LES EVENEMENTS de mai 1968 à Zouérate


saharamedia
Lundi 31 Mai 2010



Ce document, inédit, jette une lumière sur les événements sanglants de 1968 dans la ville minière de Zouérate et sur lesquels Sahara Media revient, 42 ans plus tard, à travers une rétrospective des événements et de nombreux témoignages compilés par l'équipe du site Zouerate.com pour les besoins de la postérité. Une oeuvre qui, en fait, se veut édifiante sur cet évenement important dans la vie collective et dont l'histoire retiendra qu'il fut la tragédie fondatrice du premier mouvement revolutionnaire mauritanien.

 

LES EVENEMENTS de mai 1968 à Zouérate

 

Avant Propos (tiré d'un dialogue entre les deux hommes)

Nous devions savoir, nous devions gratter et fouiller, car nous ne pouvons d'un côté déclarer à tous les anciens MIFERMA/SNIM de tous bords «ce site est le vôtre, celui de votre mémoire», et passer des faits sous silence sous prétexte qu'on rappellerait des mauvais souvenirs. Omettre, est pire que censurer, c'est tout simplement mentir, se mentir, ce qui ouvre un autre débat : devons nous nécessairement tout dire? Pour moi, la réponse est oui, mais sans travestir, sans passion, rapporter simplement les faits tels qu'ils se sont produits. Seule concession l'écrêtement de propos trop violents. C'est sur ces principes que j'ai confié le dossier de mai 68 à Jean-François Genet.

- Patrick Wojkowiak

C'était pour moi, une des conditions de départ me liant à ce site et à son créateur PatrickWojkowiak. Pouvoir parler de tout, avec un traitement "pro", donnant principalement la parole aux témoins. Nous sommes encore dans la période mémorielle, profitons en, car dans seulement quelques années, quand viendra le temps de l'histoire, il faudra que la collecte soit engrangée pour pouvoir en tirer les enseignements nécessaires.

- Jean-François Genet

Au sein du n° 15 de Miferma Information en date du 15 décembre 1968, page 4, il est fait allusion aux événements de mai 68 à Zouérate de cette façon: «Après les événements du mois de mai, la production a repris son cours sensiblement normal...». Mais de quels événements s'agit-il? Aucune précision quant à leur nature

Pourtant cette revue est un bulletin de liaison destinée uniquement au personnel de Miferma qui est, rappelons le, pluriethnique et se répartit sur deux sites. Pour preuve, après un tour d'horizon des installations et de la publication et des résultats des tonnages produits, treize pages sont consacrées aux instances dirigeantes du pays et dix-neuf autres à différents sujets touchant la Mauritanie, soit les deux tiers de l'ouvrage.

Le 17 juillet 2001, le congrès de la CGTM (Confédération générale des travailleurs de Mauritanie) prend « une résolution sur les martyrs du 29 mai 1968 à Zouérate, et demande que cette même journée devienne chômée, fériée et payée». L'article se poursuit en des termes forts, voire violents, puisque dénonçant «un massacre qui aurait été opéré pour répondre aux injonctions de la société néo-coloniale Miferma».

Une telle différence de traitement ne peut que nous interpeller.

Autre questionnement de ma part. Présent sur place à Zouérate entre 73 et 77, je n'ai entendu parler de ces manifestations que très rarement, et en termes vagues, et ce, autant par les Européens que par les Mauritaniens. D'ailleurs je n'ai jamais su le nombre exacte de victimes, ni même trop pourquoi et encore moins comment, seule, la réflexion qui me choquait «ils ont tiré dans le tas» m'est resté au fond de l'oreille. Je n'ai jamais eu non plus l'attention attirée par un endroit mémorial tel une plaque commémorative comme dans nos villes métropolitaines, et pour cause, puisqu'il n'existe pas. Aucune place du souvenir, aucune rue du 29 mai, rien. Pourtant, plusieurs milliers de manifestants et neuf morts, ça doit frapper les esprits, ça se voit, ça s'entend, une rue ou place du 29 mai aurait pu leur être consacrée. Non, rien, juste une résolution trente-trois ans après....

Mohamed Ould Tajedine nous déclare «que les évènements de mai 68 ont marqué les esprits mais ces faits sont presque oubliés de la mémoire collective et qu'ils sont rarement évoqués par les partis politiques»

A Ely Salem Kayar notre correspondant, j'avais précisé le sens de cette démarche en l'invitant à lancer cette opération sur place, je lui disais: « je crois qu'avec cet espace temps qui s'allonge indéfiniment, il est urgent de recueillir des témoignages. Il s'agit de la période la plus ancienne et les témoins se font rares. Il y a toujours eu un débat entre histoire et mémoire. Les historiens, mettant en doute l'oralité, l'ont dédaigné pendant trop longtemps, hors, aujourd'hui, ils s'empressent de courir après les derniers témoins. Evidemment, point de doigts accusateurs, ou de diatribes vengeresses dans nos publications, il s'agit simplement de prendre acte pour que les générations futures puissent prendre conscience des efforts qu'il faut consentir et des épreuves qu'il faut traverser pour construire un pays, votre pays. Je vous invite donc à cette recherche qui me semble indispensable». Mieux qu'une réponse à ma demande, Ely nous livre plusieurs témoignages poignants de travailleurs mauritaniens.

Certains membres de notre rédaction ont vécu ces événements, mais enfants à l'époque, leurs impressions, plus que leurs certitudes nous imposaient d'interroger des adultes. Contrairement à ce que je pensais, certains ont répondu présents, et ont souhaité s'exprimer sur ce sujet. Leur témoignage vient en contrepoint et donne un éclairage quelque peu différent sur ce que les Européens ont retenu de ces journées.

Autre question, cette répression sanglante était-elle nécessaire? Les manifestants marchaient-ils seulement vers la ville ou voulaient-ils casser du "Toubab" comme nous l'ont affirmé certains témoins? Voulaient-ils pénétrer dans les habitations de la cité qui leur paraissaient un peu trop blanche?

Comparaisons

Dans notre annonce, nous mettions en avant les comparaisons possibles avec les événements de France, j'en vois plusieurs, ou plutôt seulement quelques unes, certaines plus évidentes que d'autres, mais auparavant, il nous faut faire un petit historique.

A Zouérate, l'exploitation de la Kedia est engagée depuis 1960, la construction de la cité qui se veut idéale démarre la même année, le premier train minéralier part de F'derick en 1963. Les attentes sont vastes du côté Mauritanien... L'indépendance date de la même année après 90 années d'occupation française. On peut même dire que les attentes sont immenses pour le jeune Etat délimité sur des frontières quelque peu artificielles et constitué d'une mosaïque de peuplades et d'ethnies non homogène. Mais n'en est-il pas de même pour tous pays?

Dans la mémoire populaire, l'origine des deux manifestations, est oubliée voire cannibalisée par nombres d'acteurs qui, s’ils y ont effectivement participé, et en on même étés les éléments déclencheurs de certaines phases à un moment donné, n'en sont pas à l'origine pour autant. C'est vrai pour les étudiants de Nanterre (avril 1968) et donc encore moins pour ceux de la Sorbonne. C'est vrai aussi pour les activistes du mouvement dit des " Kadihines" qui sur ce coup serviront plus une cause que les intérêts directs des travailleurs mauritaniens.

