France : Pour qui « vote » Aziz ?


saharamedia
Lundi 23 Avril 2012



France : Pour qui « vote » Aziz ?

Par: SNEIBA Mohamed

Les élections françaises dont le verdict du premier tour vient d’être rendu, ont suscité un grand intérêt en Afrique, notamment dans les pays du pré carré. On avait pourtant – déjà – une idée précise des résultats du premier tour, puisqu’aucun miracle ne pouvait permettre à l’un des deux candidats donnés favoris de l’emporter en une seule manche.

 

Mais ce qu’on pouvait considérer comme un autre centre d’intérêt de ces élections c’est, notamment, la position des chefs d’Etat africains, par rapport à ce scrutin. Ici, en Mauritanie, une question reste posée : Pour qui Aziz a-t-il « voté » ?

 

Evidemment qu’il s’agit de conjecturer sur le désir – ou l’intérêt – du président mauritanien de voir passer le candidat qui est le mieux en phase avec la politique qu’il mène depuis son accession au pouvoir en août 2008. Sur ce plan là, tous les observateurs s’accordent à dire que le président Aziz souhaite, ardemment, que Nicolas Sarkozy rempile pour un second mandat à l’Elysée. Parce que l’actuel président français a joué un rôle de premier plan dans le « maintien » d’Aziz au pouvoir après son second putsch.

Et c’est ce soutien qui explique que le président Aziz doit appeler de tous ses vœux la réélection de Sarkozy. Certes, comme toute puissance, la France à des constantes dans sa politique étrangère, notamment africain, mais il est établi que les socialistes sont moins enclins à intervenir dans des dossiers africains « compromettants » que les libéraux.

Investi lors des primaires socialistes par le peuple de gauche, François Hollande, ancien premier secrétaire du Parti socialiste (PS) est donné gagnant au second tour par tous les instituts de sondage face à l’actuel président français, de droite, Nicolas Sarkozy. Le fait d’avoir remporté haut la main les primaires sociales, face à sa rivale et successeuse à la tête du PS, Martine Aubry, joue, dit-on, nettement en faveur de celui qui, en 2007, a passé la main, pour laisser une autre femme, sa propre compagne, Ségolène Royale, tenter sa chance dans une présidentielle qu’elle perdra, malgré ses 17 millions de voix.

L’intérêt de la présidentielle en France – pour ce pays mais aussi pour ceux de son pré carré dont la Mauritanie – entre donc dans son dernier virage. Si en France on met en avant, dans le choix du futur président de la République, des questions de politique intérieure, dans un pays comme la Mauritanie se sont plutôt les rapports entre les hommes au pouvoir qui intéressent, du fait même que la politique de Sarkozy envers ce pays a souvent été jugée d’approximative par une opposition dont le souhait le plus cher est de voir le palais de l’Elysée changer de locataire.

C’est pour dire que cette élection présidentielle en France ne laisse pas indifférent en Mauritanie. Officines du pouvoir et de l’opposition scrutent avec attention ces résultats du premier tour, refont les calculs, avec le taux d’abstention, et le report des voix et tentent de prévoir, dans quelques jours, les résultats du face-à-face Sarkozy-Hollande.

Traditionnellement favorable à la gauche française, l’opposition en Mauritanie ne cache sans doute pas sa joie en suivant les sondages qui confirment que « Hollande l’emporte, dans tous les scénarios, face à Sarkozy. Pour la première fois, le vainqueur de la primaire PS s’imposerait au second tour avec plus de cinq points d’écart face au locataire de l’Elysée. Côté pouvoir, une telle perspective n’est sans doute pas accueillie avec enthousiasme. L’on n’oublie pas que c’est grâce au « parrainage », certes tardif de Nicolas Sarkozy en 2008, que le général Mohamed Ould Abdel Aziz a réussi à faire passer son coup d’Etat contre le président démocratiquement élu, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, pour une « Rectification ». Depuis, Nouakchott et Paris entretiennent des relations jugées très amicales et semblent accorder leurs violons sur la question brûlante de la guerre contre le terrorisme.

D’aucuns considèrent même que si le président Sarkozy avait fini par changer de position sur le second coup d’Etat de Ould Abdel Aziz c’est justement parce que ce dernier a donné des garanties qu’il épousera les vues de Paris sur la stratégie à adopter face à la recrudescence des opérations d’attaques et de rapts de ressortissants européens dont le plus spectaculaire a été le meurtre de quatre touristes français, en décembre 2007, près de la ville d’Aleg.

La coopération entre la France et la Mauritanie dans le domaine de la lutte contre le terrorisme a, depuis, connu une évolution sensible. L’équipement des unités spéciales de l’armée mauritanienne chargées de la traque d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI), leur entraînement et leur information sur les mouvements de l’organisation terroriste, solidement installée dans le nord Mali, sont assurés, en partie, par la France. On cite, à ce sujet, l’achat par Paris d’avions TUCANO de fabrication brésilienne. Annoncée en septembre 2010 par un journal français spécialisé, cette information a fait l’objet, à l’époque, d’interrogations du genre : « Vraie vente, ou cession gracieuse -c'est l'expression idoine- au titre de l'aide militaire de la France à la Mauritanie ? Et « Le Mammouth », qui fixe lui-même sa raison d’être journalistique, en annonçant « infos sur la défense », de poursuivre : La Mauritanie dispose depuis le début de l'été d'un premier Tucano, issu des stocks de l'armée de l'air comme l'a révélé Air&Cosmos, début septembre. Ces avions servaient, auparavant, à la formation des pilotes, à Salon-de-Provence, ainsi qu'au respect des dispositifs particuliers de sûreté aérienne (DPSA, les fameuses "bulles").

D’où également l’explication donnée par certains à l’empressement de la Mauritanie à se lancer dans des opérations contre AQMI qui avaient précédé l'annonce de la mort de l'otage français Michel Germaneau et suite auxquelles Nouakchott n’avaient évoqué qu’un « soutien français ».

Soutien de raison et de cœur

Si donc, en toute logique, le pouvoir du président Aziz souhaite voir l’ami Sarkozy rempiler pour un second mandat, en mai 2012, l’opposition mauritanienne soutient, de tout cœur, le changement en France. En mai 2010 déjà, le chef de file de l’opposition, Ahmed Ould Daddah, n’avait pas caché son agacement de voir la France continuer à soutenir activement le pouvoir du président Aziz et à l’inciter ainsi à faire fi de tous les appels au dialogue lancé par son opposition. C’était également l’avis de la Coordination de l’Opposition Démocratique en Mauritanie, rassemblement d’une dizaine de partis politiques, dont le RFD d’Ahmed Ould Daddah, avait profité du passage à Nouakchott d’Alain Joyandet, alors ministre français à la coopération et à la francophonie, pour savonner la France pour son soutien inconsidéré au pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz.

L’invite adressée à Paris pour « tirer un trait » sur ce passé et aider au retour de la démocratie dans un pays gouverné par un régime « despotique, qui viole les lois républicaines et se délie de l’accord de Dakar, dont la France est partie prenante » étant restée lettre morte, on peut donc être sûr que l’opposition mauritanienne, si elle devait voter dans la présidentielle française, n’apportera pas son suffrage à Nicolas Sarkozy. Reste maintenant à l’opposition à prier pour que François Hollande, le champion des socialistes à la présidentielle française de 2012, et de tous les anti-Sakrkozy en Afrique, traduise dans les urnes, au second tour, cette victoire pronostiquée par les sondages. Et aux soutiens d’Aziz d’en faire de même pour que le « parrain » de la Rectification du 06 août 2008 reste encore cinq ans à l’Elysée.















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