LA MAURITANIE, PAYS FRAGILE


saharamedia
Vendredi 20 Août 2010



Comme la plus part des Etats africains la Mauritanie,dans ses frontières actuelles est issue de la colonisation française en l'occurence l'Espagne ayant occupé pour sa part la région septentrionale du Sahara Occidental dont la décolonisation,objet d'un long conflit entre les populations indépendantistes et le Maroc n'est pas achevé à ce jour. Soumises par la France à partir du Sénégal et du Soudan les populations sahariennes et sahaliennes qui présentent une assez grande homogénéité culturelle mais qui  n'étaient pas unifiées politiquement n'ont été rassemblées dans un même État colonial qu'aux lendemains de la seconde guerre mondiale.

 

Une partie des Beydân terme sous lequel se nomment eux-mêmes ceux que le colonisateur a appelé les Maures est restée rattachée au Mali actuel. La vallée du Senegal dont la rive droite était administrée par la colonie est occupée par des populations négro-africaines que l'on retrouve au Sénégal et au Mali:d'est en ouest successivement les Soninkés,les Toucouleurs(halpularen de langue peule) et les Wolofs. L'ensemble représente environ 2 700 000 personnes réparties sur un territoir d'un million de km2.

Cette relative homogénéité culturelle-près de 80% de la population  de langue arabe pratiquait un pastoralisme nomade et était organisé sur une base tribale analogue à celle des bedouins –  qui s'accompagne d'une certaine homgénéité sur le plan géographique. La majorité du pays est située dans la zone saharienne ou sahalienne relativement aride avec des précipitations qui tombent pendant trois mois, de juillet à septembre et des températures élevées et contrastées. Il n'existe qu'un cours d'eau permanent: le fleuve Senegal qui marque la frontière méridionale de la Mauritanie.

Cette partie occidentale du Sahara présente des particularités. Soumise aux influences atlantiques qui renforcent l'aridité (climat subcanarien) mais tempèrent les chaleurs, elle est traversée par deux grands fleuves tropicaux aux crues bienfaisantes et favorables au développement de l'agriculture : le Sénégal et aux périphéries le Niger. Plus encore qu'en d'autres endroits, le Sahara souvent présenté comme une barrière représente plutôt une zone de transition. C'est vrai que sur le plan écologique  se superposent les influences maghrébines et soudanaises mais encore plus en ce qui concerne les mouvements de population.

Un laboratoire de la vie tribale

De longue date vraisemblable le Sahara a vu en provenance du Nord des afflux de populations proto-berbères alors que les changements climatiques semblent avoir induit le déplacement vers le sud des groupes sahariens qui vont contribuer à la formation des sociétés négro-africaines sénégambiennes. Ces mouvements de population sont masqués dans une qui ne retiendra que les faits enregistrés par les récits du voyage de l'époque, relatifs à l'inslamisation du Sahara occidental après l'établissement des routes commerciales caravanières – celles-ci accompagnant le développement de l'élevage chamelier à la fin du premier millénaire de notre ère.

L'histoire saharienne et la formation de la société maure se réfèrent essentiellement au mouvement des Almoravides. Ces pasteurs sahariens berbères, unifiés autour de nouvelles croyances religieuses – l'islam sunnite malékite qui prédomine jusqu'à nos jours dans l'ensemble de la région – occupent une partie du Maghreb et de l'Espagne et contribuent au X1e siècle à une première rencontre du monde européen et africain. Dans les siècles qui suivent l'essor des empires soudanais justifié pour une part par le commerce transaharien vers le Maghreb et l'Europe fera passer les sociétés sahariennes islamisées comme le sont les empires soudanais sous la coupe de ceux-ci. C'est la période pendant laquelle se développent les transports caravaniers et sont créées les villes anciennes récemment transcrites par l'Unesco au patrimoine universel de l'humanité. Le mouvement pendulaire nord-sud s'inversera progressivement à partir du XVe siècle.

Les siècles antérieurs ont vu en effet l'introduction en provenance du nord de nouvelles tribus pastorales et nomades qui se réclament des Arabes hilaliens et vont contribuer à une arabisation du pays linguistique, cultuelle et généalogique : c'est le début d'un processus historique qui aboutira à ce que la plupart des tribus touarèques actuelles se donnent une origine arabe. Sous les coups de boutoir des tribus du sultan du Maroc, les empires soudanais s'écroulent: l'occupation de Tombouctou par les Arma morocains au XV1 siècle marque un tournant.

L'autonomie des tribus sahariennes qui en résulte se traduit par un remarquable essor culturel, d'inspiration musulmane et par l'émergence de structures politiques nouvelles. Ces changements correspondent aussi à des influences européennes anciennes à partir du litoral que les Portuguais explorent dès le XVe siècle et que vont se disputer Hollandais, Brandebourgeois, Anglais et Français,ceux-ci imposant leur hégémonie à partir du XV111e siècle. Sous ces influences conjuguées se constitue la société maure dans sa forme actuelle.

Au X1Xe siècle et jusqu'à la colonisation cette société est composée essentiellement de pasteurs nomades, éleveurs de dromadaires ou de bovins selon leur localisation ainsi que de petit bétail, ovins et caprins. L'agriculture est pratiquée en régime d'irrigation dans les oasis de l'Adrar et du Tagant, et sous pluie, dans les régions les plus méridionales: elle est le plus souvent le fait des esclaves (`abîd) et affranchis (harátîn) qui constituent plus de la moitié de la population arabophone. L'armature de la société est tribale: l'ensemble de la population est répartie entre des tribus de taille variable qui se considèrent comme des descendants d'un même ancêtre masculin.

En fait ces tribus sont généralement de composition hétérogène et témoignent d'une certaine mobilité. Dans la majeure partie du pays existent en effet des différences statuaires importantes qui distinguent des < : hassân,guerriers réputés d'origine arabe, zawâya en charge de la gestion du sacré de l'islam, znâga protégés par les hassân auxquels ils livrent des tributs et considérés d'origine berbère. Ces hiérarchies sont loin d'être figées et s'inscrivent dans des contextes politiques diversifiés qui font du Sahara occidental une sorte de laboratoire de la vie tribale arabe.

Au sud-ouest et au centre se sont constitués à partir de la fin du XV11e siècle quatre émirats contrôlés par les aristocraties guerrières et dans le cadre duquel la hiérarchie Tagant. Dans l'est de la Mauritanie actuelle on observe plutôt la constitution des grandes confédérations tribales organisées autour de puissantes chefferies qui peuvent s'inspirer des valeurs guerrières ou religieuses. Dans le nord en particulier au Sahara ex-espagnol on retrouve une organisation confédérale des tribus mais sur un mode égalitaire sans constitution de chefferies centralisées.

