Le Sénégal : A l’heure de la gloire démocratique


saharamedia
Lundi 2 Avril 2012



Finalement, et comme l’a si bien dit un Dakarois, alors que l’on venait tout juste d’entendre le président sortant, Me Abdoulaye Wade, reconnaître sa défaite au deuxième tour de la présidentielle face à celui qui était considéré comme son challenger, Macky Sall, « le Sénégal a sauvé son triple A démocratique ». Et de la plus belle manière !
Malgré les dérapages de la campagne électorale, avec comme toile de fond la remise en cause même de la candidature de Me Wade, resté au pouvoir durant dix ans (deux mandats) et qu’on accusait d’avoir voulu faire du forcing politique pour rempiler une troisième fois, au grand dam de ce que dit la Constitution sénégalaise, le deuxième tour a été une réussite parfaite de ce que doit être une élection en Afrique : Une « bataille » sur le plan des idées, des stratégies et des programmes, une mobilisation tout azimut des électeurs (dont plus de 40% n’avaient pas voté au premier tour) et un passage aux urnes qui s’est fait, finalement, sans encombres. Au finish, le perdant a reconnu, lui-même, les résultats, quelques heures à peine après la clôture des bureaux de vote. Avec le double avantage de faciliter la tache à une Commission électorale et à un Conseil constitutionnel « sous tension » depuis plusieurs mois, et d’ôter toutes velléités de contestation aux partisans du malheureux vaincu.
Ce qui compte finalement dans cette élection sénégalaise s’est de tirer la leçon suivante : la politique ne doit être qu’un jeu. Le jeu de la démocratie qui, comme toute compétition saine, suppose un vainqueur et un vaincu. Mais qui doit aussi comporter le respect des règles de ce jeu. En amont et en aval.
A Dakar, où les Sénégalais s’apprêtent à vivre ce lundi l’investiture du quatrième président démocratiquement élu depuis leur indépendance, tout le monde savoure la victoire : celle d’avoir déjoué tous les pronostics qui laissaient croire que le pays allait plonger dans le désordre, comme cela était arrivé dans certains pays africains et arabes, suite au refus de leurs dirigeants d’accepter le verdict des urnes (comme en Cote d’Ivoire) ou celui de la rue (Tunisie, Egypte, Libye, Yémen, Syrie). Une alternative que favorisait l’environnement immédiat du Sénégal, avec les troubles politiques et sécuritaires au Mali, dus à la prise du pouvoir par une junte militaire qui ne comprend pas que l’évolution du monde (et particulièrement de l’Afrique) n’accepte plus ce genre de « barbarie », et en Mauritanie où l’on n’arrive pas à dépasser les clivages fruit d’une crise née, elle aussi, des troubles existentiels de la démocratie.
La leçon sénégalaise de la démocratie est, en fait, celle-là que les citoyens eux-mêmes ont donnée à leurs voisins et au reste du monde. Ils ne se sont pas laissés « embarqués » dans la noria du désespoir qui conduit à la violence sans limites. Ils ont privilégié leurs intérêts propres et celui de leur pays sur les visées égoïstes des hommes politiques, des partis et des lobbies. Leur vote a été efficace pour faire triompher la démocratie sur la violence, de sorte que l’utilisation du bulletin de vote a été plus significative que les confrontations de rue où chaque camp voulait mobiliser plus que l’autre et jouer sur les apparences. Avec 65% des voix obtenues, le verdict des urnes était sans équivoque et Me Wade, en politique avisé, avait bien compris que le « rachat » contre l’obstination d’être candidat devait avoir le visage – le courage – de la reconnaissance explicite et rapide de la défaite.
Ainsi, dans les rues de Dakar, sur les murs mêmes et les façades de ce que les partisans du président sortant considèrent comme la marque indélébile de son passage au pouvoir (les infrastructures routières qui ont complètement transformées le visage de la capitale sénégalais), les slogans de campagne ne sont plus qu’un lointain souvenir, même s’ils continuent à témoigner de ce que fut la violence de la campagne. Et même si les Sénégalais doivent faire face maintenant aux difficultés de la vie (avec les délestages qui reviennent, la flambée des prix, les « troubles » politiques et sociaux dus aux nécessaires réglages du passage d’un pouvoir à un autre, ils ont gagné le pari de la sécurité et de la stabilité. Le pari de la démocratie, avec un PDS (parti démocratique sénégalais), toujours avec Me Wade aux commandes, qui passe dans l’opposition et la large coalition qui a porté Macky Sall à la présidence de la République qui s’apprête à goûter aux « joies » de la gestion du pouvoir. Et le discours de Wade devenu opposant devant ses principaux partisans donne déjà le tempo de ce que sera le nouveau combat lors des élections législatives de juin prochain. Il faut tout faire pour conserver la majorité au Parlement ou se résigner à accepter que la roue de l’histoire a tourné. La démocratie l’exige et les Sénégalais ne l’ont finalement pas oublié.
Sneiba Mohamed

 















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