L’article de Mohamed Vall Ould Oumeir, primé par l’UNESCO


saharamedia
Mardi 4 Mai 2010



L’article de Mohamed Vall Ould Oumeir, primé par l’UNESCO

 

Nous célébrons, aujourd’hui, la journée de la liberté de presse. En cette occasion, notre confrère, Mohamed Vall Ould Oumeir, journaliste et directeur de la Tribune, vient de remporter le prix du meilleur article maghrébin sur le thème de la pluralité de la presse. La remise du prix aura lieu aujourd’hui à 13 heures au Khaima City Center.

 

Au moment où les efforts des journalistes sont reconnus et récompensés à l’extérieur, il est regrettable que les autorités n’aient jamais songé à instituer un prix pour la liberté de presse, à l’instar du Prix Chinguitti. Nous publions, en intégralité, l’article primé et renouvelons nos félicitations à notre confrère.

Un Maghreb pluriel, une information plurielle

Quand l’ordonnance de 1991 est promulguée en Mauritanie, le premier journal indépendant du pays, Mauritanie-Demain, est saisi. Au nom du « devoir de la protection du citoyen », le ministère de l’intérieur saisissait une édition consacrée aux douloureux événements de 1990/91.

Evénements qui ont servi de prétexte pour épurer l’Armée de l’élément négro-africain

Promulguée le 12 juillet 1991, la nouvelle loi favorisera le développement de la presse écrite. La Mauritanie était déjà lancée dans le processus électoral dont la première étape sera l’élection présidentielle de janvier 1992. D’où l’intensité de la fièvre qui s’emparait du monde politique. Multiplication de titres, instrumentalisation par les différents acteurs… l’effet de mode joue pleinement. Remarquable action des renseignements qui tentent très tôt de ‘noyer’ la presse sérieuse.

Le gouvernement engage une politique de mise au pas, de domestication de la presse. Censures abusives, agressions inconsidérées, corruption, débauchages, mise en quarantaine… tous les moyens sont mis en œuvre pour discréditer la presse, l’asphyxier et, à défaut de pouvoir la tuer, la contrôler. Cela se solde par des dégâts énormes : disparition de journaux, emprisonnements de journalistes, limitation du champ des libertés, institution de la censure…

Si bien que quand le pouvoir change en 2005, c’est une presse émiettée, appauvrie, ‘esquintée’ par des pratiques arbitraires, discréditée… qui aborde le changement. Malgré cela, elle sera le moteur de la transition qui est lancée. Elle impose aux nouvelles autorités de l’inscrire dans l’agenda de la transition.

Fin du régime de la censure

Une commission de réflexion sur la presse est mise sur pied. Comprenant les représentants de l’ensemble des acteurs, elle est chargée de concevoir les réformes nécessaires en vue d’asseoir pluralisme et liberté d’expression. La philosophie qui sous-tend cette réflexion, consiste à quitter le régime de la surveillance vers celui de la régulation. Une nouvelle loi est élaborée. Le ministère de l’intérieur n’est plus concerné par la presse. Il n’y a plus que la régulation par voie de justice. Une haute autorité de la presse et de l’audiovisuel (HAPA) est créée.

Les textes consensuels sont cependant charcutés par les juristes-maison des autorités. La loi est réduite à une énumération de ‘pénalités’ à l’encontre des contrevenants. La HAPA est sans prérogatives à même de lui permettre de jouer le rôle qui devait être nécessairement le sien. L’accès à l’information ne sera pas garanti. Les autorités ne se conformeront pas à la loi quant à l’aspect « aide à la presse ». Le statut du journaliste ne sera pas défini.

L’octroi de la carte de presse relèvera encore du pouvoir discrétionnaire de fonctionnaires, anti-libéraux pour la plupart. La libéralisation du secteur de l’audiovisuel restera un vœu. Dès l’avènement du pouvoir civil, la mise au pas est lancée par les autorités. Les médias officiels – télévision, radio et agence – redeviennent ce qu’ils ont toujours été : des outils de propagande pour le régime en place. Les émissions de débats pluralistes disparaissent.

Du coup, l’évolution vers le régime du « service public » est stoppée. De son côté, la presse écrite indépendante continue de se débattre dans des problèmes au moment où elle doit refuser la domestication rampante. Le coup d’Etat d’août 2008 achève un processus de reprise en main commencé bien avant.

Une cause pour tous

Mais la crise ouvre des opportunités à la presse pluraliste qui redevient ce qu’elle a été à sa naissance : le fer de lance de la bataille pour la démocratie. Les acteurs politiques sont les premiers à s’en rendre compte. La préservation de la liberté de presse revient au centre du débat. Le fondement de la démocratie est de donner au citoyen le moyen de choisir et de contrôler l’action du décideur. L’intérêt de la démocratie est cette possibilité qu’elle ouvre devant le citoyen de s’exprimer et d’avoir droit à être informé sur l’état de la Nation.

En Mauritanie, la bataille du pluralisme, toujours à l’ordre du jour, commence par les médias publics qui doivent devenir des services publics. Elle concerne aussi la presse écrite qui doit, elle, jouer un rôle premier dans la revitalisation des idéaux de la nouvelle République. Pour ce faire, nous sommes en face de certaines exigences : garantie de la liberté d’accès à l’information pour le journaliste, liberté d’expression, aide publique à la presse, formation, reconnaissance des mécanismes d’autorégulation propres, définition du statut du journaliste, transparence dans la communication officielle, assainissement du secteur, dépénalisation du délit de presse…

Il faut donner à la presse les moyens de son indépendance par rapport aux sphères politiques et financières. La libérer aussi du carcan des pesanteurs sociales. Il faut l’aider à rompre avec ces contenus formatés, qu’on dit ‘politiquement corrects’, parce que convenables, ne remettant en cause ni l’ordre social, ni la pensée dominante des élites au pouvoir. La presse doit s’engager un peu plus, un peu mieux. Il ne s’agit plus de conforter le système dominant mais d’amener à sa remise en cause.

Ce qui vaut pour la Mauritanie, vaut pour les autres pays du Maghreb : les exigences sont les mêmes, les risques aussi. La presse plurielle est d’abord une cause. Qui doit être celle de tous. Les autorités ont, plus que tout autre partenaire, le devoir de protéger la pluralité. D’autant que la plupart des dysfonctionnements du secteur sont le produit des interférences de l’autorité qui a toujours voulu d’une presse au pas, d’une presse de la pensée unique, de la vision inique.

Par Mohamed Fall Ould Oumeïr

Directeur du Journal « La Tribune »

 















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