La vallée du Sénégal connaît à cette période d'importants mouvements politico-religieux en particulier parmi les populations halpularen. Une révolution religieuse instaure à la fin du XV111e siècle,un mouvement théorique celui des toroobe qui va être relayé au milieu du X1Xe siècle par le développement de la confrérie soufiste tijân à l'occasion de la formation de l'empire d'El Hadj Umar. Chassé par les français de la vallée du Sénégal celui-ci partira de la conquête d'une partie du Mali actuel. La colonisation mettra fin à ces entreprises impériales. De manière plus générale, les populations négro-africaines de la vallée du Sénégal subiront très anciennement et de manière plus marquée les effets de la colonisation française qui s'effectue à partir de l'embouchure du fleuve et du comptoir de Saint-Louis,fondé au XV11e siècle.

De la colonisation à l'indépendance

La colonisation du Sahara occidental ne s'effectue pas selon un plan systématique et cela pour deux raisons: d'une part la résistance farouche et efficace grâce à l'acquisition d'armes modernes des populations sahariennes qui ne s'achèvera qu'en 1934 ; d'autre part par l'absence de visées géostratégiques à part celle constitant les possessions françaises du Maghreb et de l'Afrique occidentale. Toutefois, la construction de la piste impériale de Dakar à Alger ne s'effectuera que juste avant la seconde guerre mondiale.

La vallée du Sénégal et les régions orientales à partir du Soudan français sont occupées dès la fin du X1Xe siècle. La rive droite l'est au début du XXe siècle dans le cadre du projet d' présenté et réalisé non sans en fait des moyens militaires considérables par Xavier Coppolani,tué en 1905 au Tagant. En 1910 l'Adrar est occupé difficilement par le colonnel Gouraud qui etait  à la tête de l'une des plus importantes colonnes militaires françaises qui soit intervenue en Afrique occidentale. Le nord résistera encore longuement et les ghazw (expéditions de pillage ) parcourent ce territoire saharien jusqu'à la fin des années 1930.

L'administration du nouveau territoire constitué en colonie en 1920 restera légère et confiée dans le nord du moins à des militaires. Jusqu'à l'indépendance la capitale de la colonie est Saint-Louis... au Sénégal. Il n'y aura guère à l'exception de la vallée du Sénégal de projets de développement structurel d'implatation de services de santé et d'éducation etc, : le pays en apparaîtra fort dépourvu au moment de l'indépendance. En contrepartie ce contrôle administratif réduit, malgré les requisitions et l'imposition de l'impôt, contribuera à préserver les solidarités tribales ( ásabiyya )qui vont se réorganiser en fonction des objectifs nouveaux qui se dessinent dans le contexte colonial.

Même si ses ressources apparaissent limitées le Sahara occidental se voit assigner une fonction économique dans le cadre d'une vision géostratégique centrée sur le développement du bassin arachidier sénégalais,source de la principale production de rente. Il s'agit de fournir en viande ce bassin arachidier et les ports d'exportation-Dakar en particulier qui connait une forte croissance. Dès les années 1920 l'administration s'emploiera à organiser et à favoriser le commerce du bétail entre la Mauritanie et le Sénégal. Pour sa part la vallée du Sénégal doit fournir le complément de produits vivriers pour l'alimentation de populations urbaines et de celles qui sont engagées dans les cultures de rente.

Les réalités économiques se révéleront moins harmonieuses et se traduiront par une série de crises qui retentiront sur le contexte social. Ces crises ont des origines diverses. La cause principale réside dans les aléas climatiques, correspondant à des périodes de sécheresse aggravées par les vols des criquets qui réduisent régulièrement le cheptel et la production céréalière : elles caractérisaient également le Sahara précolonial mais elles auront désormais d'autres effets. Il s'agit aussi des crises d'approvisionnement conjoncturelles (manque d'argent par exemple accompagnant la crise mondiale au début des années 1930 ) ou structurelles : la croissance de la population de la vallée réduit les surplus céréaliers qui disparaissent dans les années 1950  perturbant les échanges avec les populations pastorales.

Les variations des prix des céréales et du bétail affaiblissent régulièrement les éleveurs et entraînent un mouvement de différenciation des richesses. La crise qui sévit dans les années 1942-1946 prenant un tour dramatique du fait de la fermeture des frontières entre les colonies décrétée par l'administration durant la seconde guerre mondiale conjugue ces différentes causes et va contribuer à faire évoluer en profondeur la société maure.

C'est à cette période que les activités commerciales dans la société saharienne commencent à prendre une certaine ampleur. Certes le commerce y avait toujours joué un rôle important : sans remonter aux anciens trafics caravaniers un certain nombre de tribus maures avaient commencé dans la seconde partie du X1Xe siècle à participer à la réorganisation du commerce international suscité par l'essor économique de l'occident. Mais les crises de l'époque coloniale vont accentuer cette vocation alimentée par le commerce du bétail – effectué exclusivement par des commerçants sahariens – mais aussi par la spéculation sur les prix ou le rationnement ainsi que par la contrebande dans les zones septentrionales mal contrôlées par le colonisateur. Cette évolution profite essentiellement aux tribus zawâya et va contribuer à la remise en question des hiérarchies tribales et statuaires traditionnelles.

Simultanément commence à se poser le problème de l'esclavage en particulier dans les zones oasiennes où les concentrations d'esclaves étaient parfois relativement importantes : un début d'urbanisation où le développement du travail salarié entraînent les premiers conflits locaux et amorcent un courant de départ des esclaves.

Ces changements économiques sociaux et statuaires se traduisent dans le mouvement politique qui émerge aux lendemains de la seconde guerre mondiale dans le contexte de l'Union française.

Les premières élections législatives en 1947 voient la défaite du candidat de l'administration et l'élection Hurma ould Babana,originaire des tribus zawâya contribuant à radicaliser quelque peu le mouvement vers l'indépendance. L'administration récupérera progressivement les donnes du jeu politique en suscitant l'émergence de nouveaux hommes politiques plus favorables à une association avec la France en particulier le futur président Mokhtar ould Daddah. Mais le gouvernement indépendantiste continue à jouer un rôle important par exemple à travers le parti Nahda qui appelle à voter non au référendum de 1958. La force de ce mouvement va se trouver cependant réduite du fait de deux facteurs qui contribuent à modeler le paysage politique de la Mauritanie après l'indépendance, acquise en 1961 sous haute protection française.

Il s'agit d'une part des revendications marocaines sur les territoires sahariens méridionaux qui engagent une partie du courant arabophone : le refus du Maroc de reconnaître la Mauritanie et les pressions qu'il exerce sur les autres pays arabes amènent le nouveau gouvernement mauritanien à rechercher d'autres soutiens. D'autre part du rôle que revendiquent au sein de la communauté nationale les populations négro-africaines de la vallée du Sénégal qui ont plus bénéficié de la colonisation dans le domaine scolaire en particulier et qui fournissent un bon nombre des cadres modernes du nouvel Etat, opposés à une arabisation trop marquée du pays. Le choix de Mokhtar ould Daddah comme président de ce nouvel Etat, effectué dans le cadre d'une alliance provisoire entre ces forces se traduit par l'affirmation officielle du rôle de la Mauritanie comme .

