L'édito de La Tribune


saharamedia
Mardi 10 Août 2010



L'édito de La Tribune

Pour une bonne opération de communication, c’en était une. On retiendra que le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a détruit l’image surfaite du «militaire rugueux», du «faux démocrate», du «Président limité dans sa compréhension des dossiers»… Au contraire, il est apparu sous un angle sympathique, proche des autres, parlant le langage de la sincérité, préférant le ton de la spontanéité à l’assurance du calculateur, ayant une parfaite connaissance des dossiers…

 

si l’on excepte la question de la nationalité, le Président n’a séché sur aucune des questions posées. Mieux, il a lui-même pris l’initiative sur certaines questions pour aller au-delà de ce qu’on lui demandait. Expliquant ici la problématique de l’hôpital de Nouadhibou, là celle de l’organisation arabe pour l’agriculture (AAAID)… allant jusqu’au détail.

Trois thèmes sont à retenir : le terrorisme, le dialogue avec l’opposition et la transparence financière.

Le Président de la République a été formel : répondre par la force à la violence qui a été utilisée contre la Mauritanie. Soit. Mais ne pas oublier que la jeunesse prise dans l’engrenage de cette vision nihiliste du monde, a souffert du mal général. Un système éducatif contre-performant, une politique de formation inefficiente, un marché de l’emploi fermé, un système de promotion sociale gangrené par le népotisme et l’injustice, un système politique et administratif dévoyé, un système de valeurs corrompu…. Devant cette jeunesse, les horizons sont bouchés, les repères invisibles et seul le recours à la violence est susceptible de permettre la survie.

Pour contrer la propagande idéologique violente, il ne s’agit pas seulement de déployer le système sécuritaire. Mais certainement d’entreprendre de profondes réformes visant à occuper cette jeunesse, à canaliser ses énergies, à domestiquer sa fougue… c’est d’une réponse sociale globale que nous avons besoin pour éviter la gangrène générale. Pour cela d’une stratégie fruit d’une profonde réflexion.

Le Président de la République a eu les mots justes pour décrire les rapports qui doivent être ceux qui régulent entre Pouvoir et Opposition. Il a choisi comme cadre la Constitution et non l’Accord de Dakar. Il a dit respecter l’Opposition, s’est déclaré prêt à ouvrir le dialogue avec elle, quand elle veut, où elle veut. Et sur tous les sujets qui touchent l’intérêt national. Même s’il a éloigné l’idée de constituer un gouvernement élargi à l’opposition, il a laissé toutes les portes ouvertes à plus de convergence entre les protagonistes politiques.

Au lieu de tergiverser et de faire du surplace, l’Opposition démocratique doit se réorganiser impérativement. D’abord relancer l’Institution de l’Opposition démocratique au lieu de continuer à soutenir une Coordination qui crée plus de blocages qu’elle ne propose de solutions. Ensuite faire des propositions et aller au-delà de cette revendication du «retour à l’Accord de Dakar». En refusant de reconnaitre l’issue du scrutin du 18 juillet 2009, les partis politiques signataires du Dakar ont tué le Dakar. Parce que le dialogue inclusif qu’ils réclament aujourd’hui dans le cadre de cet Accord est prévu seulement «dans le prolongement de l’élection présidentielle». Le refus de reconnaitre l’élection pourtant cogérée équivalait à la mort de l’Accord.

Positivons d’ailleurs, et considérons que l’essentiel est là : la volonté de dialogue a été clairement exprimée par le Président de la République. Il restera alors à créer une dynamique concrète qui commence nécessairement par donner un contenu à ce dialogue. Peut-être que la plate-forme récemment déposée par ADIL devant le Président de la République, peut servir de base. Après tout ADIL est une composante de la Coordination de l’opposition démocratique qui peut bien fédérer au moins une partie de ce regroupement.

Le Président de la République a donné des gages sur sa volonté de promouvoir la bonne gouvernance. Mais la volonté politique ne suffit pas elle seule. Il faut institutionnaliser les instruments de bonne gouvernance et en réhabiliter les existants.

De l’Inspection générale qui est entrée dans une phase d’hibernation, à la Cour des Comptes dont le travail n’a jamais été l’objet d’une grande publicité, au contrôle financier, à la commission pour la transparence financière de la vie publique, aux différentes structures de contrôle interne des administrations… le pays a besoin de donner vie à tous ces instruments… les activer… prendre en considération les conclusions de leurs contrôles… agir en conséquence… et d’abord les confier à des gens capables d’incarner les valeurs qu’elles promeuvent.

Ceux qui ont suivi le Président ont certainement cru à sa volonté de moderniser le pays, de le doter d’une administration efficace, de le redresser économiquement et moralement… mais la volonté d’un homme suffit-elle à elle seule ?

Les tendances patrimonialistes – sultaniennes, diront d’autres - de l’espace hassanophone leur font dire : «rajil yibni hilla, u hilla ma tibni rajil» (un homme peut construire une communauté, mais une communauté ne peut pas construire un homme)… Il vaut mieux ne pas se fier à cela et appeler toutes les compétences à contribuer à construire le pays. Ensemble.

MFO

La Tribune N°513 du 09 août 2010

 















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