En France, on passe sous silence les grèves spontanées du début d'année 1968. En janvier, à Caen, l'usine Saviem est bloquée trois semaines et ce, contre l'avis des syndicats qui prônent même la reprise du travail. La grève s’étend à l'usine voisine, la Sté Métallurgique de Normandie, les CRS chargent, les lycéens descendent dans la rue. Il y eu ensuite tout un chapelet de mouvements sur l'ensemble du territoire toute coloration politique confondu. On peut même remonter aux grèves de 1967 au sein des usines sidérurgiques de Lorraine, fortement réprimées elles aussi. Nous pourrions aussi nous souvenir de la marche sur Paris des mineurs lorrains en 1963. Les attentes de la classe moyenne (ouvriers/employés) atteignent leur limite. Vingt ans d'efforts continus pour remonter une France exsangue au sortir de la deuxième guerre mondiale semblent ne pas être récompensés. Les salaires sont des salaires de misère.... Les enfants du baby-boom entrent dans la vie active, et eux qui ont vu leurs parents "trimer" dur pendant toute cette période ne sont pas prêts aux mêmes sacrifices. De plus, pour eux c'est la période du plein emploi. La facilité de retrouver un patron dans la journée même permet d'exiger plus de contrepartie.

En Mauritanie, aussi, nous devons revenir quelques années en arrière pour comprendre comment ces grèves ont pu se mettre en place.

La nombreuse main d'oeuvre arrivée de brousse et ralliant Zouérate, bien que non qualifiée (voir prochain dossier sur les manutentions), font retrouver les mêmes bouleversements de société que ce qu'ont vécu les Français au début du XXe siècle, les campagnes se vident et voient les paysans entrer à l'usine. Le salaire est régulier et plus rémunérateur que le produit des campagnes. C'est ainsi que Souleymane le berger va rencontrer Simon le mineur venu de Lorraine (voir documentaire Idjil par P. Wojtkowiak).

Ces populations migrantes entraînent avec elles leurs familles qui s'installent en périphérie de la nouvelle cité, voire dans les environs mêmes, à quelques kilomètres. Et là aussi, pour un maigre salaire issu de l'industrie, ce sont plusieurs bouches qui sont nourries. Ainsi née une solidarité entre ces gens venus des quatre coins du pays, mixant des populations qui s'ignoraient et qui ne se seraient peut-être jamais rencontrées, un genre de creuset, de "meeting pot" comme en Lorraine aux heures des immigrations de l'entre deux guerres. D'après Ely Salem, «une conscience nationale s'éveillait petit à petit».

Les comparaisons les plus évidentes sont sur le traitement physique des événements: la police charge à Paris, elle s'interpose à Zouérate. Le Préfet calme ses troupes à Paris, l'envoyé du gouvernement ordonne d'ouvrir le feu à Zouérate. Les événements de France sont restés très présents, ceux de Zouérate sont enfouis au fin fond de la mémoire collective.

Evitons toutefois d'être donneurs de leçons et rappelons nous qu'en 1962, soit seulement six ans plus tôt qu'a Zouérate, sous la charge de la police française, une manifestation fut réprimée dans le sang. Le bilan fut de neuf morts et de plusieurs centaines de blessés. Il fallut attendre quarante-cinq ans pour que le carrefour devant la station de métro Charonne soit baptisé "place du 8 février 1962“. Les responsables furent amnistiés.... et des journalistes ayant rapporté l'évènement, condamnés pour diffamation.

Les origines du conflit

Dès les premières années de l’implantation de la Miferma, de nombreux conflits apparaissent. En 1965, de graves incidents ont lieu sur le siège de la mine de Tazadit. Sans rentrer dans les détails, il semble que le mépris affiché par «de petits blancs» (livre LMDF par P. Bonte) soit à l'origine d'une opération vengeresse qui fait six blessés graves.

Soit dans les témoignages, soit dans les écrits, il est toujours dénoncé cette notion de maltraitance et de non respect des travailleurs mauritaniens.

Pour sa part, Michel Breda, arrivé en 1966, se souvient que ces événements lui ont été rapportés par la suite et «qu'ils ne sont pas forcément liés à ce qui ce passera trois ans plus tard puisque issus d'un confit personnel» (l'origine en reste obscure).

Mais ceux-ci, de part leur mode de vie et leurs traditions, non aucune culture industrielle et rejette en partie, la convention d'établissement de 1959 qui guide jusqu'alors les rapports entre les deux communautés, ils y voient une méthode de commandement, prolongeant de manière déguisée l'occupation coloniale française. Néanmoins, Le 15 Juillet 1965 sur demande du syndicat national, l’Union  des travailleurs de Mauritanie (UTM) basé à Nouakchott, une convention collective du travail est promulguée incluant diverses primes et des plans de carrière. La Miferma  en profite pour  encourager les travailleurs à tout donner d’eux-mêmes afin de  mieux la servir.

Ely Salem Khayar nous livre quelques données: «A Zouerate les rapports entre personnel expatrié à majorité Européenne de Miferma et les travailleurs Mauritaniens étaient déjà très parallèles. Les premiers  imposaient une culture fondée sur l’individualisme, la rigueur, l’organisation, le matérialisme et la  propreté, les seconds se voulaient bien attachés aux grands espaces de liberté, simplicité, spiritualité  et modestie. Deux communautés  se côtoient à Zouerate, sans se toucher.»

Il s'appelle Sidi o. Zegued, il est embauché le 23 Novembre 1966, voici  ce qu’il raconte à propos de cette époque. « Je travaillais à  la gare ferroviaire de Tazadit. Les  N’çara (Européens), étaient  très arrogants. Certains d’entre eux tapaient souvent  de fois les Mauritaniens».

En France, sur ce chapitre, les choses en sont encore au moyen âge, on y voit aussi des travailleurs transportés dans les bennes des camions. Au sein des ateliers et des usines, les mots grossiers pleuvent sur les travailleurs immigrés, surtout ceux d'origine de Nord-Afrique, sûrement les métastases du conflit algérien qui vient de se terminer il y a peu. Pourtant, à la différence de ce qui se passe en métropole, la Miferma est relativement sévère vis à vis des gestes racistes émanant des expatriés et les reconduites à l'avion sont nombreuses.

Malgré cette tension persistante dans les rapports entre personnels, la Miferma avance dans son projet et les objectifs sont pratiquement toujours atteints. N'est-ce point là aussi une source de conflit, la société n'était-elle pas trop exigeante et la pression exercée sur sa maîtrise européenne ne s'est-elle point reportée au niveau du terrain? N'était-ce pas la fatigue qui en faisait craquer plus d'un? «Sur les chantiers les hommes s’usaient en forçant leurs nerfs et physiques à supporter des conditions très austéres. Plus  le temps passait,  plus la pression sur eux grandissait et plus leurs mentalités évoluaient.» nous déclare Ely Salem Khayar.

Pour sa part, Michel Lemardeley nous livre quelques données des horaires pratiqués au sein de son service «trop de temps passé sur les chantiers, le total des heures pouvait allègrement dépasser les deux cent cinquante à trois cent heures dans le mois.»