De tous les habitants de la sous región ouest africaine,les Mauritaniens mis à part ceux qui incarnent héroïquement la résistance à la pénétration coloniale sont par excellence ceux dont les relations avec le colon ont été les plus complexes,les plus imprevisibles et les plus difficiles à démêler.

Astucieux et opportunistes, ils sont parvenus de tout temps à tirer profit de leurs rapports avec le colon feignant au meme moment de lui réserver le meilleur des égards. L’amabilité de certaines tribus l’ouverture et la symphatie de certaines autres vis à vis du colonisateur étaient plus dictées par le profit que cela pouvait engendrer que par une quelconque philantrie.

Tant et si bien que l’Homo-mauritanicus qui vivait en bonne intelligence avec l’envahisseur est parvenu toujours à en tirer profit sans en donner l’air. D’ailleurs autant les innombrables razzias n’étaient dictés que par ce souci autant les alléanges fantaisistes de toute sorte n’étaient motivées que par ce seul désir. On pouvait profiter largement des Nassaras infidèles par tous les mohines y compris les plus malhonnêtes sans que cela ne soit perçu de façon illégale.

“Tribalisme” et régionalisme

Une autre dimension de la vie politique mauritanienne correspond à ce qu'on pourrait appeler le et le régionalisme. Elle recoupe largement les deux autres aspects ethniques et statutaires puisqu'il s'agit toujours d'héritages historiques renvoyant à des différenciations et à des solidarités qui se perpétuent. Mais il faut se méfier là encore des traductions trop immédiates du passé dans le présent.

Le rôle dominant joué par les Maures dans la vie politique mauritanienne ne pouvait manquer d'inspirer une lecture mais aussi régionale de celle-ci par référence aux émirats et confédérations. De fait le régime de Mokhtar ould Daddah a été souvent assimilé à l'hégémonie des tribus des trarza alors que celui de Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya est parfois qualifié d'Etat smasîd du nom de la tribu de l'Adrar qui est la sienne.

Les choses sont naturellement plus complexes et demandent un décryptage en priorité; une interrogation sur le rôle que joue la tribu dans le contexte contemporain et sur la définition que l'on peut en donner. La tribu se présente comme un groupe de parents fondé sur une filiation commune et renouvelé par des mariages mais aussi comme une politique défendant ses biens, ses positions territoriales, statutaires et politiques. Les notions centrales sont celle de ásabiyya – les solidarités qui lient ses membres - et celle de factionnalisme pour désigner le système des alliances qui traverse et parfois divise la tribu mais qui s'ouvre aussi sur de plus vastes systèmes d'alliance au niveau local et régional.

Ces deux notions conservent un sens dans la société maure actuelle où les solidarités et les alliances commandent en quelque sorte le fonctionnement de la . On peut alors comprendre que les objectifs économiques et politiques ne puissent être atteints sans mobiliser ces relations tribales. Il en est de multitudes exemples dans la société mauritanienne dont les membres eux-mêmes se consacrent au décryptage des appartenances tribales pour comprendre les réussites individuelles ou collectives mais aussi les échecs et l'évolution de la vie politique.

En concevant les références tribales comme un aspect essentiel de constitution de la société civile on comprend mieux pourquoi le processus de démocratisation en cours de la vie politique s'est traduit aussi par un retour au premier plan du tribalisme comme l'évoquent ouvertement les partis – ne serait ce que pour le condamner – et la presse. Le contrôle et le soutien des notables tribaux apparaissent de manière de plus en plus manifeste comme un aspect essentiel de la pratique politique.

En s'intitulant République islamique dès l'origine et en refusant dans la constitution de 1991 qu'un parti particulier puisse se réclamer de l'islam les acteurs du discours politique n'ont fait que masquer l'importance du fait religieux. Les traditions de l'islam local inspiré du sunnisme malékite et profondément marqué par le soufisme freinent, sans les réduire les tendances à la diffusion d'autres formes de l'islam contemporain telles que le wahhabisme, le salafisme ou d'un mouvement comme le Tabligh.

Le développement des moyens de communication va dans le sens des réponses simples sinon simplistes que ces mouvements apportent aux problèmes résultants de la mondialisation. L'action est souterraine sauf quand elle est encouragée par des partenaires étrangers privilégiés; elle n'en existe pas moins en dehors des traductions politiques immédiates.

Un risque politique

La société mauritanienne est fragile. Les questions économiques et sociales n'apparaissent pas au premier plan du débat politique. Elles ne s'en posent pas moins et sont susceptibles de se traduire par de graves crises politiques comme ce fut le cas en 1995 lorsque des mesures prises dans le cadre du programme d'ajustement structurel, en l'occurence la hausse des prix du pain entraînèrent des émeutes à Nouakchott.

La politique des organismes internationaux, la forte differenciation des richesses et la paupérisation d'une partie de la population dans un contexte urbain créent les conditions d'une agitation sociale et politique dont l'on ne peut là encore préjuger les manifestations à venir. Pour une part à l'instigation de la Banque mondiale et des bailleurs de fonds internationaux l'actuel gouvernement s'est engagé dans une politique qui cherche à contrebalancer les effets des politiques antérieures d'ajustement structurel en tentant de prendre en charge les questions sociales à travers les programmes de lutte contre la pauvreté ou de l'amélioration de la condition féminine.

Peu peuplée, manquant cruellement de ressources hors le fer ou gaspillant celles-ci – dans le cas de la pêche - la Mauritanie a rarement pu maîtriser ses relations internationales. Bien avant la colonisation l'histoire qui en témoigne  voit le Sahara occidental osciller entre les influences économiques et politiques maghrébines et soudanaises.

Aux lendemsains de l'indépendance pour des raisons plus conjoncturelles que structurelles la Mauritanie définit sa place dans le monde comme un trait d'union entre l'Afrique noire et un monde maghrébin qui s'identifie à cette époque au monde arabe – il s'agirait en fait d'un monde arabo-berbère- dans le discours de l'époque. Cette nuance est importante car elle souligne les évolutions qui se sont produites depuis et qui entérinent des changements plus anciens.

La notion de berbérité assumée aux lendemains de l'indépendance va disparaître au profit d'une revendication de plus en plus exclusive d'appartenance des populations sahariennes à la nation arabe. L'affirmation d'un nationalisme arabe va entraîner en contrepartie une revendication culturelle et politique des populations négro-africaines source de conflits qui disjoignent les liens officiels avec le monde africain ( rupture en 1989 des relations diplomatiques avec le Sénégal ).

