Guerre contre le terrorisme : « dommages collatéraux » sur la wilaya du Hodh Chargui


saharamedia
Mercredi 7 Décembre 2011



Guerre contre le terrorisme : « dommages collatéraux » sur la wilaya du Hodh Chargui

Après avoir été classée par le département français des Affaires étrangères « zone rouge », suivant l’indice des coins du monde les plus dangereux, la wilaya du Hodh Chargui, dans le Grand Est de la Mauritanie commence à rivaliser, en termes de désaffection de touristes et de risque élevé, avec le nord du pays qui, depuis 2007, vit une situation dramatique contre laquelle les pouvoirs publics n’ont rien pu faire.

Et suite à cette alerte française lancée par Paris envers ses ressortissants, la ville de Néma a perdu les deux seuls vols charters qui acheminaient par semaine de France vers cette wilaya quelque 600 touristes, qui devaient, selon les données et projections du bureau régional de l’ONT (Office national du Tourisme) constitué l’embryon d’une activité touristique pouvant suppléer, à moyen terme, à la perte sèche de devises causée par la désaffection des sites traditionnels de Chinguitti, Ouadane et Tichit.

 

De même, l’absence de véritables justificatifs, en dehors des risques sécuritaires, et que certains trouvent exagérés par rapport à la réalité sur le terrain, a causé aux opérateurs du secteur du tourisme un manque à gagner estimé, au bas mot, à 500.000.000 UM, préjudice difficilement supportable pour les 25 auberges à Néma et Oualata.

 

La carte des « dommages collatéraux » causés par la crainte des opérations  que pourraient entreprendre Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI), en Mauritanie, en guise de représailles aux opérations militaires menées par Nouakchott depuis plus d’un an dans le nord Mali, s’est élargie avec la fermeture (ou le net recul) de projets de développement dans le domaine de la santé et des services. C’est le cas, notamment, d’organisations internationales, comme Santé Sud, qui a reçu des instructions fermes des autorités de son pays pour quitter la wilaya du Hodh Chargui, début 2010, en plus de l’Ong ARDM (forage des puits) et d’ADICOR spécialisée dans la nutrition et l’enfance, si l’on en croit ce que disent des organisations de la société civile fortement touchées par une telle situation.

Sans perdre de vue la réalité sécuritaire à l’origine de tous ces bouleversements, le président de la Coordination des organisations non gouvernementales et associations de Néma, El Mamy Ould Khaïr, trouvent tout de même que le départ des humanitaires, sur injonction des ambassades de leurs pays, n’a pas eu que des effets négatifs. Par exemple, Santé Sud a offert 7 véhicules tout-terrain à la direction régionale de la santé du Hodh Chargui, en plus d’un appui au programme de protection de l’enfant et de reproduction sans risque, aujourd’hui menacé après avoir contribué à une réduction des risques de mortalité de l’ordre de 50%.

Ould El Kheir a cependant exprimé sa réprobation face au recul de la contribution de l’Unicef et de l’Unesco, alors qu’elles avaient souvent mis à contribution le savoir-faire d’organisations locales spécialisées dans le domaine de la santé à Fassala, Bousteïla et Adel Bagrou.

De même, l’on prend conscience du risque de retard, et même de délaissement, des travaux de réhabilitation que l’organisation Santé Sud avait entamés dans les localités de Bousteïla, Dhleimin, Timbédra et Coumbi Saleh.

Ces dommages collatéraux engendrés par la crainte des opérations d’AQMI, malgré les efforts de sécurisation des frontières est du pays entrepris par l’armée mauritanienne, ont également touché un pan important de l’activité économique du pays.

Ainsi, les échanges commerciaux avec le Mali, mais aussi entre le Hodh Chargui et certaines wilayas du pays, ont été touchés, de plein fouet par la menace terroriste, du fait même de la proximité de la forêt de Wagadou, réputée être l’une des bases d’AQMI.

La « taxe » de l’insécurité a même touché les prix des denrées de première nécessité mais aussi ceux des légumes qui venaient des localités maliennes environnantes et se vendaient, avant la nouvelle conjoncture, à des prix dérisoires ou s’échangeaient contre des produits venant de Mauritanie, tels le blé, le sucre, le poisson séché ou l’huile.

La série d’évènements dramatiques qui se sont succédé, au cours de la période comprise entre 2010 et 2011, a donc eu des répercussions négatives certaines sur la situation des marchés de la wilaya.

Certains citoyens n’hésitent pas à critiquer, ouvertement, cette « guerre » menée pour plaire aux Occidentaux et qui porte préjudice à leurs activités économiques. D’autres, par contre, trouvent que sans sécurité, il n’y a pas de développement qui vaille. Les premiers trouvent que les autorités doivent privilégier l’approche pacifique et religieuse, avec les salafistes, de crainte de tomber dans une situation à l’afghane, dont la solution est loin de pointer à l’horizon.

A la longue, les autorités doivent bien trouver une solution à la situation économique et sociale que traversent les wilayas touchées de plein fouet par la récession, à cause de la hantise née de la menace terroriste. L’activité touristique étant ralentie par la peur suscitée par AQMI chez les Occidentaux, il faut bien que l’Etat pense à trouver une alternative à la mise au chômage, quasi certaines, de milliers de citoyens qui parvenaient, malgré le caractère « artisanal » du tourisme en Mauritanie, à faire vivre un secteur qui, dans les pays voisins, est l’un des deux ou trois piliers de l’économie.















GABONEWS APAnews