universel, de l’égalité des citoyens, ceux des Mauritaniens formés dans une autre langue, même étrangère, est une démarche inepte et dangereuse. Commentant le débat identitaire dans notre pays, un journal arabophone de la place, «Al Watan Al Arabi», exprimait, dans une livraison parue la semaine dernière, son grand étonnement de constater qu’au moment où l’on déploie de gros efforts pour apprendre un maximum de langues – qui sont autant de moyens de communication – les Mauritaniens veulent en chasser quelques-unes. Comme si l’on prétendait ramer à contre-courant de l’évolution de la planète.

On déblatère sur le Français. Faut-il rappeler son rôle dans notre histoire, depuis plus d’un siècle, maintenant? Enchâssée entre Maghreb et Afrique de l’Ouest, la Mauritanie ne peut échapper, non plus, à son environnement géopolitique de proximité. Celui-ci fait, du Français, la langue d’ouverture, interne et externe, pour ces deux ensembles. Même en faisant abstraction de la communauté négro-africaine, minoritaire, dont la majeure partie des cadres a suivi une filière francophone, l’abandon de cette langue relèverait d’un suicide collectif ; à tout le moins, de la lobotomie. Franchement, il est grand temps d’arrêter le concert de tamtams dont le débat oiseux fracasse nos tympans.

Que des partis politiques cartables, formés de trois pelés et deux tondus, quémandent de l’argent au très généreux guide libyen, le colonel Mouammar El Kadhafi, cela ne pose aucun problème, dans un pays et un continent où les gens ont la fâcheuse habitude de courber la tête, dès qu’ils sentent l’odeur de l’argent, quitte à se la faire «couper», en suivant. Mais nous sommes, tout de même, en droit d’inviter les «propriétaires» de ces formations à trouver un thème moins toxique, pour l’unité nationale et l’avenir du pays, que l’exclusivisme linguistique. Un tel débat exhale de forts relents de soufre, tout-à-fait malvenus, en ces temps de profonde crise. Jouer sur la fibre identitaire, au risque de réveiller les vieux démons avides de détruire les fondements et les équilibres d’un pays fragile, relève d’une inconscience tragique, sinon d’un machiavélisme éhonté, voire d’une irréligion coupable. Musulmans, notre amour de la langue arabe n’a d’égal que notre volonté de vivre en paix. Aleykoum salam, frères et sœurs de Mauritanie,

 

 















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