Parallèlement se disjoignent aussi en partie les liens avec l'ancien colonisateur français bien partiellement certes puisque l'aide française continuera à jouer un rôle important mais symboliquement sur le plan de l'enseignement ( le français n'est plus la langue officielle ) et de la monnaie (sortie de la zone franc ). L'intégration dans le Grand Maghreb , les relations avec les pays pétroliers arabes caractérisent une fois réglée la question des rapports avec le Maroc, les choix de politiques internationales qui vont culminer au prix de multiples contradictions lors de la Première guerre du Golfe en 1991 à l'occasion du soutien accordé à l'Irak  non seulement par le gouvernement mais aussi par la majorité du peuple mauritanien.

La dernière décennie a vu de nouveaux recentrages dont la dimension conjoncturelle est toujours évidente. Le rapprochement avec la coalition occidentale s'est manifestée par une nouvelle influence des Etats-Unis d'Amérique et la reconnaisance d'Israël se traduisant par l'ouverture d'une ambassade à Nouakchott qui ne contrebalance que partiellement celle de la France.

Le déroulement de la Seconde guerre du Golfe a renversé sur ce point la tendance sinon au niveau gouvernemental du moins au niveau populaire. Cristallisant des difficultés économiques et sociale et celles qui résultent des positions de la Mauritanie durant la Seconde guerre du Golfe,la tentative de coup d'Etat militaire de juin 2003 témoigne de la persistance d'une certaine instabilité politique malgré la mise en place du processus de démocratisation.

Après l’indépendance les choses commencent à changer en positif du fait de l’austérité Daddaeine mais également du caractère tranché du père de la nation à vouloir se premunir de tout ce qui pouvait mettre en danger la jeune indépendance du pays menacée par l’appétit vorace de certains. Mais c’était sans compter les manigances et sans les vieilles habitudes courtisanes.Avec la création du parti du peuple mauritanien ( PPM )ce qui devait arriver arriba. Il fallait dès lors embrigader les masses les rendre dóciles pour les amener à souscrire à une visión politique unilatéraliste ne devant souffrir d’aucune contestation. Pour cela il fallait être aimable et courtois et réserver des égardstous ceux qui pouvaient drainer des masses ( notables,chefs de tribu,leaders d’opinion etc…)

C’est alors que les vieilles habitudes de complaisance refèrent surface avec la création des structures laudatrices telles que JPPM (Jeunesse du parti du peuple mauritanien) les groupements des femmes militantes,les troubadours attirés et les rabatteurs de tout genre.

L’on se rappelled à ce propos les déplacements du Président Moctar Ould Daddah qui étaient des occasions toutes trouvées pour faire son apologie pour l’ensencer et pour chanter ses louanges et celles de son épouse. La célèbre chanson était scandée sous tous les toits et par tous les mauritaniens.

L’Etat vache à lait continua à faire son petit bonhomme de chemin. S’en suivra l’ère des militaires pendant laquelle cette politique de complaisance atteignit son summum.

Le choix de la langue arabe

Comme la plupart des pays africains à l'heure de la décolonisation la nouvelle République islamique de Mauritanie ( RIM ) - premier pays au monde à revendiquer l'étiquette avec,il est vrai, un contenu bien différent de celui qui s'est affirmé de nos jours – fait le choix du parti unique seul susceptible (est – il considéré alors) d'affirmer une identité nationale encore bien fragile. Les négociations menées à cette fin entre les diverses forces politiques ne furent pas aisées : la création dun Parti du peuple mauritanien ( décembre 1961 ) s'effectue sur la base de délicats compromis entre les qui se démarquent rapidement des revendications marocaines et les partis qui ont négocié l'indépendance, représentant les pouvoirs maures ou les notables négro-africains.

Cet équilibre fragile va bientôt être remis en question par la décision du gouvernement de Mokhtar ould Daddah de s'engager dans une politique d'arabisation de l'administration et de l'enseignement afin de faire de l'arabe la langue officielle de la nation mauritanienne. L'un des enjeux importants de la vie politique mauritanienne se précise alors : il se traduira par une série d'avancées ( notables ) et de reculs (conjoncturels )de la place de l'arabe dans le système éducatif induisant par ailleurs d'autres problèmes notamment ceux de la qualité des enseignants et de leur enseignement en arabe qu'il se révélera difficile de préserver : l'appel aux enseignants religieux traditionnels et à quelques coopérations extérieures avec les pays arabes ne permettra pas de régler réellement les difficultés. Après les premières émeutes ethniques de 1965 la question restera posée dans le secteur éducatif dans les décennies suivantes jusqu'à prendre un tour plus dramatique encore à la fin des années 1980.

En dehors de ces problèmes, l'Etat mauritanien doit gérer ceux plus universels encore du développement d'un pays resté à l'issue de la période coloniale démuni en infrastructures et en cadres. La construction d'une nouvelle capitale créée de toutes pièces (Nouakchott) manifeste symboliquement cette volonté de constitution d'une nation moderne.

Les ressources sont cependant limitées à une exception qui va contribuer à l'orientation des choix de l'époque. Il s'agit de la mise en exploitation des riches gisements de fer découverts dans le nord de la Mauritanie autour de la Kediya d'Idjil. L'exploration de la a débuté à l'époque coloniale : les dernières négociations financières pour la constitution de la Miferma,une société minière où dominent les intérêts français et européens se dérouleront dans la période de transition vers l'indépendance et engageront les premiers gouvernements nationaux.

En 1963, le gigantesque chantier ouvert à la fin des années 1950 ( construction de deux villes Noudhibou et Zouerate et d'une voie ferrée de 600 kilomètres) est achevé et les premiers contingents de minerais de fer quittent la Mauritanie pour l'Europe laquelle reconstruit sa sidérurgie en fermant ses propres bassins miniers. Très vite l'exportation du fer va fournir la majeure partie des ressources en dévises de la Mauritanie et imponer contre toute évidence une certaine vision du développement pendant la première décennie qui suit l'indépendance. Contre toute évidence car l'entreprise est étrangère -elle emploiera jusqu'à près de 2000 Européens-et est logiquement plus préoccupée par la gestion de ses investissements que par le développement du pays. Nous arrivet-il de nous interroger sur la significations de certains symboles que d’aucuns considèrent comme l’illustration de notre souveraineté nationale. Architecte de notre monnaie nationale, Maître Daadah n’a créé l’ouguiya que pour des raisons idéologiques et hégémoniques fondées sur le darwinisme  socio-économique-culturel . Cette sortie de la Mauritanie de la zone C.F.A ne répondait à aucune logique économique mais était mue par le seul souci de la détacher du monde noir et d’un désir de marquer le pays d’une empreinte identitaire pour que « l’arabité de la Mauritanie soit mieux établie que son africanité » comme l’a bien affirmé tout récemment Ahmed Ould Daadah dans une interview à Jeune Afrique Intelligent. Il suffit d’observer nos billets de banques et les noms de certains quartiers et villes (Bagdad, Arafat, Sebkha…) pour se rendre à l’évidence de cette volonté manifeste de privilégier le patrimoine culturel arabo-berbères au détriment de celui des autres communautés mauritaniennes.

