Le Président du parti El Wiam, Boidiel Ould Houmeid, dans un entretien exclusif avec Sahara Media


saharamedia
Jeudi 27 Mai 2010



Le Président du parti  El Wiam, Boidiel Ould Houmeid, dans un entretien exclusif avec Sahara Media

Dans un entretien exclusif avec Sahara Media, Boidiel Ould Houmeid, Président du parti El Wiam et grande figure de la scène politique nationale, se prononce sur les questions d’actualités et le devenir du pays abordant, sans détours, tous les sujets qui préoccupent les mauritaniens  et notamment le blocage politique, l’incapacité de l’état à faire face aux multiples défis du moment, la faiblesse de la monnaie face aux devises étrangères, le pouvoir d’achat qui se détériore et la machine économique de plus en plus grippée. Boidiel s’est, aussi, appesanti sur le plan social en soulignant l’incapacité suspecte du gouvernement face à la crise des dockers estimant que cette incapacité en dit long sur la nature d’un régime plus que jamais coupé des vraies réalités des populations démunies. Le président du parti El Wiam s’est dit « surpris de voir celui qui se proclame le président des pauvres réprimer, dans la violence, des dockers démunis qui revendiquent l’amélioration de leur vie quotidienne pour moins de deux dollars » avant de préciser « qu’au lieu d’être satisfaits, ces dockers reçoivent des bombes lacrymogènes, des coups de matraques et sont arrêtés en masses et emprisonnés ». Toujours à ce propos Boidiel devait encore dire « cela nous inquiète vraiment par rapport au président des pauvres ».

 

L’Entretien en intégralité

Sahara Media : Bonsoir monsieur le Président et merci d’avoir bien voulu nous accorder cet entretien. En fait et pour commencer, pouvez-vous nous édifier sur les mobiles qui ont conduit à la création du nouveau parti El Wiam dont vous êtes le Président ?

Boïdiel Ould Houmeid : Je suis, pour ma part, ravi de m’entretenir avec vous ! Je vais, cependant et d’emblée corriger ce que vous appelez la création d’un nouveau parti car il ne s’agit pas d’une création mais d’une refondation du parti El Bedil qui a été refondé dans le cadre d’un congrès au cours duquel il a été convenu de remplacer le nom d’El Bedil par celui d’El Wiam qui veut dire l’entente démocratique et sociale.

Sahara Media : Vous voulez dire que le parti El Wiam n’est pas le fruit d’une dissidence au sein du parti Adil et qui a conduit à sa création ?

Boïdiel Ould Houmeid : Alors pas du tout ! Comme vous le savez certainement pour avoir suivi la signature de l’accord de fusion entres les quatre parties que sont le RDPM , El Bedil, le groupe de cadre conduit par Lemrabott Ould Babana et notre parti ou plutôt ex parti Adil. L’objectif à travers cet accord était de créer une seule et même formation qui hébergerait les quatre parties. Entre temps, il y a eu des divergences au sein de Adil se rapportant, pour l’essentiel, à la présidence. Certains sont donc partis et certains sont restés au sein de ce parti. Comme moi j’ai dirigé la commission politique qui a mené, durant quatre mois, les négociations pour une éventuelle fusion, nous avons continué le projet de fusion dans le cadre du parti El Bedil et c’est ce qui, aujourd’hui, a permis la fusion ou plutôt la refondation du parti sous le nom El Wiam…

Sahara Media : Autrement dit, ce sont ces quatre parties qui devaient fusionner y compris Adil ?

Boïdiel Ould Houmeid : Tout à fait

Sahara Media : Pourquoi Adil, en fait, s’est-il désisté ?

Boïdiel Ould Houmeid : Je pense que c’est à cause de la question de la présidence ! Une partie de la direction de Adil voulait que le Président soit l’actuel président de Adil Yahya Ould  Waqf. L’essentiel, à présent, est que nous sommes une formation qui compte de nombreux mauritaniens dont certains sont très bien connus et nous le sommes, en fait, tous car El Wiam est la somme de deux partis El bedil et le RDPM aux quels se sont joints beaucoup d’autres mauritaniens qui n’avaient pas de partis et qui étaient organisés en tant que groupes indépendants…

Sahara Media : Les problèmes de la Mauritanie sont connus et les défis à relever nombreux. Il doit donc s’agir pour vous d’aller sur le terrain et de voir dans quelle mesure vous pourrez régler les problèmes aux quels sont confrontés les mauritaniens. Avez-nous une vision de la nature et de la dimension de ces problèmes ?

