Education : L’école de demain


saharamedia
Samedi 5 Février 2011



Concertations. Ce mot a été dans toutes les bouches, à propos de tout et de rien : le retour salvateur des déportés, le secteur de la pêche, qui n’a pas encore retrouvé son « âge d’or » d’antan, la corruption, à laquelle le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz mène une guerre sans merci, et qui gagnerait à être celle de tous les mauritaniens, la société civile et, demain, l’Education. L’Education dont les problèmes, comme d’ailleurs tous ceux auxquels la Mauritanie Nouvelle fait face aujourd’hui, avec clairvoyance et bonne volonté, sont le résultat d’une accumulation d’erreurs de plusieurs décennies. Nulle volonté ici de dédouaner les responsables actuels d’un secteur dont la « démultiplication » en département fondamental, d’une part, secondaire et supérieur, de l’autre, n’est pas, forcément, une simplification des problèmes qu’il pose. Il s’agit, tout simplement, de faire le constat, avec le président Mohamed Ould Abdel Aziz, de l’ampleur de la tâche qui attend ceux qui ont en charge de trouver le remède de cheval à appliquer à une éducation qui a toujours été malade de ses réformes.

Il s’agit, en fait, de ce que sous d’autres cieux on appelle, communément, des états généraux. L’idée est dans l’air depuis l’époque de la Transition militaire 2005-2007 mais elle tarde à prendre forme. Ce n’est pas pourtant par insouciance de la part des responsables. Le président de la République, le dit et le répète : le système actuel est inadapté. Les formations, tournées essentiellement vers les sciences humaines ne conviennent pas à un pays comme la Mauritanie qui a besoin plutôt d’ingénieurs, de médecins et de techniciens dans diverses domaines pour rattraper le temps perdu, surtout que les potentialités économiques (fer, poisson, terres arables, or, cuivre, phosphate, etc.) sont là pour favoriser une telle orientation stratégique.

C’est un tel constat, mis souvent en parallèle avec les résultats des examens nationaux, notamment ceux du baccalauréat, qui a donné matière à réflexion aux plus hautes autorités du pays et aux responsables de l’Education.

Actuellement, l’Education nationale traverse une phase d’expérimentation suivie de très près par le président de la République en personne, comme en témoigne la visite qu’il a effectuée, il n'y a pas longtemps, aux deux lycées d’Excellence de Nouakchott devant servir de base, dans un avenir proche, à une nouvelle dynamique tournée vers la recherche des meilleurs profils pour une conséquente adaptabilité avec les besoins de développement réels de la Mauritanie. Car c’est bien l’absence de stratégie éducative efficiente qui explique les disfonctionnements actuels de l’Ecole mauritanienne qui, bien qu’entrée dans une nouvelle réforme depuis 1999, fonctionne comme en…1970 ! Début d’une période qui ressemble fort à ce que l’on appelle, communément, le « parcours du combattant » que l’auteur de ces lignes peut partager entre le passage du primaire au secondaire puis au supérieur et l’exercice, à rebours, du métier de professeur des lycées qui permet de mener une réflexion de quarante ans sur un système éducatif plein de rebondissements. De contrariétés.

Comme le pense sincèrement le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, le temps de la diversion doit cesser. L’éducation nationale a besoin non pas d’un rafistolage (réforme) mais d’une véritable refonte. Pour cela, la mise à niveau du système éducatif mauritanien nécessite la tenue, au plus vite, d’états généraux pour connaître les véritables problèmes et penser les solutions qui s’imposent.

L’échec scolaire et ses corollaires

C’est un fait, depuis plusieurs années, l’échec scolaire en Afrique est patent et dans ce contexte, la Mauritanie ne peut pas sortir, miraculeusement du lot. Elèves, parents d’élèves, enseignants et autorités découvrent par eux-mêmes que le système éducatif rencontre d’énormes problèmes : qualité d’enseignement médiocre, efficacité douteuse ou interrogative, un taux de redoublement et d’abandon encore inquiétant. Le temps consacré à un élève du primaire est plus long que le temps du cycle qui lui est officiellement imparti.

Dans bon nombre de pays, la scolarité primaire est obligatoire, ce qui est le cas chez nous mais de manière encore purement théorique, même si, à l’instar de beaucoup de pays du continent africain, la Mauritanie a entrepris de scolariser massivement sa jeunesse, convaincue que seule l’École prépare les gens à la citoyenneté. Loin d’être un droit, c’est aussi un devoir.

