Guerre entre Mauritanie et AQMI


saharamedia
Vendredi 1 Octobre 2010



Guerre entre Mauritanie et AQMI

Trêve et inquiétude

Après trois jours de tourmente, ponctuée par de violents affrontements entre l’armée mauritanienne  et des éléments présumés membres d’Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) en terre  malienne,  on a droit au  calme. Situation hautement précaire et révocable ou tendance durable? Interrogation lancinante  à laquelle il est  difficile  de trouver une réponse, à l’heure actuelle.

En attendant la suite d’événements marqués au rouge sang, on compte les morts. L’armée mauritanienne a communiqué son bilan, c'est-à-dire, surtout les pertes infligées à l’ennemi. Mais, aussi, le nombre de «martyrs» tombés au champ d’honneur, en défendant la «patrie en danger». Même si aucune liste n’a encore été établie.

 

Engagés dans une sorte de guerre psychologique et médiatique, la nébuleuse terroriste et les sources militaires algériennes, qui se chargent de relayer, parfois – et assez étrangement, il faut le reconnaître – ses messages, ont livré un bilan plus lourd des «pertes» mauritaniennes. Selon ces sources, on ne reconnaît qu’un seul  mort, dans les rangs des barbus. En fait, presque rien. Un constat qui laisse  supposer qu’on aurait affaire à des hommes «mystiquement blindés» et invulnérables aux balles. Ou, plus prosaïquement, une stratégie de communication en flagrant délit de mensonge, trahissant le totalitarisme d’une entité composée d’éléments illuminés.

 

Au-delà de ces considérations, disons, «fluctuantes», peut-on comprendre les motivations profondes de chaque camp, à l’origine de l’accalmie après les dernières banderilles à la fin de la dernière décade? Efforçons-nous de prendre en compte des données objectives.

La donne des otages français

Le premier élément du contexte sous-régional de  l’accalmie est constitué par l’impossibilité de trouver les sept otages –  cinq français et deux africains – toujours dans les griffes d’AQMI, en dépit d’intenses recherches. Le second est la réunion, en Algérie, des commandements militaires de l’Algérie, de la Mauritanie, du Mali et du Niger,  dans le cadre d’une  interminable recherche de  stratégie commune de lutte face à un ennemi réputé, lui, «commun».

Après les combats des 17,18 et 19 septembre, les bandes terroristes se seraient repliées plus au Nord,  dans la région montagneuse  de Kidal. Probablement pour préparer un nouveau coup fumant. Du côté mauritanien, on peut avoir marqué une pause pour évaluer les actions militaires précédentes et gommer les éventuelles imperfections, constatées à l’occasion des derniers accrochages. Toutefois, la motivation de Nouakchott à marquer une pause dans la guerre pourrait être, également, liée à la volonté de ne pas trop exposer la vie des ressortissants français, Paris restant un partenaire privilégié, pour Nouakchott, dans la croisade antiterroriste.

Alger reprend la main

Dans le combat contre Al Qaida, l’Algérie, ce pays écrasé, depuis plusieurs années, sous la botte de repus et suffisants,  tient, absolument, à se mettre en posture de leader. D’où l’instrumentalisation éventuelle de certaines franges de la nébuleuse terroriste, pour porter des coups à la Mauritanie ou au Mali…

Soupçonnée de traiter avec la France, la Mauritanie risque, toujours, de continuer à recevoir des leçons, bien au-delà des réunions de coordination des états-majors, initiées depuis très longtemps mais toujours sans résultat. En dehors des formules convenues et de la langue de bois, la réalité basique est  la suivante: Alger ne veut pas de forces européennes au Sahara. Nouakchott reste rebutée par une alliance avec un pays dont les desseins de domination et de leadership sous-régional sont de plus en plus visibles et dont les accointances avec d’autres puissances mondiales ne sont pas à exclure... Le marché, souterrain, des ressources minières du Grand Sahara, est en effervescence; à l’échelle pluri-décennale…

Quoiqu’il en soit, les chefs d’état-major de la sous-région – Algérie, Mali, Niger et Mauritanie – étaient en conclave dans la ville de Tamanrasset (Sud algérien) le dimanche 26 septembre. D’où l’hypothèse d’une reprise en main de la donne sécuritaire sous-régionale, par notre puissant voisin du Nord- Est.  Indice probant à cet égard,  la France, notre incontournable allié, vient de solliciter le concours de ce pays, pour régler la question des otages.

Du coup, la Mauritanie pourrait bien avoir décidé de rentrer dans «les rangs», en aplanissant les divergences avec la patrie du président Bouteflika, dans une sorte de «reddition en douceur». Le général Ghazwani, chef de notre état-major, est arrivé à Alger, bien avant la réunion du dimanche 26 septembre. Possible amélioration  dans le ciel des  relations entre Nouakchott et Alger?

Commentant les résultats du sommet sécuritaire de Tamanrasset, un haut responsable sécuritaire malien a parlé «d’un nouveau départ dans la lutte contre le terrorisme et le crime transfrontalier». Il faut alors prier, pour la concrétisation, enfin, du discours dans les faits. En attendant la mise en chantier de  l’œuvre sécuritaire collective, les patrouilles mauritaniennes en territoires malien – un pays qui dispose, pourtant, également d’une armée… – qui exposent, dangereusement, nos troupes, ne devraient-elles pas cesser? Pourquoi ne pas attendre les barbus sur nos terres, leur asséner des coups irréversibles, en les coupant de leurs bases arrières? A priori, ces hommes aux idées moyenâgeuses devraient être plus vulnérables, dans une telle configuration.

Amadou Seck















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