Pour preuve aussi, selon Pierre Bonte (LMDF), le turn-over important chez les expatriés de Zouérate: un quart des expatriés sont présents depuis moins de deux ans; les deux tiers depuis moins de quatre ans! Il décèle chez les expatriés un malaise persistant mais qui s'exprimé de manière confuse.

Autre source de conflit

«La cité des N’çara coquette et propre juxtaposait une cité Africaine grise et terne. Les habitants de celle-là  par crainte des chiens ne fréquentaient pas  ceux de celle-ci. Ceux de celle là, en raison du milieu insalubre n’osaient pas se rendre chez les autres. Les Mauritaniens qui  se sentaient  pourtant chez eux, donc propriétaires des lieux et ses richesses, enviaient ces toubabs venus d’ailleurs pour les déposséder de leurs biens» relate Ely Salem.

On avait voulu une cité idéale, mais encore une fois, ce ne sont pas les architectes et les urbanistes qui font les villes, ce sont leurs habitants, ce sont eux qui s'approprient l'endroit, ce sont eux qui décident s’ils se fréquentent, se disent bonjour, s'évitent ou se jalousent. Le manque de logements est criant. Pour des problèmes liés au mode de vie des Mauritaniens (voir plus haut) les architectes n'avaient point prévu qu'un bidonville naîtrait à proximité de la ville. La ville de tentes qu'aperçoit Mohamed Ould Tajedine, en arrivant à Zouérate en 1963 du fond de son Berlier T46 (voir son éditorial) à vite fait place à "la cité BP"

Pour les autochtones  on ne permet pas de casse croûte à la petite pose d’une demi-heure. Interdiction de faire du thé sur chantier. Pas de logement. Les primes de compensation de l’habitat ne sont que 1000 FCFA (200 ouguiyas)/mois  pour les célibataires et 3600 FCFA  (720 UM) pour un père de plus de 3 enfants. Les Mauritaniens les mieux payés percevaient mensuellement  50.000FCFA (10.000 UM) . Bien évidemment, les Européens passent pour des nantis et le soir autour du thé, à la périphérie de la ville, plus d'une discussion tourne autour de leur statut, oubliant leur rôle principal, faire tourner les installations et accessoirement leur rôle de formateur. On évoque leurs logements, on compare les salaires, on dénonce des avantages léonins... c'est un peu le bruit de la monnaie contre le froissement des billets! Ces théories pernicieuses sont habilement distillées par les émissaires des différentes vagues léninistes marxistes ou maoïstes qui avaient échangé le Coran pour le petit livre rouge de Mao.

Chaque fois qu'Ely Salem passait à Zouerate, il remarquait malgré son jeune âge, la haine  qui habitait certains de ses parents pour les Toubabs. Le mouvement naissant des Kadihines agissait ainsi en sous-main et se montrait diablement efficace dénonçant systématiquement la Miferma comme un Etat dans l'Etat et la présentant comme une excroissance de l'économie française..... De fait, de part ses actionnaires et son fonctionnement, la société aurait été bien en peine de prouver le contraire.

LES EVENEMENTS

La grève est décidée

En 1968, les quelques avancées acquises en 1965 sont déjà loin. La Miferma a continué à se développer et la ville de grossir. Les besoins des travailleurs nationaux restent les mêmes et s’ils taisaient leurs doléances dans la sobriété ils aspirent toujours à un mieux vivre qui semble s'éloigner. Leurs revendications n'aboutissent que sur des mesures sans rapport avec les problèmes de salaires et logements qui est en fait leur priorité.

Le mercredi 15 mai une grève est déclaré “de manière spontanée“ nous dit-on», mais Jean Audibert témoignera par la suite dans le livre de Pierre Bonte “ La montagne de fer “, que la grève est lancée à la suite de l'annulation, huit jours plus tôt de la réunion hebdomadaire des délégués et ce pour une raison qui parait des plus futiles. Les délégués n'obtiennent aucune explication sur ce report, mieux, devant leur insistance, un des leurs est menacé de sanction. Dans la foulée, les onze délégués se font réprimander. Ils démissionnent en bloc. Jean Audibert nous livre alors son sentiment et met en cause le petit encadrement Européen qui lui, reporte tout en bloc sur le service du personnel.... Enfin, tout le monde se défausse et fuit ses responsabilités.

A la même époque Sidi Ould Mouloud, mécanicien aux Services Généraux et qui construit sa baraque dans la "cité BP" voit arriver des jeunes gens qu'ils ne connaît pas. Ceux-ci, au nombre de trois, se mettent à sa disposition pour l'aider, il apprend qu'il viennent d'Atar et de Nouakchott. Comme ils ne connaissent rien à la ville ils questionnent Sidi... Celui-ci apprendra plus tard qu'ils sont des Kadihines (PKM). Finalement ils sont hébergés chez un certain Malek O. M'Barek et invitent Sidi à des réunions où il est question de faire des actions. Un de ces personnages, Mohamed Salem (?) à même été engagé par le chef de carreau de la mine comme secrétaire. Parallèlement, à l'économat, un certain Lavdal O.Abdel Ouedoud parle lui aussi de politique aux travailleurs. Il rédige les revendications et la grève est déclenchée par le syndicat UTM le 14 mai, peut être simplement pour ne pas se faire déborder par des nationalistes nassériens et les Kadihines.

Première semaine

Le mercredi 15, les bus restent au dépôt, spontanément un grand nombre de travailleurs acquiescent à cet ordre de grève. Cette mobilisation surprend les Européens de part son ampleur et peut être aussi les incitateurs eux mêmes. Dépassant leurs divisions ethniques, les travailleurs "incultes" de la Miferma se lancent dans la première action d'envergure du prolétariat mauritanien. Immédiatement des piquet de grèves sont formés et tentent d'empêcher les travailleurs mauritaniens de rejoindre leur poste de travail en prenant place aux principaux points névralgiques. Pendant ce temps, les Européens sont mobilisés et tentent de faire fonctionner les installations le mieux qu'ils peuvent. Ceci se poursuit tout au long de la semaine et la tension monte progressivement. Des Mauritaniens hostiles à la grève et souhaitant rejoindre leur poste de travail se font tabasser. Des Européens se font caillasser en rentrant de leur poste.

La direction pense que le lundi suivant, il ne restera rien de ce mouvement se basant sur son expérience des années passées ou plusieurs grèves avaient été observées. Toutefois elle réclame aux autorités locales un appui sécuritaire mais les effectifs chargés du maintien de l'ordre sont limités à une dizaine de policiers sans moyen de transport et il est fait appel à la brigade de F'derik.

Jean Morvan est à son poste, aux Télécoms, entre la cité et le bidonville, entouré de ces trois opérateurs d'origine noir. Soudain il voit un groupe s'avancer vers les installations. Dans ce groupe y figure des gendarmes. Il s'entend interpeller et on lui ordonne de quitter son poste. Cherchant du regard le soutien des gendarmes, ceux-ci lui disent la même chose et qu'ils sont là pour le reconduire chez lui, ce qui est fait néanmoins après avoir sécurisé les lieux. Voici Zouérate coupé du monde! Quelques instants après, seul chez lui, Jean Morvan se précipite dans un local discrètement aménagé au sein de son habitation et met en service un poste de transmission de secours. Zouérate n'aura été coupé du monde que quelques minutes. A partir de ce moment, un va et vient incessant se produit entre son domicile et la résidence ou ce trouve le directeur délégué Richardson.

