L’esclavage en Mauritanie : pourquoi les lois l’incriminant ne sont pas appliquées ?


saharamedia
Samedi 3 Juillet 2010



L’esclavage en Mauritanie : pourquoi les lois l’incriminant ne sont pas appliquées ?

Tout d’abord, je salue la communication de Mr Sall sur l’unité nationale en Mauritanie, la pertinence de l’analyse historique, académique et scientifique du spécialiste et la fiabilité de ses fouilles et hypothèses sur le passé, le présent et le devenir des composantes ethniques, culturelles et linguistiques de la société et l’Etat mauritaniens.

Néanmoins, je déplore que mon prédécesseur (Ibrahim Abou SALL) a tenu, contre tout esprit d’objectivité, à se conformer aux idées reçues des milieux officiels et dominants, qui veulent confiner les Hratin, par décret politique, au sein de la soit disant communauté arabe de Mauritanie. Notre identité ne s’acquiert pas par décret, et surtout pas par la volonté hégémonique et assimilationniste des segments arabo-berbères qui continuent aveuglement dans leurs logique de dénis de l’esclavage et ses corollaires d’injustices qui maintiennent les Hratin dans une citoyenneté de dernière zone. Les Hratin ont développé leur identité propre à partir de l’endurance multiséculaire contre l’esclavage et autres pratiques analogues qui les ont mis depuis toujours au banc des autres composantes de Mauritaniens. Il est aussi à souligner que l’historiographie de la société et de l’Etat mauritaniens omet les communautés bambaras et berbères ; IRA s’érige contre le procédé d’absorption, d’ignorance et d’intolérance qui vise l’extinction culturelle et l’invisibilité de ces deux peuples, qui ont contribué à faire l’Histoire de notre pays et de notre sous-région. A l’instar de ceci, et nous l’avons souligné plus haut, IRA-Mauritanie récuse et met en cause le catalogage des Hratin au sein de la communauté arabe, seulement, dans le double dessein de pérenniser leur calvaire et martyr en les rendant invisibles, et en obtenant le surplus démographique sur les Noirs de Mauritanie, vue que la rhétorique des gouvernements et des groupes dominants, en Mauritanie, légitime l’accaparement du pouvoir par la majorité démographique. En ce sens que les Hratin représentent plus de  la moitié de la population mauritanienne ; et du fait que les statistiques démographiques prédisent que leur supériorité démographique va se conforter encore davantage à la lumière de plusieurs facteurs ; et compte-tenu que cette communauté était le bras séculiers du système hégémonique de la minorité Arabe en Mauritanie, système qui compte la maintenir dans cette fonction ; au sein des Hratin, l’éveil politique, la soif et la recherche des droits devenant des préoccupations de plus en plus réelles, tous ces paramètres font indubitablement de la problématique Hratin, la clef de l’unité nationale que d’aucuns veulent traiter sans nous.

Les Causes de l’Anti abolitionnisme de l’Etat et la Société Mauritaniens

-       L’idéologie sociale qui régi les esprits et mentalités de tous les ordres sociaux dans la société mauritanienne considère l’esclavage comme un dogme de la religion musulmane ; ce phénomène odieux est pratiquement, dans cet environnement, un fait banal, une valeur sociale pour ceux qui ont la possibilité de sévir comme esclavagistes. L’esclavage est aussi, au sein de la communauté arabo-berbère une nécessité sociale et matérielle parce que le travail ménager, les activités manuelles ou les efforts musculaires sont considérés comme sources de déconsidération et de déchéance dans le code d’honneur des ordres dominants de cette société qui reste tournée vers le passé dans des domaines essentiels de son fonctionnement.

Les travaux et ménages domestiques, la garde et les soins des enfants, dans leurs détails mineurs, pour l’honneur, nécessitent l’appel à une main d’œuvre servile ou rémunérée. Pour la majorité des gens, les esclaves sont plus à portée que les domestiques salariés ; ces salariés qui contrairement aux esclaves doivent se permettre, non seulement la rémunération, mais aussi les repos hebdomadaire et quotidien, apanages inconnus au sein du rythme de travail infernal de l’esclave de tente maure, touareg, berbère ou arabe.

