Le dialogue national inclusif toujours en pointillé


saharamedia
Mardi 6 Juillet 2010



Le dialogue national inclusif toujours en pointillé

Ira, ira pas ?

Une année après la signature de l’accord de Dakar et la présidentielle du 18 juillet 2009, sanctionnée par la victoire de l’ex-général Mohamed Ould Abdel Aziz, le dialogue national inclusif reste toujours en pointillé, dans notre pays, en dépit de quelques déclarations et phrases, remettant, parfois, l’idée au goût du jour. En creux, le rejet des résultats du scrutin,  par une partie de la classe politique, regroupée au sein de la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), un collectif d’une dizaine de partis. En plein et de temps à autre, un responsable de l’opposition fait quelque déclaration sur les bonnes  dispositions du président Mohamed Ould Abdel Aziz à prendre langue avec ses «détracteurs» pour aborder tous les problèmes du pays. Tel a été le cas début-juin,  quelques semaines avant la tenue, à Bruxelles, de la table des bailleurs et partenaires au développement de la Mauritanie.

 

L’épisode fut, on s’en souvient, consécutif  à une audience au palais de la République,  à l’issue de laquelle Yahya Ould Ahmed Waghef, président du Pacte National pour la Démocratie et le Développement (PNDD-ADHIL), ex-Premier ministre, avait transmis, à ses camarades de l’opposition, un message de bonne volonté du premier Magistrat. La proposition, indirecte, fut accueillie avec un «oui sous condition de sérieuses réserves» qui tomba, vite, dans l’oubli. Pendant un mois, du moins. Car le feuilleton du dialogue national inclusif, apparemment toujours aussi hautement improbable, est, encore, revenu à la Une, le week-end passé, de manière plus alambiquée que précédemment.  Un flou total, avec une nouvelle, rapportée par l’agence de presse «Sahara Médias», citant une source «proche de l’opposition» et restée dans l’anonymat. Un responsable de la COD aurait, ainsi, affirmé que le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a reçu, effectivement,  Bodiel Ould Houmeid, «lui a fait part de son intérêt pour un dialogue inclusif, sur la base de l’accord de Dakar».

Rappelons que cet accord, paraphé entre les trois principales composantes des forces politiques mauritaniennes, avait mis fin à la crise institutionnelle consécutive au coup d’Etat du 6 août 2008, permettant l’élection présidentielle du 18 juillet 2009; mais laissait, en l’état, la tourmente politique née du même putsch, tout en lui indiquant de sérieuses pistes de résolution. Du coup, l’opposition au régime de Mohamed Ould Abdel Aziz n’a eu de cesse de rappeler que les clauses de l’accord signé dans la capitale sénégalaise, sous l’égide du président Abdoulaye Wade et avec la caution de la communauté internationale, allait bien au-delà de la simple organisation d’une élection présidentielle.

Face à la nouvelle proposition de dialogue, nouveau ballon d’essai ou simple rumeur, la  réponse du Rassemblement  des Forces Démocratiques (RFD), une des principales  formations de l’opposition, est immédiate. Une déclaration, publiée vendredi, réitère la position de la formation. «Le RFD a toujours considéré et continue à considérer que le dialogue est la meilleure voie pour sortir la Mauritanie de la grave crise dans laquelle elle est plongée, depuis deux ans». Pour le parti  dirigé par Ahmed Ould Daddah, le dialogue, entre pouvoir et opposition, «doit avoir des modalités à convenir entre les parties, comme il doit aboutir à des objectifs précis, conformément à l’accord de Dakar». Autrement exprimée, cette position exige un cadre global et des termes de référence nets. En attendant la satisfaction de ces deux exigences majeures, «l’organisation et les conclusions» du dialogue national inclusif,  le RFD maintient ses  positions, «y compris celles relatives à l’appréciation des résultat de l’élection présidentielle du 18 juillet 2009.»

 

La COD à l’épreuve du dialogue

Ballon d’essai? La proposition du président de la République, adressée, à l’opposition, pour un dialogue national inclusif, y ressemble  toujours autant. «Ebruitée», pour la première fois, début juin, et réitérée, au cours du week-end, elle reste en off, hors de tout caractère officiel et direct. Après le dernier signal,  aucune réaction, pour l’instant, du collectif de l’opposition. On note, juste,  la sortie en solo du RFD. Des formations telles que l’Alliance Populaire Progressiste (APP) et l’Union des Forces de Progrès (UFP) gardent le silence. Mais leur position cadrerait –  parfaitement, entend-on dire en coulisses –  avec la vision exprimée par le RFD. Messaoud Ould Boulkheir ne rate aucune occasion de flinguer le nouveau régime, «pire que tous les précédents». Ce qui n’est pas peu dire. Les propos tenus par Mohamed Ould Maouloud, dans l’avant-dernière livraison du Calame, en date du mardi 29 juin, démontre que sa formation n’accorde un guère plus grand crédit aux autorités.