La même scène failli se reproduire à la centrale électrique ou les grévistes se rendent mais où ils trouvent les portes closes. A l’intérieur, Simon Wojkowiak et d’autres Européens se relaient par poste de 16 heures pour faire fonctionner les groupes. Ainsi pendant toute cette période de troubles, Zouérate ne fut jamais privé d’électricité. Par la suite, l’armée assura jours et nuit la sécurité de la centrale.

Les grévistes passent à la vitesse supérieure. Maintenant, ce sont les "Toubabs" qu'il faut empêcher d'aller travailler car ceux-ci arrivent à faire fonctionner une partie des installations. L'ordre est donné en ce sens mais les gens, sans consignes bien précises font ce qu'ils veulent. Les actes vont du sabotage de véhicule au caillassage généralisé mais aussi «chaque fois qu'un Européen passe dans le quartier africain, il est pris à partie» précise Sidi Ould Zegued. «L'anarchie est instituée en système» nous précise Ely Salem. Pour sa part, Salleck O. Allaf, très jeune et travaillant à la topographie ne comprenait pas grand chose à tout cela mais courait partout, derrière les plus grands, aux quatre coins de la cité.

Dans ce cahot, un homme va émerger, le préfet Doudou Fall, mais il est taxé de protéger les "N'çara". Il est vilipendé, et doit subir différentes vexations dont celui de voir un bourricot mort, sur lequel a été peint son nom, déposé devant sa porte après avoir été traîné au bout d'une corde dans une hilarité générale. Ce jour là, les habitants du bidonville ont rejoint les grévistes et les femmes agissent aux alentours des écoles en poussant cris et "youyou". La pression devient trop intense, les mauvais gestes à destination des Européens deviennent récurrents. D'un côté un millier d'Européens compris femme et enfants, de l'autre des milliers d'individus qui, de jour en jour, grossissent les rangs des manifestants et affichent de plus en plus d'hostilité vis-à-vis des premiers. La situation peut devenir dramatique, aussi il est demandé des renforts. Nous sommes à la fin de la première semaine.

En attendant ces renforts, le préfet réclame des plans, qui eux évidemment se trouvent aux services généraux, il faut y aller, la direction mandate Jean Morvan qui s'est porté volontaire au côté du préfet. L'opération est prévue pour le soir même. Le préfet est un homme courageux. Au lieu de chercher à rejoindre les Services généraux par un chemin détourné, il fait prendre la route habituelle et va affronter de front les manifestants qui bloquent le carrefour sud de la ville (dénommé Canal de Suez). Jean Morvan précise: «La voiture est arrêtée, secouée, les insultes pleuvent sur nous, des gens tapent sur le capot et ma fois, je dois avouer que je ne suis pas bien rassuré, on a du mettre une heure pour aller aux Service généraux». Néanmoins ce coup d'audace fonctionne à merveille, et les manifestants s'écartent pour laisser passer le véhicule et les deux hommes rejoignent les bureaux et récupèrent les documents. Au retour, Jean Morvan, très inquiet, décide de rentrer en ville en faisant une large boucle.

D'autres véhicules désireux de rentrer en ville cherchent à prendre le même chemin mais des manifestants placés sur le petit mont où se trouve les réservoirs d'eau les aperçoivent et courent au travers des ESA pour leur couper la route. Tout ceci tourne à la confusion et les habitants de ce secteur prennent ce mouvement pour une attaque directe et prennent peur surtout que beaucoup hommes sont encore au travail et les femmes sont seules avec les enfants. Les cris fusent, certains tambourinent aux portes, des pierres sont lancées contre les volets. Thierry Arnoud a assisté cette scène et s'en souvient fort bien.

Le premier week-end permit aux Européens de faire le point et de s'organiser. Une évidence, les vivres commenceraient bientôt à manquer, des plans de regroupement par familles furent établis, mais jusque-là, la circulation en direction de l'économat et des écoles est encore possible car l'arrivée de quelques renforts de gendarmes avaient permis de mettre en place une sentinelle tous les cent mètres environs ce qui pour l'instant suffisait à tenir à distance les Mauritaniens de la cité européenne.

Les renforts sont annoncés dans la nuit. Jean Morvan se souvient qu'il fallut aller baliser le terrain d'aviation afin de permettre l'atterrissage de l'avion. Pour ne pas éveiller les soupçons, au lieu de prendre la route de l'aéroport, les véhicules se frayèrent un passage au travers du bidonville. Ce sont uniquement les veilleuses des véhicules qui restèrent allumées, il se souvient de Cantos dirigeant la manoeuvre, du pilote l'ayant réussie, mais aussi du colonel Viyiah Ould Mayouv et surtout du capitaine Soueidat O. Weiddad (qui sera tué en 1976 à Aïn Ben Tili en combattabt le Polisario).

Deuxième semaine

Le lundi 20 est le jour où tout bascule, les manifestant dont le flot à encore grossi (on parle de deux à trois mille personnes) marchent vers la ville. Les soldats en armes, arrivés dans la nuit, forment un vrai cordon tout au long de l'axe principal coupant ainsi la ville en deux et isolant les communautés. Les hommes montés au travail rentrent précipitamment, les services généraux sont évacués en partie. Certains avaient senti le danger et avaient gardé les enfants à la maison, c'est le cas chez les Perichon ou Joseph, le père, emmèna sa famille en regroupement chez les Bollon, leurs amis. Chez Arnould, Thierry entend sa mère lui dire «les Mauritaniens sont en grève et en colère, ils sont plus nombreux que nous et ici, c'est pas pareil, c'est pas comme en France.»

Hélène Laurans, alors âgée de 15 ans se souvient qu'à l'école Mr Paquet répond à beaucoup de coups de téléphone émanant de mères de famille inquiètes. Il les rassure en leur disant que l'école est un lieu sûr, que les enfants ne craignent rien. Néanmoins il abrège la récréation car certains groupes de manifestants en provenance des "Télécom" semblent vouloir couper au cours pour se rendre en ville. Il regroupe les enfants présents dans la classe de sixième. A midi, ce sont les militaires qui organisent le retour vers la "cité mercurochrome", appellation donnée au quartier en raison de la proximité de l'ancienne polyclinique. Pour d'autres, ce sont les parents qui se chargent eux même du retour. Au niveau de "l'école Sud", Mohamed Ould Tajedine, qui à 11 ans, sent la tension mais ne comprend pas ce que signifie tous ces défilés, dans sa tête, restera surtout l'image du cordon de militaires qui protégent la cité blanche.

La soeur d'Hélène, France, âgée de 21 ans travaille aux généraux, son père vient la chercher en catastrophe et rentre en ville par la piste. Son futur mari (mais elle ne le sait pas encore à cette époque), Santiago Sanz travaille pour la "SPIE", entreprise sous-traitante de Miferma. Il se trouve à ce moment là sur les lignes électriques le long de la route de F'dérik, Avec son équipe il décide de rentrer mais eux aussi son obligés d'entrer dans la cité par des voies détournées. Ils traversent les ESA et sont témoins, au niveau du Mif'Hôtel de violentes algarades entre les grévistes et les forces de l'ordre. Ils ont peut -être assisté à une action qui nous est rapporté par Sidi Ould Mouloud; «on a appris qu'au Mif-hôtel, Abdallah Mehdi et trois autres cuisinaient pour les "Toubabs". Nous sommes allés les déloger. C'est sous la protection du préfet Doudou Fall et de l'attaché de direction Grosjean, qu'Abdellahi est rentré chez lui.»