Boïdiel Ould Houmeid : Je crois que vous avez vu la déclaration politique du parti qui est, à mon sens, assez complète par rapport à tous les problèmes aux quels font face les mauritaniens. Je vous renvoie donc à cette déclaration qui a été adressée à tous les organes de presse. En fait, les problèmes de la Mauritanie et des mauritaniens nous les connaissons tous. Il y a un pouvoir et vous connaissez dans quelles conditions il est arrivé et nous ne reviendrons donc pas la dessus. Ce qu’il y a c’est que nous à El Wiam nous appartenons à l’opposition et sommes un parti de l’opposition. Nous connaissons parfaitement les problèmes des mauritaniens et en ce moment précis et juste là à coté, une réunion se tient. C’est la première réunion du bureau exécutif du parti El Wiam et nous aurons, sous peu, nos structures locales sur l’ensemble du territoire national. C’est dire que nous allons mener un travail de terrain aussi bien à Nouakchott qu’à l’intérieur du pays. Donc les semaines à venir vous édifieront sur nos préoccupations. Tout parti politique est tenu de se préoccuper des problèmes du moment qui sont ceux des populations. Nous savons à quel point la situation économique du pays est difficile. Il n’y a pas d’argent parce qu’il n’y a pas d’investissements et comme vous le savez, dans notre pays et ce n’est pas particulier à la Mauritanie, le plus grand consommateur c’est l’Etat. Aussi, quand l’Etat ne dépense pas, il n’y a pas de perspectives et la croissance n’existe pas. Dans notre pays qui a sa propre monnaie, vous savez que pour importer il faut recourir aux devises qui n’existent quasiment pas et qui, parce qu’elles sont achetées à des prix forts sur le marché noir, se répercutent sur les produits dont les prix deviennent élevés. Or, la Mauritanie est un pays qui importe quasiment tout et donc quand les devises grimpent les prix grimpent en même temps.

Sahara Media : Le président qui dirige en ce moment le pays ne rate pas l’occasion de dire qu’il a confectionné des routes de même qu’il se réclame être le président des pauvres et qu’il apporte de l’assistance aux plus démunis de la population. Qu’en dites-vous ?

Boïdiel Ould Houmeid : Le pays a très certainement besoin d’infrastructures mais encore faudrait-il que ces routes soient faites dans la transparence et dans toute la transparence et qu’on sache qui les fait et dans quelles conditions. C’est bien beau de se dire le président des pauvres mais qu’en est-il en réalité ! Vous avez vu comment les dockers ont été traités avec des bombes lacrymogènes et des matraques parce qu’ils ont tout simplement demandé que le prix de la manutention de la tonne de marchandises soit porté de 500 à 1000 ouguiyas c'est-à-dire à peine deux euros. Je pense qu’il n’y a pas de pauvres plus pauvres que les dockers. Je suis donc surpris de voir celui qui se proclame le président des pauvres réprimer, dans la violence, des dockers démunis et qui ne revendiquent que l’amélioration de leur vie quotidienne pour moins de deux Euros. Au lieu de les satisfaire, le président des pauvres les asphyxies de bombes lacrymogènes, les rouent de coups de matraques et à la fin ils sont arrêtés en masses et emprisonnés. C’est dire que venant d’un président qui se réclame être le président des pauvres cela nous inquiète vraiment.

Sahara Media : En fait, sur cette affaire de dockers il n’a pas encore réagi

Boïdiel Ould Houmeid : Il semblerait qu’on leur dise que c’est une affaire du patronat. Or, en matière sociale, ils y a trois parties qui sont interpellées. Il y a l’Etat, les syndicats et le patronat et ces trois parties doivent se réunir pour régler les problèmes sociaux. Là, l’Etat semble se dérober et dire que c’est le problème du patronat pour des raisons qui sont connues. Comme il est, du reste, connu que la plupart des hommes d’affaires sont disposés à relever le prix de la tonne à 1000 ouguiyas tout comme sont connus ceux là qui s’y refusent. Je crois donc qu’un président qui se veut le président des pauvres doit tout mettre en œuvre pour régler ce genre de problèmes au mieux des intérêts des parties et dans le souci d’apaiser le climat social. Vous savez, ailleurs, quand on dit qu’un individu débarque une tonne sur sa tête pour un Euro cela va paraître inconcevable tant c’est insignifiant. Or, ici, quand on réclame un Euro de plus on reçoit des bombes lacrymogènes et des coups de matraques.

Sahara Media : Les partis de l’opposition disent qu’il y a blocage à l’heure actuelle. Pensez-vous que le Président Ould Abdel Aziz peut gérer la Mauritanie en solitaire ?

Boïdiel Ould Houmeid : Dans notre déclaration politique nous avons exprimé ce que nous pensons par rapport à cette question. Nous avons notamment dit que notre parti, pour le long terme, est un parti dont l’objectif, comme du reste tout autre parti, est l’exercice du pouvoir. Mais en attendant, nous sommes disposés à discuter avec ceux qui sont au pouvoir et c’est notre ligne sur le long terme. Nous prônons donc l’ouverture et le dialogue. Nous sommes un parti qui a ses particularités et nous sommes prêts à discuter avec le pouvoir si les conditions pour cela sont réunies. Cela ne veut pas, pour autant, dire que notre parti El Wiam va aller discuter avec le pouvoir sans l’opposition. Pour cela il faut que l’opposition estime que les conditions sont réunies pour discuter. On sait que l’opposition a déjà essayé le dialogue et ne l’a pas obtenu et c’est pour cela qu’il y a blocage. Dans le contexte actuel, notre position est celle de la COD et à long terme, nous sommes un parti ouvert pour le dialogue.

Sahara Media : Et si demain, le Président Ould Abdel Aziz vous invitait au dialogue ?

Boïdiel Ould Houmeid : S’il nous invitait, nous seul, nous ne viendrons pas pour le dialogue. Moi j’ai rencontré le Président Mohamed Ould Abdel Aziz alors que j’étais vice président de Adil. Il m’a appelé et je suis venu le voir. S’il m’appelait, aujourd’hui, en tant que président du parti El Wiam, je me concerterais avec le directoire du parti et j’irais, certainement, le voir. Mais s’il veut le dialogue avec l’opposition, ce dialogue ne peut être qu’avec toute l’opposition.

 

 

 















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