Toutefois, au sein de la COD, on compte un certain nombre de partisans d’un dialogue à des conditions «assouplies». Une fréquence  sur laquelle émettraient le PNDD-ADHIL et même le nouveau parti né de ses entrailles, El Wiam. Les deux «propositions» présidentielles ont, d’ailleurs, impliqué les présidents de ces formations, en qualité d’émissaire. Deux entités politiques au sein desquelles on retrouve la partie des ex-dignitaires du régime de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, qui ont eu, pour une fois, le courage de rejeter le  putsch du général Mohamed Ould Abdel Aziz, en restant fidèle au pouvoir démocratiquement élu de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Mais une fois est-elle coutume?

Car ces hommes sont habitués aux prébendes et facilités offertes par la posture d’allié du pouvoir. Un personnel politique dont les membres sont familiers des «honneurs». Se sentiraient-ils, à un moment ou un autre, trop à l’étroit dans le «petit costume» de l’opposant, exposé aux brimades et frustrations de toutes sortes? Une situation qui donne à réfléchir, on les comprend bien, surtout si aucune perspective réelle de changement ne pointe à l’horizon, donnant, au chemin de croix, une longueur incommensurable. Du coup, on affirme, avec une  bonne grosse certitude, que «toutes les conditions sont réunies pour un dialogue national inclusif».

Bref et très prosaïquement, l’heure du retour vers les lambris dorés du pouvoir aurait-elle sonné pour ceux qui n’étaient que des opposants novices et se sont fait violence en luttant, courageusement,  contre leurs propres penchants et contre un régime jugé, à un moment, chancelant mais qui semble, maintenant, s’inscrire dans la durée, comme le pouvoir militaro-démocratique des années 1992-2005? A moins que le président Mohamed Ould Abdel Aziz n’ait choisi Bodiel Ould Houmeid qu’en sa  qualité de président en exercice de la COD, histoire de donner plus de chances de succès à son deuxième «assaut», le  manège du pouvoir,en forme de  proposition «indirecte» de dialogue,  pourrait, ainsi, tourner à un jeu fort trouble, avec, au-delà de la césure au sein  de la COD, l’apparition d’un dialogue, non pas inclusif mais exclusif, impliquant uniquement les forces politiques issues du régime du président Maaouya Ould Sid’Ahmed.  A  cette différence près que le chef, en ses habits de nouveau roi, est un  jeune général à la retraite anticipée, Mohamed Ould Abdel Aziz. Et de l’autre côté de la barrière, l’opposition historique. Ce qui équivaudrait à un nouveau départ vers le passé.  Retour à la case  1992. Quel crédit les Mauritaniens et la Communauté internationale accorderaient-ils à un tel dialogue, vraiment au rabais?

Sauf si, dans l’intervalle, le président de la République, conseillé par quelque génie bienfaisant, (se) disait: « Je détiens le pouvoir, dans toutes ses manifestations basiques. Je suis le président de tous les Mauritaniens, y compris les mauvais perdants qui ont crié à la fraude et à la manipulation, suite à la gifle magistrale du scrutin présidentiel de juillet 2009. Je suis prêt à un dialogue avec la COD. Si ma proposition est acceptée, nous allons définir,  ensemble et sur une base consensuelle,  le cadre et les termes.» Magnanimité, profondeur de vue. Un processus dont l’issue serait, en toute logique, la reconnaissance de la légitimité du régime en place, à partir du moment où un retour en arrière ne paraîtrait plus dans l’ordre des cas envisageables de figure.

Reste à savoir si Mohamed Ould Abdel Aziz  dispose de cette force des grands hommes politiques, les vrais, et du ressort mental requis pour vaincre la forte barrière psychologique qui a, toujours, inhibé les rapports entre l’ancien président Taya et ses opposants. Une réalité à la dent dure, qui continue à hanter le parcours du pays, cinq ans après la chute de la sanglante dictature.

Amadou Seck

 















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