Et si les Occidentaux ne voulaient pas de la fin de la guerre en Libye ?


saharamedia
Lundi 11 Avril 2011



Et si les Occidentaux ne voulaient pas de la fin de la guerre en Libye ?

Etrange, vraiment étrange, ce qui se passe aujourd’hui en Libye. Des renversements de situation que l’on voit tous les jours : les insurgés aux portes de Tripoli, quand ils arrivent à « Misrata », troisième ville de Libye, voie royale et dernier bouchon pour atteindre la capitale libyenne d’où le colonel Kadhafi dirige les opérations de récupération des positions perdues.

Mais il suffit de quelques jours, voire de quelques heures, pour que les troupes restées fidèles au « Guide », soient à quelques dizaines de kilomètres de Benghazi, la ville d’où est partie l’insurrection et qui est devenue l’autre « capitale » où doivent se rendre les médiateurs de l’Union africaine. Une « drôle de guerre » dans laquelle le rôle de la communauté internationale, plus précisément de l’Occident, est de plus ambigu.

 

 Tout le monde se rappelle les tergiversations de cette communauté internationale qui n’a décidé d’intervenir que quand Kadhafi avait repris la main. Doté d’une réelle force de frappe aérienne et d’une puissante artillerie, il n’allait faire qu’une bouchée des insurgés cantonnés à Benghazi si la France n’avait pas intervenu, avant même que la communauté internationale ne décide de réagir. Sarkozy que le fils de Kadhafi, Saïf el-Islam avait menacé de révélations fracassantes pouvant même entraîner sa chute, ne pouvait tolérer que son désormais plus grand ennemi dans le monde mate une rébellion qui avait pourtant bien démarré.

 L’effort de la France, soutenu par la Grande Bretagne, n’était pas suffisant pour permettre aux insurgés de faire tomber le dictateur de Tripoli. L’impression qu’on a cherché tout simplement à l’affaiblir, pour établir une sorte d’équilibre de la terreur entre les deux camps, est renforcée aujourd’hui par la « timidité » de l’intervention de l’Otan qui ne s’en prend qu’aux positions avancées des forces de Kadhafi, et parle même de « dommages collatéraux », quand ses avions bombardent des convois d’insurgés. En fait une question se pose de plus en plus : que veut l’Otan (l’Occident) ? La chute de Kadhafi ? Son affaiblissement ? Ou la destruction complète de la Libye par son maintien dans une longue guerre d’usure qui a fait ses preuves (dévastatrices) en Irak et en Afghanistan ?

Le cas libyen est révélateur de la tendance machiavélique de l’Occident de chercher, toujours, à tirer un profit quelconque de tout bouleversement géostratégique dans le monde ; et on ne peut pas dire que ce qui se passe depuis trois mois dans le monde arabe (Tunisie, Egypte, Libye, Yémen, Bahreïn, Syrie, pour ne citer que les « fronts » les plus chauds) n’arrange pas les affaires de cet Occident dominateur obnubilé par la puissance que lui confère la chute de l’ex Bloc communiste (dont la Russie actuelle n’est que le résidus) et les orientations purement économiques d’une Chine qui marchande son « silence » et son veto pour ne pas être inquiétée sur de soi-disant questions de droits de l’homme.

Ainsi, l’Occident (en fait, les USA, la France et la Grande Bretagne) n’a pas eu besoin d’inventer un « péril » Kadhafi pour entraîner ce pays dans une guerre qui ressemble, point par point, à celle qui a emporté le régime de Saddam Hussein : un conflit interethnique, une « guerre de sécession » entre l’Est (l’axe Tripoli – Syrte – Sebha) et l’Ouest (Benghazi – Adjedabia).

Même si la théorie de la conspiration croisée contre le monde arabo-islamique n’est pas prouvée pour le moment, pour justifier les soulèvements en cascade qui secouent le monde arabe, on ne peut pas dire que ce qui s’y passe actuellement ne profite pas à l’Occident. Ce n’est pas un hasard si Israël, profitant du détournement du centre d’intérêt du monde des médias vers les zones de conflits et de tensions (Libye, Syrie, Bahreïn, Cote d’Ivoire, etc), est revenu à son sport favori : lancer des avions de combats et des chars à l’assaut de Gaza avec, comme prétexte, que des « terroristes » du Hamas doivent être liquidés !

En Libye aussi, Kadhafi a des comptes à rendre. Il est loin d’avoir soldé ses comptes dans l’affaire de Lockerbie et de l’avion d’UTA. Les dédommagements faramineux que la fondation de son fils Saïf el-Islam avait consentis aux familles des victimes écossaises et françaises n’ont pas complètements tu les ressentiments d’un Occident qui ne lui a jamais pardonné ses accointances réelles ou supposées avec les organisations terroristes des années 70 – 80 du siècle dernier. Et puis, revient encore en filigrane cette volonté de l’Occident d’éliminer tout ce qui peut menacer la sécurité d’Israël. Même si Kadhafi a fini par réviser ses positions extrémistes envers l’Occident, allant même jusqu’à coopérer avec lui dans sa supposée lutte contre le terrorisme, les puissants de ce monde se disent certainement qu’un « Guide » affaibli, à défaut d’être liquidé, vaut mieux qu’un dictateur dont les volte-face ont désarçonné plus d’un régime dans ce monde.

Et puis, n’oublions pas aussi que les insurgés n’inspirent pas une totale confiance aux Occidentaux. La plupart de leurs dirigeants, y compris le président du Conseil national de Transition, Moustapha Abdel Jelil, et le chef de la « nouvelle armée » nationale, ancien ministre de l’Intérieur de la Jamahiriya, n’ont quitté le navire que quand ils ont pensé que la chute du Dictateur était inéluctable. Une façon de sauver leurs peaux, comme on pourrait le penser mais aussi et surtout, d’être aux commandes dans ce qui ressemble bien à une « succession ouverte » de Kadhafi.

Il y a aussi que ce stratège – comme il vient de le prouver par sa résistance inattendue aux frappes de l’Otan et aux incursions des insurgés – a voulu tout faire pour brouiller les cartes de l’Occident. En faisant croire qu’il y a une réelle connexion entre les opposants qui cherchent à mettre un terme à son long règne (41 ans de pouvoir sans partage) et Al Qaeda ! Une présomption qui, même si elle n’a pas été prise très au sérieux par les Occidentaux, a quand même laissé supposer que cela peut arriver un jour. Déjà, l’on parle de la récupération possible d’armes et de munitions sorties des casernes militaires libyennes par Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI), ce qui est réellement une menace non seulement pour l’ensemble de la sous-région mais pour la sécurité des Occidentaux eux-mêmes, cibles privilégiées pour les chasseurs de rançons dans la zone sahélo-saharienne.

Plus prosaïquement, on peut dire aussi qu’une longue guerre en Libye est synonyme certes de pertes pour ce pays riche en pétrole mais d’énormes bénéfices pour ceux qui seront appelés, demain, pour sa reconstruction ! Et ça, les Occidentaux le savent très bien.

                                                                                                                    Sneiba Mohamed 















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