Nous avons aussi recueilli le témoignage d'Aline Cianolli: «Pour ma part, j’avais rejoint mon poste  de secrétaire aux Services Généraux où je venais d’être embauchée. Deux heures après quelqu’un nous a demandé de quitter les lieux le plus rapidement possible parce qu’un groupe de grévistes armés montaient vers nous. Il nous fallait rejoindre de toute urgence notre famille. C’était la panique,  j’avais laissé dans la cité ma fille Dominique, chez sa Tata  Christiane CLAUDE. Des  militaires mauritaniens  en jeep m’ont prise en charge et déposée chez  moi.  Nous habitions  provisoirement dans un studio,  construit en bande,  sur une petite place située pas très loin du MIF HOTEL.

Chez nous,  j’espérais  retrouver mon mari et notre fille,  mais la maison était vide et le téléphone coupé. Il me fallait de toute urgence retrouver ma fille...

Au moment de repartir, quelqu’un tambourine très fortement  à la porte arrière du studio en criant » je vous en prie, ouvrez ».  Après un moment d’hésitation, tant la peur me taraudait le corps, j’ai vu entrer un homme  inconnu qui avait un petit accent italien. Il  avait sauté de jardin en jardin pour  aller rejoindre des amis un peu plus loin. Il était essoufflé et comme moi  il était très inquiet. Il m’a confirmé ce que je craignais le plus, il y avait une mini révolte qui n’allait que s’aggraver. Nous avons décidé d'évacuer les lieux et sommes sortis nous protégeant mutuellement en faisant le guet l'un pour l'autre. Enfin, je suis  arrivée  chez  mes  amis, c’était le soulagement, les enfants étaient  là.  Peu   après  les hommes nous ont rejoint et  les  familles se sont reformées.»

A partir de ce jour, l'économat resta fermé mais du côté de la cité mauritanienne, des boutiques sont fermées d'autorité. Les Européens, loin d'être rassurés par ce déploiement de forces, envisagent des solutions de repli, voire de survie. Certains se barricadent. Ayant aperçu les Mauritaniens à proximité des réservoirs d'eau, une folle rumeur enfle, «et si ils empoisonnaient l'eau?» vite des réserves, on rempli tous les récipients disponibles, y compris des brouettes.

Au soir, vers 20 heures, un fourgon SG1 de la manutention qui revenait de Tazadit tente de forcer le barrage, mal leur en prit, des pierres leurs sont lancées, les vitres sont brisées, ils arrivent néanmoins aux premiers ESA complètement affolés et se réfugient dans les premiers logements, heureux d'avoir pu passer. A la vue de tous ces événements, Yvon Arnoud, qui les a recueilli cherche à s'armer mais ne trouve qu'un manche de pioche. Guy Breda, un voisin, rassure son entourage disant qu'il a ses couteaux de bouchers avec lui. Thierry et sa soeur son affolés. Plus tard, ils voient arriver à pied Mr Gance terrorisé et essoufflé. Il raconte: «qu'il a du abandonner sa Land-Rover et se sauver en courant, des centaines de poursuivants à ses trousses.» Une demi-heure plus tard, c'est Mr Catinot qui arrive dans les mêmes conditions et relate les mêmes faits.

Le lendemain, les expatriés sont consignés chez eux et un couvre-feu est instauré. Mais les victuailles commencent à manquer. L'armée organise des tournées de distribution. Par ailleurs, le boulanger Pagenaud appelle à l'aide car il n'a plus de main d'oeuvre, son fournil se trouve en pleine ville mauritanienne, vers l'EVB, les frères Bréda (Jacky, Jean et Michel), répondent à son appel, font le pain de nuit et le distribuent dans la journée aux familles, apparemment sans aucun problème. Guy Breda, gérant de l'économat prépare aussi des colis de ravitaillement qui sont distribués le plus discrètement possible avec l'aide de Jacques Rigot et d'Yvon Arnould, créant des dépôts épars tel chez Giraudon où par exemple se ravitaillait la famille Laurans. L’armée participe aussi à ces distributions.

Toutes ses expéditions se faisaient dans une tension éprouvante pour les nerfs. Thierry Arnould nous raconte: «Les femmes n'étaient pas d'accord avec ses expéditions mais ils le firent quand même. C'est la première fois que j'ai pleuré pendant ses évenèments, mon père et ses copains allaient partir et avec tous les risques que j'avais entendu, c'était trop pour moi.»

Dans les esprits reste une autre scène rapportée par Thierry mais qu'il qualifie peut-être de légende: «les fréres Breda armés de gourdins et aidé du dénommé Bobosse (Buckoltz ?) défendaient l'entrée du Mif Hôtel face à un nombre impressionnant de manifestants. Ceux-ci devant la détermination du commando n'auraient pas insisté et se seraient repliés». Michel Breda, interrogé sur l'événement dit : «que les frères Breda n'avaient peur de rien» et ne dément pas.

Les Européens préparent leurs défense

Comme on l'a vu précédemment, il était interdit de sortir de chez soi. Dans l’après midi , les militaires  ont demandé de se regrouper dans des maisons  à étage.

Aline Cianolli nous précise «Nous sommes partis chez  Gaston et Monique  Dhom . Edouard Russac et  les époux Grenouillet nous ont rejoints  plus tard. Nous avons rassemblé ce que nous pouvions en vivres et en moyens  de défense : pelles, pioches,  chaînes, c’étaient  là toute notre richesse. Les hommes dormaient en bas, les femmes et les enfants à l’étage.   Les messieurs  nous avaient aménagé une cachette dans le faux plafond, (je doute encore aujourd’hui de sa solidité et de son efficacité).

Thierrry Arnoul de son côté nous relate: «Les adultes prirent la décision de barricader les maisons, tout pouvait servir. Ils décidèrent de vidanger l'essence des véhicules de retirer les batteries, d'organiser notre défense. Les commentaires des adultes allaient bon train, qu'allons nous faire, les autorités compétentes sont elles au courant, l'armée va t-elle intervenir, etc etc... Le soir quand mes parents nous ont couché, en haut de l'escalier il y avait de drôles de bouteilles de Pschitt avec un morceau de chiffon qui en sortait. Je demandais à mon  père de quoi il s'agissait, il était embêté et c'est ma mère qui me répondit, ce sont des coktails Molotov, c'est pour se défendre. Si ils tentent d'ouvrir la porte, on allume le chiffon et on les lance par les fenêtres pour qu'ils explosent. Papa s'en chargera et pendant ce temps avec ta soeur tu passeras par la fenêtre de ta chambre et vous irez vite chez les Rigots sans vous occuper de nous. C'était la consigne de mes parents.

Là, j'ai passé une nuit très agitée. Mes parents ne dormaient pas, ils venaient très souvent nous voir, inquièts pour nous mais réconfortants.