Ce symbolisme s’appuie sur ce que Gramsci appelle les instances hégémoniques: la religion, l’école et les mass-media. Ces instances sont des instruments de manipulation très efficace et sont généralement contrôlées par le groupe dominant. Prises à part, chacune d’elles détient un rôle déterminant dans le jeu politique.

La religion constitue une grande assise pour fonder et maintenir un Etat. La religion est une institution qui a le pouvoir de réunir les hommes sous l’hégémonie d’une seule autorité. Machiavel croyait toujours en la possibilité d’user de la religion à des fins politiques car elle est un fait social humain, elle est inscrite dans les relations sociales.

A défaut de convaincre une frange importante de la population Mauritanienne de la raison d’être de l’arabe comme langue officielle du pays certains idéologues justifient que l’arabe c’est la langue de l’islam. S’agissant alors du religieux toute possibilité de remise en cause se transforme en sacrilège. Ce qui pousse à l’acceptation sans discernement. Dans un espace où la religion bénéficie d’une grande assise il est facile de gouverner car la violation des dogmes est susceptible d’une double sanction : une sanction immédiate émanant du groupe et celle plus redoutée encore relevant de l’au-delà après la délibération des actes et faits acquis.

L’école, cadre de formation et de promotion sociale est souvent sous tutelle de l’Etat. Bourdieu pense qu’elle n’est rien d’autre qu’un moyen pour la classe dominante d’instaurer son hégémonie en aliénant le peuple. La quasi-totalité des réformes du système éducatif Mauritanien n’avaient pour objectif que de renforcer la domination des Maures blancs sur le reste de la population. L’école Mauritanienne n’a jamais été neutre. Elle offre un programme toujours conforme aux idées de la classe dominante. Les Mass Media constituent la partie la plus sensible au niveau des instances hégémoniques dans la mesure où leurs effets sont directs. Le point de vue officiel c’est-à-dire celui de la classe dominante est impossible sans le contrôle des moyens médiatiques. A suivre les programmes de la télévision nationale on s’aperçoit que le message fondamental consiste à présenter les Maures comme ethnie majoritaires. Si d’ailleurs cela était vrai pourquoi les pouvoirs publics refusent toujours de publier les résultats des recensements de la population ?

Les Mass Media, l’école et la religion restent toujours des moyens incontournables pour manipuler. Malgré leur autonomie elles constituent des véhicules idéologiques du groupe dominant au service de l’Etat .

Toute cette politique sera résumée par le postulat de l’un des ministres des affaires étrangères de l’époque en la personne de Hamdi Ould Moukhnass (nihiliste de première heure) lorsqu’il déclara que « La France a commis l’erreur de rattacher la Mauritanie à l’Afrique noire >>

Mutisme de Daadah en 1987, 1989, 1991 et ses cris d’alarme en 1995

Ces dates sont plus que jamais à écrire en lettres rouges dans les annales de l’histoire politique de notre pays. Alors que son enfant chéri (le criminel Taya) mettait en œuvre sa sale besogne (exécutions sommaires et extra judiciaires) le premier avocat Mauritanien, lui, se promenait en poète sur les belles plages de Nice! Artiste du crime et orfèvre du macabre, Ould Daadah n’a fait aucune déclaration. Pourtant la nation qu’il avait fondée sombrait dans une catastrophe qu’elle n’a jamais connue depuis son accession à l’indépendance.                                      .

Quelle signification peut revêtir ce silence? Alors qu’en 1995 après une simple augmentation du prix du pain il ne tardera pas à appeler la population à un soulèvement populaire et l’armée à prendre le pouvoir. N’a-t-on pas le droit de nous demander si le pain est plus important que la vie d’un noire en République islamique de Mauritanie ?

Pour répondre à cette interrogation nous allons user d’un jeu qui peut prendre l’allure d’un raisonnement syllogistique que nous avons hérité de la tradition aristotélicienne: toutes les crises sont graves ; l'exécution des Negros-mauritaniens et la crise du pain en est une autre.Cette situation oblige le père de la nation à s’exprimer sur l’une des plus grave or Daadah ne s’exprimera que sur celle de 1995.

On peut donc conclure que chez Daadah le pain a plus de valeur qu’un noir.

Ce faisant le père fondateur de la Mauritanie a failli à son devoir. Il porte une lourde responsabilité dans le chaos dans lequel se débat le peuple Mauritanien et doit être jugé au même titre que le génocidaire Taya et ses acolytes.

La nouvelle république semble vouloir s’aligner avec les vieux démons de l’ancienne république de Daddah et ce en tentant de ``palper ´´ le pouls de la population par le travers du premier ministre et du ministre de la culture qui ont déclaré publiquement que la langue arabe est menacée par les dialectes nationaux. Le premier ministre veut arabiser toute l’administration mauritanienne

Dans ce pays - qui de par sa situation géographique couvrant une superficie de 1 030 700 km², bordée à l'ouest par l'océan Atlantique et possédant des frontières avec l'Algérie, le Sahara occidental, le Mali et le Senegal - occupe une position stratégique d’importance capitale. De par ses ressources minéralières, halieutiques et pétrolières, la Mauritanie constitue un lieu privilégié pour les developpements technologiques.

De par sa diversité où s’entremêlent arabe, pular, wolof, soninké, berbère, français, bambara, la Mauritanie est l’interlocutrice incontournable de toutes les civilisations méditerranéennes, arabes, maghrébines, africaines ou européennes et partant l’objet des extrémismes de tous bords.

Ces extrémismes ne sont pas nouveaux mais s’ils apparaissent aujourd’hui avec plus de perspicacité c’est que jamais la Mauritanie n’a connu avec éclat une réconciliation nationale malgré la journée de la prière du 25 mars 2009.

Habituellement, les analystes se focalisent sur la plaie et se détournent assez vite du microbe qui l’infecte. Mais à trop garder cette attitude ne risque-t-on pas une surinfection? Pour beaucoup d’observateurs la décision du Premier ministre et les propos de madame la ministre de la culture ne peuvent nullement échapper à une résistance.

Au sein des francophones (toutes ethnies confondues) cette résistance était attendue. Et tant pis pour ceux qui par cécité intellectuelle n’auraient pas aperçu à temps des décisions discriminatoires surgir pour plus tard voir des poulets dissuader des nouvelles manifestations

Certes, le sentiment d’un « devenir commun » n’exclut pas des représailles qui, parfois, s’achèvent par de nouvelles arrestations comme dans les années 80 sous le règne de Haidalla.

Mais ces nouvelles tensions nées de la décision du PM doivent être résorbées lorsque les intérêts communs à l’ensemble variantes communautaires ou ethniques sont en jeu. La phosphorescence culturelle de la langue arabe, sa richesse littéraire et sa beauté stylistique sont indéniables. Pour autant la valorisation de la langue officielle de la Mauritanie ne doit guère s’opérer au mépris des langues nationales. En effet de nos jours la concurrence linguistique est rude à l’échelle mondiale si bien que l’on procède à des classements entre « langues mouches » et « langues éléphants » (Jean-Louis Calvet).

