Khally Diallo, président de la Marmite du Partage : « Quand un citoyen s’inscrit dans le développement du pays, il est nécessaire que les autorités manifestent leur soutien pour encourager la créativité sociale des jeunes mauritaniens »


Saharamedias/Nouakchott
Lundi 21 Juillet 2014


Pour sa troisième grande sortie du Ramadan, la Marmite du Partage a été reçue vendredi 18 juillet par le quartier précaire de Lemgheïty dans la commune de Dar Naïm. Entretien avec le président de cette organisation humanitaire.


Khally Diallo, président de la Marmite du Partage : « Quand un citoyen s’inscrit dans le développement du pays, il est nécessaire que les autorités  manifestent leur soutien pour encourager la créativité sociale des jeunes mauritaniens »
Sahara medias : Comment est venu l’idée de créer  la Marmite du Partage ?
Khally Diallo : la Marmite du Partage est partie d’un constat et d’expériences vécues au niveau de la France et du Sénégal.   En France il ya ce qu’on appelle les restos du cœur qui m’ont beaucoup marqués en terme de réflexion. Au Sénégal, j’ai vu la Marmite du cœur  faire à peu prés le même travail. Je me suis  imprégné de ses actions. Une fois rentré en Mauritanie, je suis parti contacter un ami, un conseiller, Madou Fall  pour lui expliquer que nous pouvons faire la même chose pour les Mauritaniens défavorisées.  Il m’a répondu qu’il n’y a pas un meilleur projet humain qu’on peut avoir meilleur que nourrir les démunis en période de ramadan. Ensuite nous avons commencé à appeler les autres à nous joindre dans cette cause noble. Quand les gens  ont compris que c’est quelque chose de sérieux, ils se sont inscrits avec nous.
Sahara medias : le projet est devenu concret ?
Khally Diallo : Aujourd’hui la Marmite du Partage  a sa troisième année. J’ose  dire que la Marmite n’appartient plus à Khally Diallo ou à Madou Fall mais à toute personne qui s’inscrit dans la logique tout en respectant les textes de cette organisation humanitaire. Aujourd’hui, il est incontestable que la Marmite est une ONG qui travaille pour atténuer la souffrance des populations démunies dans les quartiers périphériques de Nouakchott. Peut-être au début les gens n’avaient pas beaucoup accompagné mais aujourd’hui  ils ont su que nous sommes sur le chemin du sérieux, du concret donc ils nous accompagnent.  Si nos actions sont visibles, c’est grâce au travail de mes  collègues de la presse.
Sahara medias : le bilan de  la Marmite du Partage est-il positif après trois ans sur le terrain ?
Khally Diallo : le bilan humanitaire est toujours  positif. Il n’est jamais négatif parce que même si vous donnez une datte pendant trois ans, c’est quelque chose. Nous sommes tous concernés  des conditions extrêmement difficiles de nos autres concitoyens qui vivent dans les quartiers périphériques. Si nous nous suffisons juste de ce que nous gagnons, à ce que nous avons chez nous, cela est une catastrophe. Parce que l’humanité, c’est la solidarité. L’humanité, c’est le soutien. Si chacun d’entre nous arrive à soutenir l’autre, on peut parler d’humanité mais si chacun de nous se rebiffe et reste chez lui pour lui, ça ne devient plus de l’humanisme mais de l’individualisme. Nous devons cultiver cette notion que la religion de l’islam nous a enseignée. Je peux dire qu’en trois ans les choses ont été très positives. La preuve. Entre 2012 21et 2013, la Marmite a distribué plus 15 000 repas. Je ne parle pas de la troisième édition.
Sahara medias : Vos actions se limitent –ils à la distribution des repas ?
Khally Diallo : Nous ne voulons pas tomber dans l’assistance alimentaire. Nous voulons contribuer et aider les autorités mauritaniennes à trouver la solution pour pouvoir éradiquer définitivement la pauvreté. Au lieu de donner un poisson chaque jour à une personne,  il faut lui apprendre  comment pêcher. Au-delà de la distribution des repas  dans les quartiers périphériques, nous  conseillons aux démunis d’inscrire leurs enfants à l’école surtout  les filles pour que leur situation change. C’est quelque chose qui peut garantir le développement pour ce pays là et surtout une sortie de crise pour ces familles démunies. Il ne faut pas oublier qu’il y a 1500000 Mauritaniens, selon le rapport du PAM et du PNUD, qui sont menacés par la famine. C’est quelque chose que nous devons tous pouvoir faire ensemble pour lutter contre cette famine qui menace la Mauritanie. C’est dans ce cadre que nous avons décidé d’apporter notre soutien et de ne pas rester à la maison à dormir ou à regarder la télé.
Sahara medias : quelles sont vos principales difficultés ?
Khally Diallo : nos principales difficultés sont financières et le non accompagnement des autorités mauritaniennes. Je pense jusqu’ici nous sommes incompris par nos autorités. Ces dernières doivent nous accompagnés parce que nous inscrivons dans le développement du pays. Quand un citoyen s’inscrit dans le développement du pays, il est nécessaire que les autorités  manifestent leur soutien pour encourager la créativité sociale des jeunes mauritaniens.  Jusqu’ici cela n’a jamais été fait. Une organisation qui emploie plus de 500 jeunes. L’engouement que préoccupe  la Marmite du Partage n’est pas pour rien  mais pour le bien des populations démunies. Nous restons optimistes. Nous relativisons et positivons parce que nous nous disons que peut être qu’ils n’ont pas pris confiances. Peut être dans leurs têtes, ils se disent que ces jeunes ne vont pas continuer maintenant un bébé qui a trois ans mérite un allaitement, mérite une bonne éducation.
Sahara medias : dans un pays islamique, œuvrer pour le bien des démunis ne devait pas poser de difficultés ?
Khally Diallo : tout à fait. Vous avez raison mais il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui le monde est devenu un village planétaire. Les habitudes sont en train de changer. Les Mauritaniens sont très bons. Ce sont de véritables donateurs. Il faut rassurer le Mauritanien pour qu’il puisse s’investir avec vous. Si vous lui amener des preuves, vous lui montrez que vous êtes sérieux dans ce que vous faites, il vous soutien. D’ailleurs, il y a même au sein de la Marmite, des gens qui donnent des grosses sommes d’argent pour soutenir dans l’anonymat.
Propos recueillis par NCO
 
 
 
 
 
 














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