Le nouveau système auquel fait référence, de manière continue, le président Mohamed Ould Abdel Aziz, est bâti sur la propédeutique suivante : De la qualité de l’éducation d’un pays dépend son développement socio-économique. Si l’on veut que l’éducation contribue au développement socio-économique du pays, il faut que l’école produise des jeunes qui ont reçu un enseignement de qualité. Il faut que l’école soit efficace. L’efficacité au niveau scolaire décrit la relation entre les facteurs qui ont rendu possible la fabrication d’un produit (les inputs par rapport aux outputs comme on dit en termes anglo-saxons) et le produit lui-même. Mais alors quel est le produit de l’éducation mauritanienne par rapport à ces objectifs internes ? Combien d’enfants sont scolarisés ? Quel est leur cheminement scolaire ? Quels sont les facteurs de réussite par rapport aux objectifs ainsi fixés ?

L’ensemble de ces questions justifie l’intérêt accordé aujourd’hui par les nouvelles autorités du pays au système scolaire en général, et plus particulièrement au secteur fondamental et secondaire qui a connu, comme pour la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, une croissance spectaculaire de ses effectifs durant les deux dernières décennies.

La Mauritanie comme plusieurs pays en développement a été contrainte, à l’heure des programmes d’ajustements structurels (PAS) et des compressions budgétaires du milieu de la décennie 80-90 du siècle dernier, de miser sur la qualité et l’efficacité du rendement scolaire de ses institutions. Mais entre le désir et la réalité, il y a un gouffre qui fait qu’aujourd’hui la question de la qualité de l’éducation prend toute son intensité dans ce contexte d’explosion des effectifs et de contraintes budgétaires.

Les nouveaux responsables de l’Education se sont penchés sur la question du rendement scolaire avec comme objectif préalable d’en cerner les contours. En effet, c’est une problématique complexe où chaque aspect abordé lève le voile sur l’ampleur du phénomène. Mais cet intérêt permet aux acteurs de l’éducation nationale de mieux comprendre les enjeux.

Problème général et questionnements des systèmes éducatifs

Il importe de nous enquérir sur l’état actuel du système éducatif mauritanien. Le problème de l’efficacité ou du rendement des systèmes éducatifs soulève des interrogations dans la plupart des pays. Est-ce qu’on a un système efficace ? Est-ce qu’il produit bien ce qu’il est censé produire, c’est-à-dire faire faire des acquisitions de connaissances, diplômer des personnes ? Fait-il en sorte que les jeunes avancent dans le système ? Évite-t-il que ces jeunes abandonnent et redoublent ? Quel est le bien fondé du système ? Quel est le profil de sortie des élèves issus de l’enseignement primaire? Quel est le taux de redoublement et d’abandon ? Le système actuel produit-il les effets escomptés ?

Le rendement d’un système éducatif se situe à deux niveaux, l’un interne et l’autre externe. L’appréciation des résultats des deux démarches n’est pas nécessairement identique, les indicateurs pour les mesurer n’étant pas toujours de même nature. En général, le rendement interne mesure le rapport entre les résultats et les moyens, entre les produits scolaires obtenus et les ressources engagées.

Ecoutons ce spécialiste : «Le rendement externe mesure jusqu’à quel niveau le système d’éducation réalise ses objectifs économiques, politiques et socioculturels. Selon le niveau atteint, on apprécie les objectifs, non seulement par la quantité et la qualité des individus sortis du système, mais aussi par leur productivité effective dans la société. Dans le cas de l’efficacité externe, les résultats sont évalués par rapport à des objectifs d’ensemble que la société assigne au système d’éducation.

L’efficacité externe du système éducatif peut s’apprécier par sa capacité à préparer les élèves et les étudiants à leur rôle futur dans la société; celle-ci étant mesurée par les perspectives d’emplois et de gains des étudiants. De telles mesures relèvent de critères externes plutôt que des résultats observables à l’intérieur du système éducatif.»

