Elections cruciales dans 7 pays arabes en 2014


Saharamédias + Agences
Dimanche 23 Février 2014


Cinq pays arabes (Mauritanie, Libye, Algérie, , Irak, Egypte, Syrie, Tunisie et Liban) s’apprêtent à organiser des élections présidentielles en 2014. Autant dire, la totalité des pays de ce qu’on a appelé communément « le printemps arabe » plus la Mauritanie, l’Irak , l’Algérie et le Liban qui sont concernés par ce que d’aucuns considèrent déjà comme des scrutins à risques. Du fait d’abord que le contexte géopolitique instable et de fortes tensions internes menacent leur organisation et pourraient peser sur la légitimité des résultats.


Elections cruciales dans 7 pays arabes en 2014
En 2014, plusieurs Etats arabes renouvellent leur parlement ou chef de l’Etat. Mais dans certains pays, la tenue de ces élections est remise en cause par une situation sécuritaire explosive et des divisions internes qui empêchent un consensus sur la loi électorale. Si elles ont lieu, la légitimité des résultats pourrait être parasitée par des dérives autoritaires et des interférences étrangères dans le débat politique.
Crise politique en Mauritanie
La Mauritanie connaîtra, sauf changement de dernière minute, des élections présidentielles en juillet prochain, fin du premier quinquennat de Mohamed Ould Abdel Aziz, à qui la constitution donne la latitude de se présenter une seconde fois à la magistrature suprême pour un mandat de 5 ans, malgré qu’il n’ait pas annoncé, jusqu’à présent, son intention de briguer le suffrage des mauritaniens.
Dans ce cadre, cette présidentielle devrait avoir lieu au mois de Ramadan, dans un climat politique et social très chargé. L’opposition commence déjà à réfléchir, sérieusement, à la possibilité de présenter, contre Ould Abdel Aziz, une candidature unique. Pour ce faire, l’opposition mauritanienne, alliée à des personnalités indépendantes et des organisations de la société civile s’apprêtent à organiser jeudi prochain un « forum pour la démocratie et l’unité » qui devrait avoir pour principal sujet la question des prochaines élections.
Rappelons que les principaux partis politiques mauritaniens de ce qui est communément appelé la Coordination de l’opposition démocratique (COD), moins le parti islamiste « Tawassoul », avaient boycotté les élections municipales et législatives de novembre-décembre 2013.
 
Des menaces d’ordre sécuritaire
 
Dans certains Etats, la situation sécuritaire est dégradée au point de remettre en question l’organisation de ces élections. Au Liban, les élections législatives qui se tiendront en novembre 2014 étaient initialement prévues pour 2013. Celles-ci ont été repoussées en raison des mauvaises conditions de sécurité qui empêchent les candidats de faire campagne librement. Rien ne semble indiquer cependant que la situation se sera améliorée d’ici l’automne.
 
Au Yémen, des élections législatives et régionales se tiendront probablement en août. Mais le conflit armé entre les milices Houthi, d’obédience chiite, et des groupes salafistes proches du parti al-Islah au nord de Sanaa continue de faire de nombreuses victimes, et de mettre en péril la sécurité des civils. L’Irak et la Libye sont dans des cas de figures similaires, où les attentats sont désormais récurrents. La question sécuritaire pourrait également s’inviter sur la scène tunisienne, en raison des menaces terroristes pour l’instant cantonnées aux frontières du pays.
Le cas de la Syrie et de son élection présidentielle prévue au printemps est encore plus problématique. La guerre civile qui fait rage depuis 2011 complique l’organisation d’un tel événement. La présence de plusieurs groupes armés, ainsi que celle du régime, n’incitent pas à se déplacer pour voter.
 