Roger Grunfelder: «Regroupé dans un logement à étage appartenant à une autre famille, j’ai décidé d’aller chercher à mon logement, qui donnait directement sur le boulevard, des affaires pour notre tout jeune enfant. Je me suis senti observé par les groupes se trouvant de l’autre côté de la rue. A l’intérieur, je me suis enfermé et le stress est survenu. Une idée me traversa la tête en voyant la bouteille de gaz, je me suis souvenu de ma “formation  pompiers “ et l’ai préparé pour en faire un genre de chalumeau géant en débranchant le flexible et plaçant à proximité allumettes et papiers, le tout placé vers la porte d’entrée. Au retour, j’ai aperçu Jeannot Breda qui courrait vers son domicile ou il se barricada pour échapper à un caillassage en règle»

Hélène Laurens: «De chez nous, on ne sentait pas trop le danger. Maman et ma soeur sont parties chez les Borg l'après-midi. Quand je suis sortie pour m'apprêter à les rejoindre, j'ai entendu des tirs d'armes : demi-tour avec les fennecs dans les bras. Ouf, quand elles sont arrivées ! Nous avons basculé la table de la salle à manger contre la porte d'entrée (pas très solide ces portes), et, fermé les volets. Nous avions une carabine - mes parents se trouvaient au Congo français au moment où le Congo belge était en ébullition d'où cette arme - on ne sait jamais... Avec la notice, nous avons remonté l'engin !

Quand le calme a paru être revenu, nous sommes allées dans le jardin. Une maison occupée par le Directeur de l'école mauritanienne nous séparait des Gabella. Eux aussi étaient dehors. Nous nous sommes parlés et ils nous ont invités chez eux. Ils ont vite compris que le "machin" dont maman leur parlait était le fusil ! M. Le Carrer - voisin - l'a fait glisser sur son mur pour le passer aux Gabella. Le "machin" était enroulé dans du tissu.»

Dominique Perichon se souvient aussi de Mr Bollon se servant de tout et de rien pour tenter de fabriquer des armes. Ainsi, les Européens se sentent véritablement en danger face à une foule de plus en plus remontée et vociférante. Le risque grandissait. On entendait par moment des tirs d'armes à feu. Apparemment, les forces de l'ordre étaient décider à employer les grands moyens.

Sidi O. Mouloud témoigne de ce qu'il a vu: «Quand Viyah et l’armée sont venus. Le sabotage a diminué. Les premiers jours, ils tiraient des balles blanches ou lacrymogène  pour disperser les rassemblements. Certains travailleurs leurs lançaient des pierres. Ils ont demandé aux travailleurs de leur  dire ce qu’ils voulaient. Les travailleurs ont dit qu’ils veulent le départ des "Toubabs". Alors Viyah a appelé un certain Moghlett et lui a dit :  viens, montre moi un seul "Toubab" que tu peux remplacer, sinon je tire cette balle dans ta tête ». Il le fit asseoir à côté de lui dans la voiture. Mais Moghlett tremblait de tout son corps, au bout d'un moment, Il le libera.»

Certaines familles se retrouvent enfin... c'est le cas chez Renard dont le père de famille rentre à ce moment là de F'dérik où il se trouvait bloqué depuis deux jours, et ce, sans avoir pu rentrer en contact avec sa famille. Les valises sont prêtes car les Renard s'en vont en congé, mais pour cause de grève en France, le DC3 est retardé au mercredi.

Sur la route de l'aéroport

Reste que rejoindre l'éroport ne sera pas une mince affaire. Pour avoir vu un bus de travailleurs pris à partie les jours précédents les candidats pour assurer le déplacement ne sont pas très nombreux . C'est à la demande de Mr Marzin que Jean Laurans se charge de l'équipée abandonnant pour quelques moment la protection de sa famille. C'est Josianne Renard qui nous raconte la suite: «... nous sommes prêts, les bagages verrouillés, en tenue de voyage (et oui à cette époque, nous nous habillions pour les voyages en avion...) sans bruit, nous attendions, avec beaucoup d'excitation et de gaieté cette épopée qu'allait être notre départ; mais les visages de nos parents étaient fermés, sévères, pâles et menaçants - chut taisez vous, arrêtez de sauter partout, tenez vous tranquilles etc .... -

Puis vint le moment du départ le car qui devait nous emmener au terrain d'aviation devait se coller contre la porte d'entrée afin qu'il n'y aie aucun espace entre lui et nous, nous sommes montés tous les quatre, les enfants et les femmes d'abord, Papa fermait la marche. Il y avait déjà beaucoup de personnes dans ce car, mais je serais incapable de vous dire qui ils étaient. Immédiatement, le bus a démarré, des détonations sont entendus : vite, tous à plat ventre, les hommes tenaient les bagages (valises, sacs) contre les vitres qui volaient en millions de morceaux de verre sous les impacts de pierres, le bus accélère, passage devant le Miferma, du bruit, des cris, des hurlements, de la fumée, il fait chaud, tout à coup ca n'a plus l'air d'être drôle ce voyage; nous avons peur , il faut que cela s'arrête.... Le DC3 , vite , il y a des hommes en tenue militaire, nous devons courir, vite monter la passerelle, des camions empanachés de fumée arrivent sur la piste, des hommes courent et hurlent, les fusils à la main; attachons nos ceintures, impossible de suivre le cap habituel pour le décollage, des cris, encore et encore, des larmes, du sang sur les mains, les visages, les jambes, oh rien de grave, des éclats de verres seulement.»

A noter que le voyage de la famille Renard prit un tour inattendu puisque à cause des événements de mai en France, l'avion se posa à Bruxelles, qu'ils furent rapatriés en car sur Paris, puis après une nuit d'hôtel, ils prirent la direction de Marseille toujours en autobus....

Nous venions de vivre les heures les plus chaudes de ces événements de mai 1968 à Zouérate en ce qui concerne les Européens. Des renforts de l'armée étaient encore arrivés sur place et la séparation entre les deux communautés était mieux assurée, la foule contenue. Parallèlement les "Télécoms" étaient de nouveaux opérationnels ainsi que le terrain d'aviation et la route qui y menait sécurisée. Par contre jour et nuit, la foule venait face aux soldats, les insultait et leur lançait des pierres. Des incidents néanmoins sont encore à signaler comme cette petite fille qui allait se faire caillasser par deux petits Mauritaniens de son âge et rentrée in extremis par sa mère ou encore cette tête de chat punaisée sur une porte….

Le drame

Alors qu'on abordait la troisième semaine de grève, un drame éclate, l'armée tire à balles réelles en direction de la foule... Voici quelques témoignages d'instants qui nous paraissent encore confus aujourd'hui, faute de témoins et de précisions. Aussi c'est avec toutes les précautions nécessaires et au conditionnel que nous vous les livrons "bruts de fonderie".

Sidi Ould Mouloud: Un jour les tirs ne sont plus comme les précédents. Ce jour là un travailleur est tombé. On crut qu’il était évanoui. Les femmes qui étaient là lui versèrent un seau d’eau. Il n’a pas bronché. On vit qu’il a reçu une balle réelle dans le bas ventre. Ça c’était devant  le club gazelle actuel. Au même moment  on crie sur un autre travailleur tué net derrière la clinique. Il y a des autres morts et blessés.