C’est cette réalité, prenant en compte plusieurs paramètres, qui amène de nombreux Mauritaniens à donner au Département de l’Education un rôle qui n’est pas forcément le sien. Doit-on, en effet, le rendre responsable de l’incapacité du Marché à absorber des centaines de diplômés qui sortent chaque année de l’Université de Nouakchott ou reviennent au pays après avoir séjourné à l’étranger ?

L’efficacité interne s’intéresse aux relations entre les intrants (inputs) éducatifs et les résultats scolaires, soit à l’intérieur du système éducatif dans son ensemble, soit au sein d’une institution scolaire déterminée. Les résultats dans cette optique sont à apprécier par rapport aux objectifs plus larges de la société.

L’échec est un terme plutôt général, englobant abandon, redoublement, retard, etc. Bref, ce sont les déperditions scolaires. La notion d’échec scolaire était inconnue dans l’enseignement jusqu’aux années 60, l’expression date tout au plus d’une trentaine d’années. Avant les années 50, il n’était question que de succès ou d’insuccès scolaires. Les réussites étaient mises sur le compte de la qualité des maîtres et des institutions. Les insuccès étaient exclusivement imputés aux élèves considérés alors comme paresseux, instables, peu motivés. C’était le temps de l’élève organiquement et physiologiquement anormal, à qui la médiocrité ou l’absence de tout fonctionnement physique interdisait des performances scolaires normales.

L’échec peut se manifester lorsque les élèves ne maîtrisent pas leur programme scolaire. C’est le cas, par exemple, lorsqu’un enfant ne sait ni lire ni écrire correctement la langue d’enseignement à l’issu du cycle primaire. En cela, la qualité de notre enseignement fondamental soulève des inquiétudes. Dans les pays en développement, l’enseignement fondamental est très souvent la seule occasion pour les gens d’acquérir des connaissances, de s’alphabétiser et plusieurs d’entre eux ratent cette occasion.

L’école malade de ses réformes

Dans cette perspective, les objectifs de l’école se résumaient à «assurer à chacun et à chacune l’acquisition des savoirs, savoir-faire, attitudes et valeurs fondamentales nécessaires à la poursuite de leur formation dans le cadre d’une éducation permanente» disait Brunswic.

La notion de qualité fait implicitement référence à l’idée d’amélioration. En ce sens, il est incontestable que l’école mauritanienne, par rapport à ce qu’elle était il y a trente ans, a progressé. La qualité de l’éducation peut aussi se traduire par des objectifs arrêtés. On comprend que la qualité, dans cette optique, dépend des acteurs, des finalités, des objectifs et de la sphère d’intervention. Dans ce cas, le système tourne en rond depuis plusieurs années !

Si la qualité de l’éducation est évaluée par la réalisation des objectifs, une éducation de «bonne qualité» doit-elle réaliser tous ses objectifs ou une partie ? Dans l’affirmative, qui doit fixer les objectifs : l’État, les parents, les élèves, les enseignants, les administrateurs, les planificateurs…? La difficulté à définir ce que l’on entend par qualité de l’éducation fait dire qu’il est impossible de déterminer universellement un niveau de réussite qualitative.

La définition de la qualité sera fonction de ce que l’on veut améliorer dans le fonctionnement d’un système éducatif et pour qui on veut le faire. L’amélioration peut porter sur les ressources, et là, reconnaissons-le tout de suite, ce que sortent nos écoles professionnelles (ENS et ENIs) depuis près d’une décennie est vraiment décevant. Les ministères de l’Education doivent «mettre le paquet», comme on dit, sur les méthodes et les processus de formation pour arriver à de meilleurs résultats. Les autorités éducatives doivent appeler au plus vite à une réflexion sur cet aspect globalisant de l’Education, pour revoir sa stratégie, pour repenser la Réforme de 1999.

Car, malgré les progrès réalisés, le système éducatif fait face à une incohérence résultant des nouveaux programmes, en cours depuis plusieurs années, et l’absence de profils de formateurs capables de les appliquer.

La réflexion sur l’éducation faite à plusieurs niveaux de décisions (spécialistes nationaux et internationaux) aboutit à un constat similaire : la nécessité de repenser «l’école mauritanienne» dans son ensemble. Un accent particulier doit être mis sur l’éducation fondamentale, de manière à améliorer le rendement des systèmes éducatifs secondaire et supérieur.

Sneiba Mohamed

 

 

 

 

 

 















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