En revanche, au plan national la co-présence de plusieurs langues dans un même pays doit être perçue comme une richesse et un facteur de consolidation de l’Unité Nationale. Mais pour tirer le profit optimal de cette opportunité nos décideurs doivent avoir l’audacieuse volonté de promouvoir toutes nos langues nationales.

Valoriser sa langue, c’est valoriser sa culture car comme le disait Ferdinand De Saussure : « la langue et la culture sont intimement liées comme le recto et le verso d’une seule et même feuille ». Seulement en Mauritanie on est loin de cette posture d’où notre interrogation sur les réelles motivations de cette arabisation commencée par Feu Moctar Ould Daddah.

Et au vu des récentes déclarations de certains décideurs politiques nous nous approchons peut-être de la dernière phase de ce processus. Ne perdons jamais de vue que la langue est d’une importance capitale dans la vie d’une communauté. A ce sujet que dire des déclarations de M. Le Premier et de Mme La ministre de la culture?

Du point de vue général la priorité est ailleurs. Déjà en 196 sous prétexte de libérer l’enseignement du carcan de l’assimilation culturelle du fait de la présence de la langue française, des réformes avaient été engagées ensuite suivront d’autres dont la plus récente est celle de 1999. En réalité les motivations de celles-ci étaient plus idéologiques que pédagogiques et toutes n’ont conduit qu’à la déconfiture du système éducatif agonisant qui a bien besoin d’être diagnostiqué.

Ainsi la réponse au Premier Ministre sera la suivante: le système éducatif avant tout ! L’enseignement souffre de tous les maux: et l’arabe et le français sont très mal enseignés. Paradoxalement peu des fervents nationalistes savent l’arabe et rappelons que l’arabe classique et le Hassania sont certes apparentés mais différents. L’urgence n’est-elle pas l’audit du système éducatif? Un diagnostic sérieux en dehors de toute considération idéologique s’impose.

Au nom de quoi les langues nationales mauritaniennes ne doivent-elles pas être officialisées et valorisées ? La question des langues nationales doit occuper une bonne place dans les travaux des Etats Généraux de l’Education que les tous Mauritaniens attendent depuis quelques années. Quant à la Ministre de la culture, sa déclaration est à la fois un aveu de sécheresse intellectuelle et un appel à l’inculture.

Force est de constater que malgré l’effort de l’Institut des langues nationales avant la réforme de 1999 et celui du département de linguistique et des langues nationales aujourd’hui nos langues nationales demeurent encore peu écrites ; et à défaut de leur transcription elles auront du mal à transmettre le savoir .

En définitive, les langues nationales ne doivent en aucun être vues comme des langues ennemies de la langue officielle de la Mauritanie et la valorisation de celle-ci ne doit être synonyme de marginalisation d’autres communautés. A ce sujet les inquiétudes des étudiants francophones sont légitimes car la non maîtrise de l’arabe compromettra sans nul doute leur insertion professionnelle.

Enfin, l’arabisation ne doit pas agrandir l’énorme fossé social entre les riches et les pauvres. A titre d’exemple les enfants des décideurs sont scolarisés dans les meilleures écoles privées et poursuivront royalement leurs études à l’étranger ce qui hélas est loin d’être le cas de la majorité des élèves et étudiants Mauritaniens.

N’en déplaise à certains la Mauritanie est un pays multiethnique et multilinguistique et par conséquent multiculturel. Les langues nationales sont incontestablement une partie intégrante du patrimoine culturel mauritanien. Valorisons et officialisons nos langues nationales toutes nos langues nationales et ce en les écrivant et en les enseignant.

A chaque fois que l’on valorise une langue on valorise une culture: une façon de vivre et de voir le monde. Ayons foi dans la valeur de nos langues nationales et faisons de notre diversité linguistique une richesse

Le pouvoir par le bout du fusil

Après une succession de coups d'Etat conduisant à la prise de pouvoir du colonnel Mohamed Khouna ould Haydallah (1980) puis de celui qui le destitue et le remplace fin 1984 ( s’agissant du colonnel Maaouiya Sid'Ahmed Taya ) le régime militaire s'est relativement stabilisé. L'un et l'autre mais le second surtout vont s'engager sous la pression internationale dans un processus de démocratisation de la vie politique.

Celui-ci débute en 1982 avec l'instauration des SEM (Structures d'éducation de masses) destinées à reconstituer les cadres politiques après la disparution du parti unique qui a accompagné la chute de Mokhtar ould Daddah. Le mouvement s'accélère avec l'arrivée au pouvoir du colonnel Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya qui va s'engager à doter le pays d'une nouvelle constitution. Après une première série d'élections sur le plan local, qui amèneront une réorganisation administrative du pays ( 13 régions,création de commune) celle-ci verra le jour en 1991 à l'occasion d'un référendum. La création de partis politiques est autorisée et deux forces principales s'imposeront immédiatement : le PRDS ( Parti républicain, démocratique et social ) qui soutient la politique du gouvernement et l'UFD (Union des forces démocratiques ) représentant une opposition menée par un frère du précédent président, Ahmed ould Daddah . La liberté de la presse est instaurée: on assiste à la création de nombreux journaux qui restant soumis à des pressions officielles et ne touchant qu'un public limité en français et en arabe connaîtront rapidement de nombreux problèmes.

Il faut noter que la création de partis  se réclamant de l'islam est interdite:l'islam étant la réligion officielle de la totalité des habitants de la République islamique de Mauritanie. En 1992 les premières élections voient le triomphe de Maaouiaya Ould Sid'Ahmed Taya aux présidentielles et celui de son parti le PRDS aux législatives. Les scrutins qui se sont succédés depuis ont confronté la situation du président et de son parti malgré de nombreuses contestations exprimées dans la rue et dans la presse.

Les questions fondemantales qui se posent dans la société mauritanienne de nos jours sont moins les problèmes du développement économique que des questions d'ordre social et culturel. La principale si l'on en juge par son impact sur la vie politique nationale et internationale est la question . Certes les différentes sociétés qui se partagent l'espace mauritanien parlent des langues et relèvent de cultures différentes. Mais elles ont aussi un héritage común celui de l'islam en particulier et participent d'une histoire ancestrale largement commune elle aussi.

L'ethnicité est un enjeu qui participe essentiellement au contexe moderne. Les populations négro-africaines qui avaient bénéficié davantage du système éducatif colonial ont pu aux lendemains de l'indépendance occuper dans le nouvel Etat une place d'autant plus importante que les revendications marocaines (qui amenaient le gouvernement de l'époque à se rapprocher des Etats d'Afrique noire et à jouer l'alliance française).

