Le sida 30 ans après : la lutte se tourne vers l'avenir


saharamedia
Samedi 4 Juin 2011



Le sida 30 ans après : la lutte se tourne vers l'avenir

Les trente années qui viennent de s’écouler ne peuvent que nous inspirer pour imaginer ce que sera la lutte contre le sida de demain.

Depuis la notification du premier cas d’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), on a compté quelque 65 millions de nouvelles infections et près de 30 millions de décès.

La communauté internationale a d’abord tardé à réagir. Puis en 2001, les dirigeants de la planète ont signé la Déclaration d'engagement sur le VIH/sida à l’Organisation des Nations Unies (ONU). Les années suivantes, des buts ont été fixés, des percées annoncées, des progrès accomplis.

En 2006, les pays se sont engagés à atteindre des objectifs pour mettre en place un accès universel aux services de prévention, de traitement, de soins et d’appui liés au VIH. Aujourd’hui, plus de 6,5 millions de personnes sont en vie parce qu’elles ont justement accès au traitement antirétroviral. Depuis 2001, les investissements dans la lutte contre le sida ont connu une augmentation de plus de 900 %. Le taux des nouvelles infections a quant à lui chuté de 25 %, ce qui traduit l’efficacité de la prévention.

Les évolutions sont de plus en plus encourageantes. De nouvelles techniques de prévention ont vu le jour, faisant naître l’espoir chez les personnes désireuses de se prémunir et de protéger leurs proches contre le virus. Citons notamment le traitement à des fins préventives, le gel microbicide – dont l’utilisation incombe aux femmes – issu du Centre sud-africain du Programme de recherche sur le sida (CAPRISA), et la prophylaxie pré-exposition iPrex. En de nombreux endroits du monde, les positions fermement ancrées ont fait place à la compassion. On a ouvert la porte au dialogue. Les dirigeants politiques utilisent des données probantes pour fonder leurs décisions. Il n’est plus rare que des militants, des groupes touchés par le VIH et des décideurs se réunissent pour établir des projets, conciliant leurs différences, explorant de nouveaux horizons. La solidarité qui s’est mise en place au niveau mondial dans le cadre de la lutte contre le sida a montré de quoi l’humanité est capable quand elle se rassemble.

Et pourtant, il faut en faire plus. Beaucoup plus.

Aujourd’hui, la riposte au sida est un défi aux aspects multiples. La demande de services de prévention et de traitement est de plus en plus forte. Nombreuses sont les possibilités qui s’offrent, et pour les exploiter, il nous faut mener des actions sur cinq fronts.

Tout d’abord, il convient de tirer profit du traitement à des fins préventives. Pour la première fois, les personnes vivant avec le VIH sont en mesure de choisir une méthode efficace à 96 %, qu’elles peuvent adopter et utiliser dans le respect et la confiance. Ce traitement doit être accessible à toutes les personnes vivant avec le VIH, mais pas aux dépens des neuf millions de gens en attente d’un traitement pour leur survie immédiate. Il faut multiplier les possibilités dans ce domaine.

Deuxième point, les femmes enceintes vivant avec le VIH doivent pouvoir avoir accès au meilleur traitement possible pour se prémunir et protéger leurs enfants. Quelque 31 pays proposent toujours des traitements dont la qualité laisse à désirer pour prévenir la transmission du VIH de la mère à l’enfant. Dans les pays à revenu élevé, rares sont les enfants qui naissent séropositifs, alors pourquoi n’en serait-il pas de même partout dans le monde ? La vie des mères et des enfants est précieuse, en tout lieu de la planète. Nous pouvons éradiquer les nouvelles infections à VIH parmi les enfants d’ici à 2015.

Troisièmement, il faut entreprendre un dialogue communautaire et des transformations sociales. La violence à l’égard des femmes et des filles, les relations sexuelles entre personnes de générations différentes, l’homophobie, les inégalités entre les sexes, et la criminalisation de la séropositivité, de la consommation de drogues injectables et du commerce du sexe sont autant de facteurs auxquels il convient de mettre un terme. Sans ces bouleversements, l’efficacité des mesures de prévention du VIH ne sera que partielle. À cette fin, il faudra que les dirigeants, au sein des villages, des collectivités urbaines et des capitales, brisent le silence entourant ces questions et prennent des mesures audacieuses, avec conviction.

Quatrièmement, les investissements en faveur de la lutte contre le sida doivent être intégralement réalisés. Il s’agit donc d’adopter une approche fondée sur le partage des responsabilités dans le cadre de laquelle chaque pays, riche ou pauvre, apporte sa juste contribution, sans exception. Un investissement reporté aujourd’hui aura un effet multiplicateur sur les besoins en investissements de demain – un risque auquel aucun ministre des Finances ne souhaiterait faire face. Parallèlement, la communauté de la santé doit accélérer la mise en place de nouvelles techniques de diagnostic et de traitement, réduire les coûts unitaires, améliorer les performances et investir dans des programmes efficaces afin d’améliorer les rapports coûts-résultats.

Cinquième et dernier point, il faut intégrer la lutte contre le sida à des programmes plus généraux dans les domaines de la santé et du développement. La riposte au sida doit sortir de son isolement et se convertir en catalyseur permettant d’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement liés à la santé, en particulier les objectifs consistant à réduire les mortalités infantile et maternelle ainsi que la tuberculose. La prestation des services de santé ne peut rester aussi cloisonnée.

En se réunissant au Siège des Nations Unies pour réfléchir ensemble à la riposte au sida de demain, les dirigeants de la planète doivent saisir l’occasion qui leur est donnée de prendre des mesures pour agir sur ces cinq fronts, de fixer des objectifs clairs et de définir des étapes pour les cinq prochaines années. Les 34 millions de personnes vivant avec le VIH et leurs familles ne méritent rien de moins.

 

Par : Michel Sidibé

Directeur exécutif du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) et Secrétaire général adjoint des Nations Unies

 















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