Le magistrat Mohamed El Moctar Ould Mohamed Lemine dans un entretient exclusif avec Sahara média : « Ma radiation est une insulte pour les juges honnêtes ; j’ai chargé 30 avocats de ma défense ».


saharamedia
Mercredi 14 Septembre 2011



Dans sa maison, dans la zone du Carrefour à Nouakchott, le magistrat Mohamed Lemine Ould Mohamed Moctar était assis dans le salon au milieu des siens et d’un grand nombre d’avocats venus lui signifier leur compassion suite à la décision prise par lui d’acquitter des individus cités dans le tumultueux dossier de la drogue en Mauritanie.

Le temps ne jouait pas vraiment en faveur du magistrat. Au moment où on se dirigeait vers son domicile, l’ordre avait été donné de mettre fin aux services du numéro de téléphone qu’il avait en tant que juge au Palais de Justice de Nouakchott. Une humiliation de plus que le juge a prise avec beaucoup de philosophie et, dans les 10 minutes qui suivaient, il avait un autre numéro dans son téléphone.

 

 

Le juge mauritanien est en train de réorganiser des dizaines de documents et de preuves qu’il dit constituer des arguments forts pour la justesse du verdict qu’il avait prononcé, n’hésitant pas à déclarer : « je maintiens la justesse de ma cause. J’ai prononcé de nombreux verdict et vu défilé devant moi beaucoup de gens depuis 1994, quand j’ai rejoins le corps des magistrats. J’ai toujours mis en avant la conscience du juge honnête, en traitant les preuves et les faits qui me sont présentés en toute honnêteté. Il est injuste que je sois radié de la sorte ! Il y a un collectif de la défense de 30 avocats pour suivre cette radiation injuste. Et je souhaite que le président du Conseil Supérieur de la Magistrature, le président de la République, me rétablisse dans mes droits que je défendrai de toutes mes forces».

 La radiation de ce magistrat âgé de 45 ans est lié à un dossier sulfureux sur le trafic de drogue en Mauritanie et jugé sous le numéro 760 – 07 dans lequel 32 individus (hommes d’affaires mauritaniens, étrangers, personnes ordinaires) ont été incriminés. Le juge a prononcé son verdict avec quatre conseillers, constituant la composition de la cour, en acquittant 10 personnes et l’arrêt de la poursuite contre 2 autres qui ont bénéficié d’une grâce présidentielle.

Une structure de discipline et des fissures dans le corps des magistrats

L’affaire a provoqué une vive polémique alimentée, selon le juge Ould Mohamed Lemine, par deux faits essentiels : Un différend avec le président de la Cour suprême, le magistrat Seyid Ould Ghaïlany, qui m’a ordonné, en 2009, de remettre en prison des personnes, alors qu’il était Procureur général et que j’étais Procureur de la République à Sélibaby. Et quand j’ai refusé cela, pour non-conformité à la loi, un différend est apparu entre nous. Et je crois qu’il n’est pas prêt de finir », ajoute le magistrat Ould Mohamed Lemine. Et celui-ci de poursuivre : « Le deuxième point est qu’un dossier comme celui de la drogue prend une importance plus grande que sa réalité, quand il est amplifié par la presse, et l’enquête menée à son sujet peut décevoir une partie de ceux qui le suivent. Le trafic de drogue est effectivement dangereux et quand les preuves existent, le coupable est sévèrement puni. Mais le caractère dangereux de l’affaire ne doit pas porter préjudice à la valeur de la personne humaine et son inculpation pour ce qu’elle n’a pas commis. Les magistrats ne jugent pas comme le font les autres personnes suivant des préjugés et de loin ; ils se basent sur des preuves et des procédures précises suivant la loi. Ils ont une responsabilité précise et particulière ».

Le ministre mauritanien de la Justice a transféré, suivant l’article 38 de la loi organique de la Magistrature, une lettre datée du 06/09/2011, contenant des faits qu’il juge dangereux touchant à l’honneur et le refus de la loi pour que des sanctions soient prises contre les juges désignés (le président de la cour et les 4 assesseurs).

Et dans un document confidentiel tombé en possession de Sahara média, et portant sur la composition de la structure de discipline du CSM (procès-verbal n°01-2011), des fissures sont apparues au sein de cette structure dont certains membres n’ont pas caché leurs réserves sur la décision prise. 

 















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