L'arabisation partielle du système éducatif et de l'administration est conçue dès le départ comme une remise en question de ces positions et du rapport de forces au sein de l'appareil d'Etat entre ces différents groupes ethniques. Sans être réellement calmée l'affaire restera relativement contrôlée durant le gouvernement de Mokhtar ould Daddah qui avait négocié des alliances solides avec des notables négro-africains. Mais il n'en va plus de même avec l'instauration du régime militaire; au sein de l'armée comme dans la société civile des mouvements nationalistes arabes plus radicaux s'affirment se réclamant d'une inspiration baasiste,nassérienne ou libyenne. Les positions tendent à se radicaliser avec la création en 1983 du Flam ( Front de libération des Africains de Mauritanie )un mouvement clandestin qui revendique en y intégrant les esclaves et affranchis une majorité dans le pays et dénonce l'hégémonie dictatoriale des baydân ainsi que la place accordée à l'arabe.

Cette radicalisation a une autre cause que le seul enjeu de la répartition des forces au sein de l'Etat. Les travaux d'aménagement du fleuve Sénégal,la régularisation du cours et la nécessité de passer à un autre mode de culture fondé sur l'irrigation et la riziculture sapent les bases mêmes des communautés villageoises de la vallée dont la structure sociale et politique se traduisait étroitement dans le contrôle des terres. Les sociétés négro-africaines de la vallée particulièrement les Halpularen se sentent menacées dans leur identité et bientôt dans leur intégrité. Pour une part à juste titre car les nouvelles terres d'irrigation sont l'objet de convoitises de la part des investisseurs urbains,très majoritairement maures.

L'attribution des terres qui ne laissent qu'une part congrue aux périmètres villageois accentue la tension. La deuxième partie des années 1980 est caractérisée par une radicalisation de la question ethnique avec une forte agitation au sein de la population négro-africaine et une répression de plus en plus dure de la part du gouvernement,le tout annonçant un conflit ouvert.

Celui-ci se noue fin 1987 lorsque le gouvernement dénonce un complot des officiers toucouleurs et procède à une vague d'arrestations et à une épuration des administrations clefs. De nombreux cadres halpularen disparaissent ou sont contraints à l'exil ou au chômage. En 1989 le problème prend une dimension internationale et débouche sur un conflit entre le Sénégal et la Mauritanie,débutant par des pogroms dans l'un et l'autre pays et par l'expulsion de leurs ressortissants respectifs : plusieures centaines de milliers de personnes sont concernées.

La Mauritanie va devoir gérer le problème des réfugiés: une partie sera installée sur les nouvelles terres irriguées de la vallé dont ont été chassés les paysans réputés de nationalité sénégalaise. Les relations ne reviendront que lentement à la normale entre les deux pays ; jusqu'à nos tours la question des réfugiés n'est pas réglée comme celle de l’esclavage  officiellement  aboli par la loi mais qui reste d’actualité.

Sans s'y réduire la question de l'esclavage a joué un rôle dans le développement du conflit. Vraisemblement plus de la moitié de la population arabophone du pays est composée d'esclaves ou d'affranchis intégrés dans les familles et tribus baydân mais qui sont significativement distingués des baydân, les sous l'étiquette générique de sudân occupant des tâches spécifiques dans la société saharienne plus particulièrement dans le domaine agricole. Cette population doit – elle être considérée comme d'origine négro-africaine,la plus grande partie d'entre elle étant issue du commerce ou de pillages en Afrique noire- c'est la position du Flam-ou fait elle partie de la société saharienne arabophone dont elle partage la langue et la culture?

Les sociétés négro-africaines du pays ayant elles mêmes pratiqué l'esclavage de manière ancestrale,les anciens esclaves et affranchis feront massivement le second choix ce qui va contribuer à une prise de conscience plus aiguë de leur situation éconmique et sociale. Celle-ci n'est pas  en effet sans poser de graves problèmes. Les ábid et harâtîn cultivaient traditionnellemt des terres qui ne leur appartenaient pas. Dans les contextes privatif de l'exploitation des palmiers ils travaillaient pour leurs maîtres ou encore une fois affranchis entraient dans des contrats de métayage ou de complant qui ne leur garantissaient pas la propriété du sol.

L’ère militaire

La courte période de Ould Haidalla n’a pas connu une extraodinaire montée en puissance de cette propension à encenser le mître des céans. Les  structures d’éducation des masses du bouillant Breyka Ould M’Barraeck ont juste contribué à embrigader les masses qu’à faire la promotion du Président oul Haidallah. Le conformisme, l’attitude  martiale et la mise au pas étaient plus recherchés que tout autre chose. D’ailleurs ce sont plutôt les plus jeunes qui étaient particulièrement visés par cette mobilisation.

Sauf que certains chefs de quartiers courtisans recrutés comme relais pour cibler les groups à mobiliser pouvaient être considérés comme des résidus de l’esprit flatteur. Mais malgré ces quelques écarts de comportements force est de remarquer que l’ère Haidalla avait contribué pour beaucoup à refreiner la pratique de complaisance et en limiter considérablement les méfaits.

Le Président de la République d’antan ne pouvait accepter qu’on s’adresse à lui qu’avec décence et respect et les laudateurs étaient persuadés qu’au premier faux pas ils seraient démasqués par un homme qui ne leur pardonnerait jamais de vouloir l’enduire en erreur.

Arriva l’ère de Maaouiya ould Taya qui consacra le culte de la personnalité du chef de l’état dont les louanges sont chantés à tous moments et en toutes occasions. Les visites présidentielles à l’intérieur du pays étaient des occasions pour les opportunistes de tout poil de rivaliser d’ardeur.

C’est ainsi que certains poussaient des chanteurs et des diseurs de poésie mediocre pour encenser Ould Taya qui à force de se laisser prendre au jeu finit par y succomber.

La horde des dont certains inconditionnels s’empressaient à serer la main du Président à toutes les étapes,les discours d’allégeance déclinés à tout bout de champ,les banderoles sur fond de messagesdithyrambiques,les supports mettant en exergue les réalisations du Président le tout couronné par des initiatives de : jeunes,femmes,artisans ,ulémas,handicapés…proclamant haut et fort leur allégeance au prince,étaient des trouvailles sorties tout droit de l’usine de fabrique des enflammeurs de Ould Taya.

Finalement ce sont ces mèmes chantres de la politique du ventre qui finiront par perdre Ould Taya en l’induisant en erreur et en le poussant à commettre les pires bévues de sa vie.

Avec la fin de l’ère Taya les chasseurs de prime jetèrent auusitôt leur dévolu sur Ely Ould Mohamed Vall ( ancien directeur de la sûreté nationale et homme de confiance de Ould Taya )assimilé hypocritement à un messager venu délivré le peuple de sa misère. Le copinage qui s’en suivit poussera le colonnel à prendre langue avec les à défaut de pouvoir faire passer son putch déguisé du vote blanc.

