L'ambassadeur de France au Sénégal s'est inspiré de son expérience pour écrire ce puissant thriller


saharamedia
Mardi 11 Mai 2010



L'ambassadeur de France au Sénégal s'est inspiré de son expérience pour écrire ce puissant thriller

Ambassadeur de France, académicien français depuis 2008, Jean-Christophe Rufin a reçu le prix Goncourt en 2001 pour « Rouge Brésil » (700 000 exemplaires), traduit en 1 9 langues. Son précédent roman, « le Parfum d'Adam », s'est vendu à 130 000. Le premier tirage de « Katiba » est de 60 000 exemplaires.

Un soir de Noël en 2007, notre ambassadeur au Sénégal a accueilli le rescapé d'un attentat qui coûta la vie à une famille française au sud de la Mauritanie. Le récit du miraculé a profondément marqué Jean-Christophe Rufin. Deux ans plus tard, il s'en est souvenu au moment d'écrire la scène d'ouverture de son nouveau thriller. Quatre touristes italiens y sont assassinés à bout portant dans le Sahara par un groupe de terroristes. L'attentat est revendiqué par la branche d'Al-Qaida au Maghreb. Aussitôt, les services secrets du monde entier entrent en alerte. Au Quai-d'Orsay on craint une nouvelle attaque en pleine capitale. L'agence de renseignements Providence entre alors en scène.

 

Symbole du nouvel espionnage privé, Providence, du nom de la ville américaine où elle a vu le jour, était déjà au coeur du « Parfum d'Adam », le thriller écologique de Rufin. Dirigée par Archie, vieux dandy aux allures de yachtman, l'agence doit sa notoriété à la lutte antiterroriste qu'elle mène en sous-main pour différents gouvernements. A l'instigation des services algériens, elle enquête ainsi sur les groupes djihadistes spécialisés dans les opérations violentes, attaques terroristes et prises d'otages. Ces maquis, appelés katibas en Afrique du Nord, changent sans cesse de lieu et d'effectifs. Leur champ d'action couvre la région de l'ouest du Sahara qui va de la Mauritanie au Tchad en passant par l'Algérie, le Mali et le Niger. Les équipes de Providence s'attachent à espionner les déplacements d'une katiba dirigée par un certain Abou Moussa... Sec, haletant, le thriller vaut pour la mine d'informations géostratégiques qu'il recèle et pour l'énigmatique personnage de Yasmine Lacretelle. Les allées et venues en Mauritanie de cette veuve de 30 ans employée au service du protocole du Quai-d'Orsay donnent du fil à retordre aux hommes de Providence. Quels liens la Française entretient-elle avec le groupe de Moussa ? L'ancienne compagne du consul Hugues Montclos s'était retrouvée seule et sans ressources à la mort du diplomate. Est-elle alors tombée sous le joug des islamistes ? Est-elle une victime, un agent provocateur, voire un agent double ? Dimitri, le médecin-espion parti sur ses traces, succombe à son charme et à son élégance un peu hautaine. Et le lecteur avec. A partir de cette femme aux deux visages, Rufin mène une intrigue à plusieurs niveaux. La trame de roman d'espionnage s'enrichit en effet d'une réflexion sur les tiraillements, les déceptions et les heurts liés à la double appartenance culturelle. On imagine déjà ce puissant thriller sur grand écran.

C. J.

Katiba, par Jean-Christophe Rufin, Flammarion, 390 p., 20 euros.

***

Source : « Le Nouvel Observateur » du 6 mai 2010

 















GABONEWS APAnews