Salek Ould Allaf: Le jour par exemple de la tuerie, je courais derrière des plus grands que moi qui étaient rassemblés sur le petit mont qui surplombe les services généraux là où il y’a les châteaux d’eau. Il semble qu’ils voulaient  faire des sabotages. Quand il y a des cris des parents sont venus en vitesse me ramener en ville. Les gens demandaient des augmentations et des postes qu’ils méritent

Sidi Ould Zegued: Apres 15 jours d’arrêt de travail et de blocus au niveau du point (dénommé Canal de Suez) à l’entrée Sud de Zouerate, les militaires ont tiré des balles réelles sur les rassemblements. Neuf personnes sont mortes sur le champ. Le lendemain Doudou Fall (actuellement président de la fédération des pêches à Nouadhibou) préfet de Zouerate et autres autorités militaires et civiles ont rassemblé tous les travailleurs. Ils leur ont demandé : ceux qui veulent monter au travail se mettent de ce coté ; Ceux qui ne le sont pas se mettent de l’autre. La quasi-totalité des travailleurs ont repris le boulot ».

Michel Breda: Les premiers jours ont été assez calmes , et tout a commencé à se gâter lorsque les manifestants ont essayé de sauter les murs pour rentrer dans les villas. Là, l'armée a tiré. Si mes souvenirs sont exacts il y a eu 8 morts du côté des grévistes dont un qui travaillait à la manutention et qui s'appelait " Mami". Le lundi suivant le travail a repris normalement,  expatriés et locaux étions tous au boulot, sauf "Mami" !

Ely Salem Khayar: Quinze jours se sont écoulés  depuis le déclenchement de la grève.   Ordre est donné  le 29 Mai 1968 aux militaires pour  mettre fin à cette situation de face à face  devenue intenable. Des balles réelles  sont tirées sur la foule. Le bilan est lourd : 9 personnes sont tombées en martyrs.

Gilles Aubry: Nos parents minimisaient la gravité de la situation pour ne pas nous inquiéter, mais quand à 8 ans tu vois des soldats tirer sur des gens que tu croises tous les jours, tu comprends malgré tout qu'on ne joue plus aux cow-boys et aux indiens. Nous étions en famille chez Michel Vidal quand la rumeur d'une manifestation nous a attiré dehors dans le jardin pour apercevoir un car de la mine mis à mal par une foule dont les cris étaient couverts par les youyous des femmes près de la station BP. Un moment après, alors que tout semblait s'être calmé, nous avons décidé de rentrer chez nous, à deux pas de l'autre côté de la place, au 77. C'est en sortant de chez Michel qu'un coup de feu claqua. Un militaire, noir comme la plupart de ceux que j'ai pu voir, ce détail si c'en est un m'avait frappé comme s'il s'agissait d'une armée d'occupation dans un autre pays, venait de tirer en direction de la ruelle. Juste devant l'entrée, un genou à terre, son arme pointée vers un groupe que je ne pouvais pas distinguer, il nous ordonna de rentrer. C'est le seul moment où j'ai eu la frousse.

Mohamed Ould Tajedine: Il y eut des blessés et probablement des morts. Je me rappelle encore de cette femme qui a perdu sa jambe suite aux coups de feu alors qu'elle encourageait, disait-on, les ouvriers par ses you-yous.. Il y eut 8 ou 9 morts (si mes souvenirs sont bons) parmi les manifestants suite aux tirs de l'armée, qui, selon la version officielle,  a tiré dans les pieds des manifestants qui voulaient prendre d'assaut " la cité européenne. Les leaders des grévistes ont répondu que si tel était le cas, cela signifiait que les victimes qui étaient atteintes marchaient sur leurs têtes. Cet après-midi ma mère, par je ne sais quel instinct, nous empêcha (mon frère et moi) d'aller à l'école. En y arrivant le matin, les élèves s'étaient rassemblés par petits groupes pour observer les impacts des balles qui avaient transpercé ou percuté les poteaux ou les murs de l'école.

Michel Lemardeley: Personne n'aurait jamais pensé qu'on en serait arrivé là! Nous habitions vers la Polyclinique et je me souviens avoir vu des militaires transportant des corps

Mohamed Ould Reyoug Le jour de l'indépendance de la Mauritanie on nous a envoyé, nous, 5 mauritaniens et 35 Européens dans un avion à Zouerate. Là, nous sommes hébergés et nourris dans un parc pas loin de l'actuel aéroport. Après la construction de la voie ferrée, on m'a envoyé au chantier Depuis lors je suis resté dans le service des camions 65T; 75T ; 80T etc. jusqu'à ma retraite soit 30ans dans le même service.

En 1968 . On ne laissait travailler que les gens de la clinique et du service eau. Parfois il y'a des gens qui montent en cachette mais ils sont peu nombreux. Nous, on faisait nos réunions et on se regroupait dans le" Canal de Suez" sortie sud de la ville derrière la clinique. On sabotait un peu chaque voiture qu'on trouvait sans gardien parmi les militaires. On la faisait retourner sur le dos. On empêchait les « Toubabs» de sortir à l'économat ou l'hôtel. Les militaires ont encerclé toute la cité des blancs. Quand le commandant ou colonel Vyah. a constaté que les Européens risquaient leur vie, il a tiré sur nous, 15 bonhommes sont tombés. Après nous avons senti que nous sommes vaincus, alors on a repris le travail. On nous promis beaucoup de chose. Mais…..

Thierry Arnould: J’entend encore les tacs tacs tacs des armes automatique, les cris de la foule et du balais des ambulances à la polyclinique. Le calme revint, ce fut comme une libération !

NDLR : Thierry évoque aussi l’arrivée des parachutistes mauritaniens dans le ciel de Zouérate . Il est bien exact que des paras ont sauté sur Zouérate, vers le terrain d’aviation, mais c’était le lendemain de la reprise du travail. Une manière supplémentaire des autorités mauritaniennes d’accentuer la pression et éviter ainsi une rechute (témoignage Jean Morvan).

Conclusions

Ely Salem Khayar: Deux jours plus tard les travailleurs sont pour la plupart montés aux chantiers. Les dirigeants Mauritaniens et ceux de Miferma semblent avoir admis que désormais les rapports  entre expatriés et autochtones doivent changer. Dans la réunion du 5 juin 1968, entre les travailleurs Mauritaniens, représentés par Messieurs Nema O.Kabach (UTM) et Brahim O. Khaled (délégué syndical), et Miferma  représentée  par Messieurs Richardson (Directeur délégué) et Valleton (DSE), et concernant le règlement du conflit collectif qui vient de prendre fin, plusieurs exigences des travailleurs ont été satisfaites: primes liées aux travaux dangereux, salissants, pénibles, inconfortables  ainsi que la Mauritanisation  des postes, le mode de fonctionnement des économats, relation des travailleurs, accidents de travail etc.  Par la suite la table ronde organisée les 12 et 13 décembre 1968 entre administration Mauritanienne, travailleurs et employeur Miferma  fut aussi et enfin  l’occasion de dissiper tous malentendus entre expatriés et autochtones renvoyant tout le monde au respect strict des lois et règlements en vigueur. A  partir de ce moment, Européens et Africains de Zouerate  se sont situés dans la logique du respect et considérations réciproques.

NDLR : A la suite de ces évènements beaucoup de travailleurs mauritaniens ont été licenciés. Trente pourcent des expatriés ont démissionné.