C’est parce qu’on a tellement fait ses louanges qu’il avait fini par croire que le mieux serait de ne pas s’en aller de sitôt ou à défaut de chercher à revenir le plus vite posible. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi élu démocratiquement après donc la période de transition sous la présidence de Ely Ould Mohamed Vall connaîtra le même sort en se faisant entourer de courtisans qui ne lui présenteront que le côté positif des choses. A la radio, à la télévision on ne se privait pas de le peindre sous son beau jour. A chacun de ses déplacement ( Rosso,Nouadhibou) on renouait avec le grand bal et petit à petit Sidi finit par s’en accomoder.

Arriva en dernier lieu le tombeur de Sidi Ould Cheikh Abdallahi

Dès le premier jour de sa prise de pouvoir les laudateurs sont revenus à la rescousse en renouant avec leurs basses besognes. Les marches de soutien, les initiatives de tout genre et les ralliements tirés par les cheveux furent au goût du jour. Le soutien venant de certains partis de l’opposition traditionnelle de certaines centrales syndicales,de certaines Ong et certains groupes issus de la dispora est une nouveauté qu’il faut inscrire à l’actif du HCE ( haut conseil d’Etat formé par les putchistes militaires de Sidi) qui est parvenu à étendre son aura à un public qui était plus réservé que les autres. Mais avec le rythme appropré à ce culte de complaisance et avec la fougue affichée par les partis de la majorité présidentielle qui tiennent coûte que coûte à `` domestiquer ´´ le Président Mohamed Ould Abdel Aziz,  n ne doit pas s’étonner d’assister au mouvement lors des prochains rendez vous électoraux à des mouvements de soutien fait au nom des sorciers,des antrophophages,des femmes divorcées,des anciens bagnards politiques.

Le chemin difficile de la démocratie

Un peuple (malgré la diversité ethnique, religieuse, linguistique ou autre) est d’abord un réceptacle juste et harmonieux à la solidarité de tous envers tous et ensuite une réelle volonté de partage équitable des responsabilités et des ressources nationales communes. Et le peuple d’Afrique depuis des millénaires s’est toujours évertué à rendre visibles et effectifs notre volonté de vivre en commun et en toute harmonie et les liens séculaires qui nous unissent les uns aux autres et avec notre patrie. Cette solidarité agissante (tous pour un et un pour tous) étant à la base du ciment social s’est développée à travers une panoplie de vertus cardinales que sont la dignité,le courage, le patriotisme , la droiture, etc.

Que l’on ait la charge de conduire les affaires publiques (gouvernants) de faire et de défaire la loi (mandants du peuple) de la lire et de la faire appliquer (magistrats et auxiliaires de la Justice) chacun doit en toutes circonstances comprendre qu’il est issu des entrailles du peuple et se sentir redevable à la seule Nation et à son peuple. Aucun responsable aucune personnalité ne doit occulter les sacrifices onéreux du peuple pour lui assurer une éducation convenable, une instruction valable et des capacités rentables. Nous sommes tous,bref, issus du peuple quels que soient notre position et notre rang social nous avons tous été faits par le grand peuple d’Afrique . Ne l’oublions  jamais.

La valeur du citoyen ne réside en vérité que sur son degré d’engagement pour la Nation, son dévouement et son respect pour le peuple qui doivent (le peuple et la Nation) à chaque instant motiver son geste et son verbe. Un engagement est un don de soi pour la collectivité pour le rayonnement de la Justice sociale et pour l’intérêt général. En prenant une position en tranchant un débat et/ou en posant un acte pourvu qu’il ne soit motivé que par la recherche quotidienne de l’intérêt général, du bon désir du peuple et de la quiétude de la Nation.

Ceux qui ont la charge de notre Justice (à qui nous faisons confiance jusqu’ici) ne doivent point accepter que des prédateurs boulimiques, des saltimbanques incultes, grands adeptes des combines mafieuses les éloignent des citoyens qu’ils ont l’impérieux devoir de servir de départager et de protéger équitablement sans risque de s’attirer dans l’autre monde, le courroux de Dieu à qui chacun rendra compte individuellement.

L’égalité des citoyens devant la loi est un principe immuable sauf en Afrique  des dix dernières années. Depuis, nous assistons impuissants au pillage incessant de nos ressources par des brigands dans une impunité totale au nom de la consanguinité,de l’appartenance au même clan politique ou de tribu ou de place que l’on tienne dans l’appareil d’Etat où des moyens tortueux de pression que l’on brandisse comme arme de dissuasion contre toute forme de poursuite. Les comploteurs hauts perchés sur les arcanes du pouvoir doivent une fois pour toute savoir que dans ce pays il y a des citoyens que les seules prébendes, les subsides et autres avantages malhonnêtement acquis sur le dos des populations exsangues ne font courir. Il y a dans notre Nation des hommes et des femmes de rupture, des patriotes francs et loyaux qui cherchent à chaque instant les moyens de servir leur peuple par leur ingéniosité par leur virtuosité par leur dextérité par leur disponibilité positive par leur savoir-faire et leur savoir-être. Il est de devoir de rappeler ici les combats historiques de certains journalistes chevronnés animés par la seule volonté patriotique d’informer les peuples et  dont aujourd’hui beaucoup d’entre eux sont portés disparûs d’autres torturés et d’autres en prison. Dans une prison on peut enfermer et priver de liberté un corps physique mais jamais on ne parviendra à étouffer une âme, un esprit, une idée qui aura fini de produire l’effet escompté sur le peuple réceptif.

Comme nous le constatons un pays peut trahir ses propres convictions et violer sa propre morale. La vie sur terre nous donne souvent l’occasion de voir de nos yeux le mal ; cela nous fait apprécier le bien. La stupidité nous fait apprécier l’intelligence dans l’être humain. La félonie nous fait apprécier la sincérité des hommes et des nations. Les Africains ont pour cela beaucoup de considération pour les pays qui savent honorer la parole donnée.

C’est pourquoi nous voyons la nuit pour mieux apprécier le jour, le silence pour que la parole ait un sens, la maladie pour que la santé ait un sens, la guerre pour que la paix ait un sens, la mort pour mieux apprécier la vie et nous remercions tous Dieu de nous avoir donné la fatigue et les peines pour que le repos et la joie aient un sens.

Puissent les dieux du désert et les saints de cette terre brûlante de prières sauver l’Afrique de ses fils impétueux et immatures malgré les étoiles sur leurs épaules et qui au lieu de vaincre et de chasser la pauvreté,l’ignorance , les maladies, les armées ennemies ont plutôt mis à genoux et vaincu leur propre pays brûlé son premier livre d’or à la face du monde et chassé sa gloire de toutes les stèles des mémoires de l’espoir.

Kadiata Toure de nationalite mauritanienne établie à Bruxelles et

volontaire dans un mouvement de femmes libres qui produisent des articles d'ordre politique et culturel sur l’Afrique et sur les pays arabes.

 















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