L’opposition face à la perspective du dialogue, l’heure du choix


saharamedia
Mercredi 21 Juillet 2010



La Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), collectif d’une dizaine de partis politiques, a mis sur pied un comité, comprenant trois «mouvances», en vue de trouver une réponse, collective, à la proposition de dialogue du président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz. Au sein de la nouvelle structure, on retrouve trois composantes: le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD), qui s’est fortement illustré dans la lutte pour la restauration du pouvoir du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, après le putsch «rectificateur» du 6 août 2008; le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD), éphémère «partisan» de ladite rectification. Et le nouveau parti El Wiam, une dissidence du Pacte National pour la Démocratie et le Développement (PNDD-ADIL), dirigé par Boydiel Ould Houmeid.

A travers ce comité, la COD, qui n’est qu’une coalition de partis politiques aux règles de fonctionnement forcément souples, en conformité avec sa propre nature, part à la recherche d’une position harmonisée, face à la nouvelle volonté du pouvoir. Cette évolution, au sein de la mouvance de l’opposition, est rendue nécessaire par un constat de divergences, dans l’approche du dialogue, par les différentes forces politiques en coalition. Image à trois facettes: les partisans d’un dialogue «immédiat», avec des conditions assouplies au maximum; les adeptes d’un dialogue, non pas stratégique mais  «tactique», avec une opposition en rang très serré, qui se donnerait, ainsi, le maximum de chances de peser, face au pouvoir et sur le cours des événements. La troisième ligne est constituée par les tenants d’un dialogue de principe, qui restent, cependant, très méfiants, face aux «petits calculs politiciens» du pouvoir, et qui exigent des garanties, solides, avant de s’embarquer dans la nouvelle aventure.

La  proposition de dialogue du président de la République a été signifiée, à la COD, une première fois début-juin, par l’intermédiaire du président du PNDD-ADIL, Yahya Ould Ahmed El Waghf, ex Premier ministre. Avance réitérée, de manière plus «directe», suite à une audience, au palais de la République, accordée, il y a tout juste une quinzaine de jours, au président en exercice du collectif de l’opposition, Boydiel Ould Houmeid, par ailleurs leader du nouveau parti El Wiam. Dans la foulée et au détour d’une question relative à «l’hibernation» de la mise en œuvre de l’accord de Dakar, sur plusieurs clauses écrites et même «non-écrites», posée par un député de l’opposition, le Premier ministre, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, est venu en renfort, insistant sur la «disponibilité» du président Mohamed Ould Abdel Aziz à discuter des «problèmes réels» du pays, avec tous les responsables de l’opposition. Après la proposition transmise par El Waghf, l’épisode Boydiel et la déclaration du PM peuvent être considérés, globalement, comme une avancée significative, dans le climat, très tendu, des deux dernières années, en dépit du retour à l’ordre constitutionnel, suite à l’élection, très contestée, du 18 juillet 2009.

Dialogue à tout prix?

Les différentes positions sommairement présentées renvoient à une forte volonté  de prendre langue avec le pouvoir, de la part du PNDD-ADIL et du nouveau parti El Wiam. Au sein de ces deux formations, issues du même ensemble originel, on retrouve des forces politiques traditionnellement favorables au régime de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, qui ont, en suivant, soutenu le pouvoir du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, avant de résister, courageusement, au coup d’Etat d’août  2008, explorant, ainsi, la nouveauté, tout-à-fait nouvelle, pour elles, de l’opposition politique. Celles-ci voudraient prendre le pouvoir au mot et lui arracher des concessions, en vue des prochaines élections législatives et municipales.

L’Union des Forces de Progrès (UFP) insiste, quant à elle, sur la nécessité d’un cadre unitaire solide de toute l’opposition pour faire entendre sa voix auprès du pouvoir. Cette formation peut se prévaloir de l’expérience d’une concertation «régulière», avec un régime très fermé et réfractaire à toute idée de dialogue, celui du président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya. Du côté du RFD, l’approche du dialogue politique national est restée la même, depuis l’élection présidentielle du 18 juillet 2009: rejet des résultats du scrutin, même si la position de principe reste favorable à la concertation entre toutes les forces politiques pour sortir la Mauritanie d’une crise multidimensionnelle. Mais, pour cela, le président de la République doit faire une proposition solennelle et officielle, tout en proclamant sa volonté de revenir sur la voie tracée par l’accord de Dakar. En dépit des flèches, très piquantes, du leader Messaoud Ould Boulkheir, également président de l’Assemblée nationale, sur tout ce qui serait de nature à consolider le pouvoir en place, la vision de l’Alliance Populaire Progressiste (APP) serait très proche de celle exprimée par le RFD. Manière de dire qu’à certaines conditions, ce parti ne  rejette pas le principe du dialogue.

Depuis sa constitution, il y a plus d’une semaine, le comité de l’opposition chargé de mener la réflexion sur le dialogue politique inclusif ne s’est pas encore réuni une seule fois. Pire, le RFD n’aurait même pas désigné son représentant. Ce qui laisse penser que certaines composantes de la COD jouent le «pourrissement» de la situation. Une thèse cependant réfutée par une source proche du collectif, qui nie toute divergence dans l’approche du dialogue avec le pouvoir, précisant que l’objectif visé, à travers la formation du nouveau comité, est simplement de préparer les différents thèmes à soumettre au débat, dans la perspective d’un éventuel forum entre le pouvoir et l’opposition.

Pour le principe, le PNDD-ADIL, El Wiam et l’opposition historique, dans toutes ses composantes, sont unanimes sur une exigence: le dialogue doit se construire sur la base de l’accord de Dakar. Seul outil politique capable d’aider à l’approfondissement de la démocratie, à la consolidation de l’Etat de droit et pour  une rupture, définitive, avec les coups de force. Une nécessité  que tous les Mauritaniens ont comprise, quelque soit la mouvance politique à laquelle ils appartiennent. Un débat toujours actuel, au moment ou le président Mohamed Ould Abdel Aziz boucle sa première année à la présidence de la République, mais bientôt deux, à la tête de l’Etat…

Amadou Seck

 















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