L'édito de MFO


saharamedia
Mardi 24 Août 2010



L'édito de MFO

Il est toujours plus facile d’être exigeant vis-à-vis de l’autre, et peu regardant pour soi. C’est un sport national en Mauritanie. Chacun est prêt à vous dire et redire ce qu’il croit être le devoir de l’autre, sans paraître s’attarder à ce que l’on est en droit d’attendre de lui. De là naissent toutes les approximations qui font le jugement de l’homme mauritanien. Je m’arrêterai à des cas que j’ai personnellement recensés parmi cette tribu des journalistes. Par rapport à l’exigence de vérité. Il s’agit de quelques expériences personnelles avec des sites ou des journaux jugés «sérieux»… Mais d’abord rappelez-vous toutes les versions qui vous avaient été servies à la suite de l’assassinat accompagné de mutilations dont a été victime un vieux guide de Nouadhibou. La vengeance cruelle, tantôt de AQMI, tantôt du groupe accusé d’avoir participé au rapt des espagnols et dont des éléments venaient de retrouver la liberté. Le règlement de compte de quelques groupes maffieux liés au trafic de drogue ou à celui de l’immigration clandestine… et d’autres récits encore plus romancés, chacun y allant selon sa capacité d’imagination.

On sait aujourd’hui qu’il s’agissait d’un meurtre qui entre dans le cadre d’un rituel perpétré selon les prescriptions magiques étrangères à notre aire. Regardons comment les sites, si friands hier de «théories», à l’affût de toute rumeur, comment ont-ils annoncé l’information rendue publique par le Parquet de Nouadhibou. En quelques lignes rédigées par l’Agence mauritanienne d’information (AMI). Pas de rappel de toutes les raisons objet hier de dissertations… c’est que chez nous, on reconnait rarement ses erreurs…

Il y a quelques jours j’ai lu sur plusieurs sites qu’un réseau de prostitution mineure a été démantelé à Rosso. Selon l’information, 200 filles …sénégalaises ont été arrêtées dans ce cadre. A Rosso, aucune autorité n’était au courant, personne là-bas n’était au courant. L’information a quand même été reprise par certains quotidiens.

Il y a quelques temps j’ai lu une information erronée sur un site. Parce que je trouve le site sérieux, j’ai appelé l’un des rédacteurs pour lui expliquer que l’information concernait des personnes qui me sont proches et qu’elle était dénuée de tout fondement. Sa réponse : «Je sais qu’elle est fausse mais je vous demande d’intervenir pour que les personnes concernées démentissent…» Manière singulière de faire de l’information. En 2010, je serai témoin de plusieurs cas similaires. Une fausse information publiée pour obliger quelqu’un à se mettre en avant…

Ne parlons pas des cas où le journaliste fait carrément dans la délation, la diffamation en plus de la désinformation. Il ne se passe pas une semaine sans un cas flagrant… et ce n’est pas toujours le fait de cette presse initialement «créée» par les officines de renseignement pour dénigrer les uns, justifier les excès de zèle de l’Appareil et/ou préparer les purges et autres répressions.

C’est la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA) qui devait atténuer les dérives, à défaut de chercher à les contenir. Mais la HAPA ne sert à rien. Voilà une institution qui a tout perdu de ses vocations premières.

Comme instance indépendante, elle est devenue un déversoir pour les cadres en mal de placement dans leurs partis : trois ou quatre pour l’Union pour la République (UPR, au pouvoir), deux pour l’Alliance populaire et progressiste (APP de Messaoud) et un pour …rien.

Comme instance de régulation, elle ne régule rien. Les organes de presse – indépendants ou étatiques – font ce qu’ils veulent, traitent l’information comme ils veulent… les uns n’hésitent pas à appeler parfois à la haine, cultivant le racisme et le particularisme en général… les autres faisant du monopole une arme contre l’adversaire… sans jamais déranger notre honorable institution.

Comme outil de raffermissement de la démocratie et de renforcement de la liberté d’expression, la HAPA a complètement raté. Même pas de quoi permettre de faire un bilan, de fonder un projet....

Alors que le pays avance vers la libération des ondes, la HAPA doit nécessairement être revue et corrigée. Redéfinir ses missions, élargir ses prérogatives, augmenter ses membres et surtout renforcer son indépendance. Par le choix de membres professionnels du secteur, peu ou pas partisans, ayant l’expérience et la notoriété pour redresser les torts commis par leurs confrères. Envisager d’en faire un organe constitutionnel dans un deuxième temps pour lui donner plus de force…

La Tribune N° 514 du 17 août 2010

 

 















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