Guerre contre Aqmi : Les conséquences de l’opération de la forêt de Wagadou sur le quotidien des populations de la zone


saharamedia
Lundi 8 Août 2011



Guerre contre Aqmi : Les conséquences de l’opération de la forêt de Wagadou sur le quotidien des populations de la zone

« Les prix des légumes ont augmenté sans crier gare, ainsi que ceux des autres produits comme la viande ».

Par cette phrase Maimouna, la cinquantaine, vendeuse au marché de Bassiknou, résume l’aspect le plus important des répercussions de l’opération coup de poing menée par l’armée mauritanienne contre Al qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) dans la forêt de Wagadou.

 

Et pour rendre plus clair ce que Maimouna a tenté d’expliquer à Sahara média, Abdallah, un habitant de Bassiknou, souligne que les légumes consommés dans cette localité mais aussi dans celle de Vassala, proviennent essentiellement de la forêt de Wagadou, située à seulement 56 kilomètres de la ville. Il ajoute que les troupeaux de camelins appartenant à des mauritaniens passaient la plupart de leur temps dans cette zone devenue, subitement le théâtre des accrochages entre l’armée mauritanienne et les salafistes d’Aqmi.

L’affluence des mauritaniens sur les « marchés hebdomadaires » (souk) au Mali a aussi baissé à cause de la peur mais aussi par le fait que bon nombre de transporteurs ne font plus preuve d’empressement à se lancer dans ce qui est devenue, réellement, une aventure risquée.

La proximité de la forêt de Wagadou fait que les évènements qui s’y sont déroulés influent directement sur l’activité économique et les relations sociales entre les habitants des deux cotés de la frontière. Wagadou est à quelques encablures seulement des villes frontalières de Fassala, Bassiknou et d’Adel bagrou. Elle a toujours été une source de revenus pour les populations et un pole important de développement des activités d’élevage. Autre élément important de cette donne économico-sociale : Les habitants de la zone de Wagadou, aussi bien du coté mauritanien que malien, sont d’origine arabe. Ils partagent la même culture, la même langue, les mêmes coutumes et habitudes. De sortes « qu’on ne peut pas dire si on est en Mauritanie ou au Mali », dit un connaisseur de la zone.

Et en pleine discussion sur les répercussions économiques de l’opération menée contre Aqmi dans la forêt de Wagadou, certains ne peuvent s’empêcher de relater des détails de cette opération et de ce qui a suivi après, notamment les moments où les unités de l’armée mauritanienne avaient décidé de lancer l’assaut.

Une tentative de prise d’otage

Hina Ould Bakar Ould Zamzam, sortant de l’université de Nouakchott, et préparant un master en météorologie en Algérie, n’a pu s’empêcher de relater à Sahara média l’histoire de cette tentative de prise d’otages sur la voiture dans laquelle il se trouvait, avec plusieurs autres mauritaniens se rendant de Bassiknou vers un « marché hebdomadaire » malien.

Dans un 4X4 conduit par Moilid, à coté duquel se trouvait l’homme qui avait loué la voiture, 20 personnes qui s’entassaient derrière, ont vu, à l’approche de la localité malienne de « Boukri », un enfant leur faisant signe de continuer leur route. Et contrairement à la volonté de l’enfant le chauffeur s’arrêta, voulant sans doute savoir de quoi il s’agit. La vérité est que l’enfant voulait transmettre le message d’une importante personnalité de la localité, invitant le chauffeur à poursuivre sa route pour ne pas tomber entre les mains de salafistes qui ont réussi à fuir la foret de Wagadou et qui cherchaient à s’emparer d’une voiture pour transporter deux de leurs combattants grièvement blessés.

A l’arrêt de la voiture, surgissent alors trois salafistes qui s’étaient cachés, ne sachant pas si la voiture dont le bruit leur parvenait de loin était celle de militaire lancés à leur poursuite.

Haina Ould Zemzam est catégorique : le groupe de salafistes était composé de mauritaniens et d’Algériens. Ils ont déclaré aux occupants de la voiture qu’ils sont des « moudjahidines » et qu’ils ne s’en prennent pas aux civils, mais uniquement aux ennemis d’Allah et leurs alliés. Par la suite, l’un des mauritaniens déclare au chauffeur Moilid qu’il leur faut la voiture pour rejoindre leur base. Et le chauffeur de répondre rapidement que le « responsable » de la voiture est « le chérif assis à coté de lui ».

Une longue discussion s’est alors poursuivie. Les salafistes ont dit d’abord vouloir loué la voiture, ensuite qu’ils sont prêts à l’acheter trois fois son prix ! Celui qui apparaissait comme leur « émir » (un Algérien) avait sur lui un sac que l’on imaginait rempli de coupures de diverses monnaies (notamment l’euro et le dollar).

Finalement, Haina posa cette question : « comment la voiture nous sera-t-elle retournée » ? Et le mauritanien de lui répondre aussitôt : « quelqu’un comme toi peut nous accompagner et revenir avec la voiture ou bien l’un d’entre nous peut aussi le faire ; l’important est qu’on puisse rejoindre notre base ».

Par la suite, l’Algérien a pris la main du chauffeur Moilid et l’a trainé un peu à l’écart, sans doute dans une ultime tentative de le convaincre. L’un des mauritaniens vient alors s’asseoir à la place du chauffeur tandis que l’autre s’adressa aux passagers, évitant de regarder les femmes, et leur demanda de descendre du véhicule.

Revenant avec le chauffeur Moilid, l’Algérien s’adressa une nouvelle fois au « chérif » qui finit par perdre son sang froid et à s’écrier : « ceci n’est pas le travail de moudjahidine ni de musulmans ». L’un des mauritaniens braqua alors son arme contre lui mais l’Algérien qui l’appela par Abdel Hamid, le tança et lui intima l’ordre de reprendre sa place.

Alors que les salafistes faisaient descendre les passagers et donnaient l’impression d’être plus décidés que jamais à vouloir s’emparer de la voiture, le chauffeur Moilid se faufila jusqu’à la porte droite du véhicule, donna l’impression d’abord de vouloir aider à débarquer les bagages, mais tout de suite, il parvient à s’asseoir derrière le volant et lança le véhicule, dont le moteur ne s’était pas arrêté, comme une trombe. Salafistes, passagers et même habitants de la petite localité étaient surpris par ce geste d’une témérité telle qu’il a pris au dépourvu les terroristes dont l’un d’eux aurait dit à Haina : « on pouvait lui tirer dessus, mais on ne veut pas faire couler le sang d’un innocent » !

En fuyant, avec le véhicule, Moilid avait emporté l’arme d’un des trois terroristes. Elle fut remise aux forces de sécurité maliennes qui, en vérifiant le chargeur, trouvèrent 6 balles à l’intérieur.

Haina en déduit que, la raison véritable qui a poussé les salafistes à ne pas tirer sur le chauffeur en fuite, est qu’ils manquaient de munitions ! Ou, pourquoi pas, ils craignaient que les militaires mauritaniens qui n’étaient sans doute pas très loin du lieu où s’est déroulée cette scène insolite, n’entendent les coups de feu.

Finalement, ils se sont retirés s’emparant d’un chameau sur lequel ils ont porté un blessé grave. Les habitants ont affirmé que le même procédé a été utilisé pour « évacuer » d’autres blessés d’Al qaeda.















GABONEWS APAnews