-       Le rôle des leaders d’opinion au sein de l’Etat et de la société est déterminant quand au maintien du statuquo mentale et social esclavagiste. Ces leaders d’opinion, à commencer par le clergé, actionnaire dominant dans cette gouvernance esclavagiste, participent, par la légitimation (Imams et ulémas), l’escamotage et la couverture d’impunité (administrateurs de commandement, officiers de police judiciaires, magistrats…), censures, désinformation et faux témoignages (organes de presse officielle ou indépendante), démission, tabou et silence à buts électoralistes ou par idéologie (classe politique et intellectuels…).

-       Le rôle de l’Etat qui use de l’intimidation, du harcèlement et d’une gamme de mesures de rétorsion qui visent à affamer, diaboliser, emprisonner ou tuer toute personne décidée à mener une lutte sans concessions contre l’esclavage et les pratiques qui lui sont similaires en Mauritanie. L’Etat mauritanien, sous ses différents régimes, met l’accent sur leur faux témoignage et leur négationnisme à propos de l’esclavage, pour coopter comme symboles d’intégration, dans le gouvernement et la haute administration, des cadres et personnalités d’origine servile ; cette diversion, devenue classique, comme la ratification des conventions et le vote de lois progressistes, est destinée à l’opinion publique internationale et aux bailleurs de fonds.

-       Concernant les lois et peines prévues contre l’esclavage et pratiques esclavagistes, aucune application ne peut voir le jour, donc aucune jurisprudence malgré les cas avérés d’esclavage exposés chaque jour devant les tribunaux ; aucun juge n’ose procéder à l’application de ses lois, pour plusieurs raisons dont le fait qu’il sera immédiatement lui et son entourage tribal et familial indexés comme esclavagistes avec preuves à l’appui, dés qu’il sanctionne quelqu’un pour crime ou délit d’esclavage. Et le cycle de dénonciation va s’installer au sein de la communauté arabo-berbère dominante qui risque ainsi  d’assister à l’ébranlement de sa solidarité (assabiya) ethnico-tribale qui est, entre autres données, le sous-bassement de son pouvoir et de son hégémonie.

-       La dimension de l’esclavage agricole, reste aussi extrêmement importante et explosive Toutes les terres cultivables sont occupées par les Hratin qui en sont les exploitants depuis toujours, hormis les terres des ethnies noires. Mais ces terres sur lesquelles les Hratin ont vécu et fondé des lignages, sont toutes enregistrées, par l’administration et coloniale et celle de l’Etat post-indépendant, aux noms des lignages arabo-berbères, donc des maitres et anciens maitres. De cette situation inégale et injuste, résulte un état de fait de colonisation des villages et des contrées de paysans Hratin, par une élite tribale et aristocratique d’arabo-berbères qui tirent la légitimité de leur position de patrons à partir de leur statut de maitres, d’anciens maitres et parfois même simplement de leur statut d’arabe-berbère. C’est pourquoi cette féodalité tribalo-ethnique a exploité à souhait contre les populations paysannes Hratin, l’arme de la terre que les pouvoirs publics, par une politique discriminatoire et partisane, ont concentré entre ses mains. Cette donnée a biaisée le principe de un homme une voix qui est la quintessence de tout système démocratique. Ainsi, la féodalité arabo-berbère, bien que minoritaire, est constituée de grands électeurs, car ils engrangent facilement les voix de tous les Hratin paysans qu’ils tiennent sous leurs coupes par la terre.

En guise de conclusion, nous pouvons dire que la gouvernance esclavagiste en Mauritanie structure l’Etat et la société. Dans tous les domaines de la vie de l’Etat, comme au sein des forces armées et de sécurité par exemple, les Hratin vivent un malaise dont la source est l’institutionnalisation de l’usurpation, de l’inégalité des droits et des chances et du mépris qui fait le lot de cette communauté lui rappelant chaque jour son passé-présent esclavagiste.

Biram Dah ABEID

 















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