Des divisions internes qui empêchent un consensus sur la loi électorale
 
Le vote de la loi électorale est également l’objet d’âpres débats et parfois source de paralysie. En définissant les modalités de l’élection, cette loi va garantir ou non la juste représentation des différentes minorités confessionnelles et ethniques, dont l’exclusion des cercles du pouvoir est à l’origine de tensions au Liban, en Libye, en Irak et au Yémen. Ces  pays sont surveillés de près par le International Crisis Group. Selon ce think tank, ces Etats s’enlisent dans leurs tentatives d’instaurer une gouvernance forte et centralisée qui ne fonctionne pas, sans pour autant parvenir à trouver des alternatives qui ne favoriseraient pas la déliquescence de l’Etat ou les tendances séparatistes.
Au Yémen
Au Yémen, le vote de la loi électorale risque de prendre du temps. En effet, si le récent dialogue national qui s’est clôturé le 24 décembre a permis de trouver un accord en faveur d’une organisation de type fédéraliste, le nombre de régions fait encore débat. Faut-il deux grandes régions Nord et Sud, ou 4 au Nord et 2 au Sud, au risque d’un déséquilibre dans la représentation politique ? Cette question est déterminante pour le Sud qui, depuis la réunification du Yémen en 1990, ne cesse de réclamer une représentation plus équitable. Les tensions sont vives et des tendances séparatistes comme celle du Mouvement Sudiste se manifestent. Ce groupe a rejeté les conclusions du dialogue national et revendique la sécession avec le Nord.
En Irak
En Irak, selon l’IGC, la stratégie de division du Premier ministre a conduit à une fragmentation de la scène politique. L’ancienne alliance nationale chiite est désormais divisée en trois blocs : la Coalition de l’Etat de Droit, dirigée par le Premier ministre Nouri al-Maliki, le courant Muqtada al-Sadr et le Conseil Suprême Islamique. La Iraqiya List a également implosé, et il n’existe plus de coalition trans-confessionnelle. Cette situation est également une conséquence de la nouvelle loi électorale, qui diminue le nombre de sièges attribués aux grands partis. Certains considèrent cette fragmentation comme positive, car elle ne permettra pas à un bloc confessionnel de l’emporter. L’IGC redoute au contraire que ces divisions internes alimentent une compétition politique pour qui représentera le mieux les intérêts de sa propre confession, et une exaltation du sentiment identitaire cristallisant les divisions confessionnelles. En l’absence d’une majorité claire, l’issue des élections pourrait déboucher sur de longues négociations et retarder la formation d’un gouvernement.
En  Libye
La Libye s’apprête, elle, à élire sa commission constitutionnelle en février. Celle-ci sera chargée de rédiger la prochaine constitution : l’enjeu est donc de taille. Mais des tendances centrifuges pénalisent la composition de l’assemblée. Des sièges ont été réservés aux différentes minorités ethniques mais certaines d’entre elles, comme les Amazighs, boycottent les élections et n’ont toujours pas présenté de candidats. Afin de pouvoir influencer le processus décisionnel, ils réclament que la Commission prennent ses décisions non pas à la majorité, mais par consensus.
En Algérie
En Algérie, le président de la République Abdelaziz Bouteflika a nommé le 18 janvier les magistrats membres de la Commission nationale de supervision des élections, dont le rôle est de valider les dossiers des candidats à la présidentielle du 17 avril. La loi électorale rend également toute candidature difficile à concrétiser. Les candidats disposent de 45 jours pour recueillir près de 60 000 signatures auprès de 25 wilayas différentes. Mais même en cas de succès, le soutien de l’armée et de l’appareil politique est essentiel pour remporter ces élections. Si la candidature de Bouteflika fait encore l’objet de toutes les spéculations en raison de ses récentes hospitalisations à Paris, les deux autres candidats les plus crédibles sont des membres du sérail : Abdelmalek Sellal, actuel premier ministre, et Ali Benflis…. ancien premier ministre.
En Egypte
En Egypte également, la continuité du régime militaire semble en bonne voie. Suite aux résultats du référendum sur la constitution adoptée à 98,1%, utilisé comme un plébiscite pro-Sissi, le général Abdelfattah al-Sissi a confirmé sa candidature à la prochaine élection présidentielle. Le taux de participation est de 38,6%. Si ce chiffre dépasse celui du référendum de 2012 organisé durant la présidence Morsi, le taux d’abstention est très élevé parmi les jeunes. Selon Hassan Nafaa, politologue cité par Jeune Afrique, ce désintérêt s’explique par la crainte d’un retour à l’ère Moubarak. Selon lui, la décision du gouvernement d’interdire les manifestations sans l’aval préalable du ministère de l’Intérieur « diminue la popularité des autorités et laisse penser que certains tentent de voler la révolution du 30 juin au profit d’un réseau d’intérêts ». Le Mouvement du 6 avril appelle ainsi à manifester le 25 janvier. Et malgré la forte popularité du général au sein de la population, qui lui donne toutes les chances de remporter l’élection, la population ne compte pas lui signer un blanc-seing. Selon Oussama Al-Ghazali Harb, membre du Front du salut national et cité par le journal Al-Ahram, « au moment où il décide de devenir le président de l’Egypte, (…) il doit admettre qu’il fera l’objet de critiques et que ses décisions seront négociables. L’Egypte n’admettra pas un retour en arrière ou des dérives ».
 
Au Liban, la politique de distanciation vis-à-vis des problèmes régionaux est un échec. Le conflit syrien s’invite désormais dans les débats internes, comme l’a souligné le président Sleimane. Cité par Iloubnan, il déclare que “la scène intérieure est fragilisée, depuis l’année 2011, par le conflit syrien. Elle a été le théâtre de tensions confessionnelles et a également souffert d’un afflux massif des réfugiés syriens et palestiniens, ainsi que de la recrudescence des attentats suicides et de l’ingérence des parties libanaises dans le conflit syrien ».
En Syrie
En Syrie, l’organisation des élections et de la transition politique font l’objet de négociations impliquant de nombreux acteurs internationaux, chacun souhaitant influencer les résultats. Selon Nasser Charara, la nouvelle stratégie américaine consisterait à faire tomber Bachar al-Assad en l’empêchant de remporter les élections, l’option militaire étant désormais exclue : « cet objectif ne peut se réaliser qu’en s’appuyant sur les électeurs syriens réfugiés et évoluant dans un environnement anti-Assad au sein de la diaspora ».
 
L’année 2014 s’annonce ainsi comme une année test, où les dirigeants actuels et futurs des pays de la région MENA auront à démontrer leurs capacités à garantir la sécurité de tous les citoyens, à susciter l’unité et à se plier aux règles de la démocratie. Autrement dit, c’est bien leur légitimité à exercer le pouvoir qui est en jeu.
 
 














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