Gilles Aubry: J'avais le sentiment qu'il ne pouvait rien nous arriver, spectateur à plus d'un titre de quelque chose qui me dépassait complètement, je me suis senti étranger pour la première fois dans un monde que je ne comprenais pas. Pourquoi certaines maisons avaient été saccagées, pourquoi certaines personnes étaient parties précipitamment, qu’elles pouvaient être les raisons de cette colère, et que pouvait justifier la dureté d'une telle répression? Je garde le souvenir dans les jours qui suivirent de ces hommes et de ces femmes, le bras bandé, qui avaient essuyé les tirs de l'armée pendant ce qu'on appela pudiquement par la suite les "évènements de 68". Combien de morts, officiellement, officieusement...?

Sidi Ould Mouloud: Le lendemain on demande à tous les gens de se rassembler. J’étais avec Deddahi O.Naoucha et d’autres et nous nous sommes mis de coté, solidaires que nous n’allions pas monter au travail. Notre surprise était grande quand le capitaine ou commandant Yall Amadou encercla avec les militaires tout le rassemblement. On demanda aux  gens des représentants pour parler avec eux. Les travailleurs désignèrent le jeune Kadeh Mohamed Salem et d’autres. Puis ils ont demandé à ceux qui veulent travailler d’aller de ce coté et les autres là-bas. Alors tout le monde a décidé de monter. Les jours qui suivent les délégués étaient avec les autorités et un bon nombre de travailleurs. Mohamed Salem répondait à toutes questions et eut une altercation avec le préfet  Doudou Fall, alors le brigadier de police le gifla. On l’amena à la police. Mais quand ces derniers ont voulu le libérer. Il refusa de sortir exigeant des justificatifs à son arrestation. Le chef de la mine ayant constaté que c’était son secrétaire n’a pas tardé à le licencier. Après il y’a eu l’arrivée de Baba Fall du directeur du travail et les travailleurs ont commencé à avoir des primes, des augmentations etc.

Michel Breda: Les Mauritaniens qui travaillaient avec nous étaient gentils, serviables agréables à vivre et ils le sont restés après tout cela, la confiance est vite revenue, mais il faut les comprendre, exploités comme ils étaient. Après ces évènements, nous avons reçu personnellement, mes frères et moi-même, une lettre de félicitations de la part du D.G.

Thierry Arnould: Je me suis demandé, bien des années plus tard, si tout cela avait mal tourné, qu’aurait fait mon père en ce qui concernait ma sœur et moi, comment l’aurait–il fait ? En aurait-il eu le temps ?

D’autres témoignages sont à prendre en compte dont ceux figurants dans le livre de Pierre Bonte (La montagne de fer – sur books.google pages 147 à 151 -

http://books.google.fr/books?id=giRgUDO3tPQC&pg=PT1&lpg=PT1&dq=La+montagne+de+fer+Pierre+Bonte&source=web&ots=W2VN8HPoYy&sig=Tsh3SF_ExYVp8wiAu-L22fycFZ8&hl=fr#PPA152,M1

Epilogue

Je ne tirerai aucune conclusion personnelle de ces évènements n’en ayant ni la compétence ni les moyens car si ce dossier vous semble copieux, il n’en manque pas moins d’autres témoignages, ceux de cadres de l’équipe dirigeante de la Miferma, ceux des autorités en place à l’époque, ceux des syndicats, cet ensemble d’acteurs ne nous ayant pas encore répondu, et puis il y a ceux qui ne nous répondrons jamais car disparus ou n’en ayant nulle envie .

Faut-il que les Etats passent par de telles phases pour régler des problèmes sociaux éminemment légitimes ? Faut-il que la société industrielle soit sourde pour ne pas entendre la voix des travailleurs et aveugle pour ne pas voir les injustices criantes ? Assurément, en de nombreux endroits du monde on en est allé jusque là, au nom de la modernisation, de l’ordre établi, du mieux-vivre, de la réforme, accessoirement du profit, pour finalement arriver à lâcher sur presque tous les points, oubliant que les cicatrices seront longue à se refermer, qu’il en restera toujours quelques traces.

Faut-il aussi que ceux qui ont agit en coulisse en distillant leur haine et qui ont poussé ces pauvres malheureux, et surtout femmes et enfant, soient de bien médiocres leaders car n’ayant su encadrer les manifestants, arrêter la grève, entamer des discussions, et par conséquence éviter ce bain de sang.

Sur ce coup là, on peut aussi faire une dernière comparaison avec mai 68 en France. les seuls vainqueurs sont les travailleurs, la classe ouvrière s’est rassemblée toute ethnies et coloration politique confondue mais le prix en a été douloureusement élevé en Mauritanie. Ce bilan semble néanmoins être présenté actuellement comme ciment fédérateur, voire le vrai départ du jeune Etat mauritanien.

Pour terminer, je vous invite à lire un texte du professeur Abdoul Lô Gourmo, trouvé sur le net, et dont je vous extrais quelques passages avec toutefois les réserves qui s’imposent, rappelant en cela que citer n’est pas prendre forcément partie pour un texte éminemment politique. D’ailleurs vous trouverez à l’adresse que je vous livre des réponses à son interprétation et a sa vision des choses, mais c’est le seul texte, que j’ai trouvé  dans l’urgence, et qui à le mérite quarante ans après, de parler des faits et surtout de provoquer des réactions

http://www.ajd-mr.org/modules.php?name=News&file=article&sid=1473

L’histoire retiendra « le massacre de Zoueratt », comme la tragédie fondatrice du premier mouvement révolutionnaire mauritanien.

Jusqu’alors porteuse des mêmes préjugés sociaux et des mêmes germes de division ethnique, raciale, tribale etc. que le reste de la société mauritanienne traditionnelle, la jeune classe ouvrière va rapidement s’élever à la hauteur de la nouvelle conjoncture et, sur la base  de sa seule expérience quotidienne de l’oppression sociale de type nouveau à laquelle ses membres sont confrontés, se dresser avec un courage magnifique pour y faire face et exprimer ses propres exigences. Là sera le vrai tournant de l’histoire moderne de la Mauritanie, après les hoquets de sa vraie fausse décolonisation, que révèle d’un seul coup cette classe encore embryonnaire à Zouératt, le 29 mai 1968.

Le massacre de Zoueratt intervint dans un contexte politique national et international particulier qui explique jusqu’à quel point cette héroïque action ouvrière fut au diapason de la marche du monde et profondément porteuse de la modernité politique et sociale du pays, jusqu’à quel point son retentissement sera immense dans tout le pays.

Un nouveau jour se levait en Mauritanie et seule, à l’époque, la classe ouvrière en pouvait être le véritable héraut, car elle seule était multinationale de naissance et par essence et, face à ses exploiteurs, n’avait seule rien à faire de leur « origine » ethnique ou tribale.

Dossier

Dossier réalisé par Jean-François Genet

Avec l’aide en Mauritanie de notre correspondant Ely Salem Khayar

En faisant ce travail de collecte qui n’avait jamais été entrepris jusqu’à nos jours, nous apportons notre modeste contribution à l’histoire de la Mauritanie et de la Snim ex Miferma.

JFG

 















GABONEWS APAnews