Les ONG nationales sacrifiées entre le Nord et le Sud


saharamedia
Dimanche 7 Novembre 2010



Créées au milieu du siècle dernier, les ONG avaient pour  vocation première de lutter contre la pauvreté, restaurer les droits de l’Homme, supprimer les différences et l’arriération de toute sorte. Elles n’ont vu réellement le jour, en ce qui concerne notre sous région, que vers les années 80, toutes tâtonnantes, chétives et quasi mort-nées.

En principe, elles devraient bénéficier d’appuis matériels, financiers et des ressources humaines haut de gamme de la part du Nord, puissant, et de la reconnaissance, de l’accompagnement et des ouvertures démocratiques, toutes fraîches et prometteuses, de la part de leurs Etats propres. L’on verra, et ce malgré des différences quantitatives et qualitatives selon les pays sahélo sahélien, que les résultats escomptés par les acteurs de la société civile et particulièrement les ONG nationales,  furent plus que décevants, en raison du paternalisme des pays riches donateurs et de la mauvaise gouvernance et du je m’enfoutisme des pays du Sud pauvres et, malgré tout, demandeurs.

 

 


 

Les erreurs des Etats du Sud :

Les ONG sont apparues pour les acteurs nationaux comme une aubaine leur permettant de participer au développement national, à la protection de l’environnement, à la lutte contre la maladie, l’ignorance, la protection des droits de la Femme et de l’Enfant, l’ancrage de la démocratie naissante et l’unité nationale. Ce fut une grande déception, dès le départ, puisque les gouvernements et surtout les cadres dirigeants, y voyant tantôt de la concurrence, tantôt de la jalousie face à cette ouverture subite des donateurs et, souvent, l’irresponsabilité et l’incompétence, les ont sacrifiés sur l’autel d’un centrisme administratif et institutionnel aberrant.

De ce fait, les administrations, et surtout leurs tutelles directes et indirectes, car les ONG de développement  par la nature de leurs actions multi sectorielles dans les domaines de la lutte contre la désertification, la protection des écosystèmes menacés, la pauvreté, l’analphabétisme et la maladie sont en principe en relation avec tous les départements. Mais ce statut, au lieu d’être encourageant les a prédisposées, au contraire, à l’oubli et à la déchéance. Les autorités concernées, au premier chef, les citent, les félicitent dans les discours officiels, les séminaires juteux et les rapports  rafistolés au fil blanc auxquels elles ne participent pas

Pourtant, des budgets sont prévus pour appuyer les ONG nationales ainsi que pour favoriser leur participation aux symposiums, séminaires, ateliers nationaux et les activités qui les intéressent sur le plan mondial. Mais ces chapitres s’atomisent au gré d’une gestion impensable et combien corrompue.

Or les populations ont beaucoup compté sur leur rôle, constatant les réalisations de ces ONG sur le terrain avec des moyens souvent très modestes, pour l’amélioration de leurs conditions de vie souvent misérable, surtout dans les régions enclavées ou manque presque tout (l’eau, l’agriculture) et où règnent l’ignorance, les maladies endémiques, le manque du savoir et du savoir-faire.

Au niveau interne, les autorités sabordent, en plus, ces ONG par la création de plateformes et autres Cyber fantoches, véritables obstacles entre elles et les structures étatiques qui favorisent celles qui leur plaisent. Comprenez ceci comme il le faut sur  fond de népotisme et de clientélisme malsain. En outre, les courroies de transmission entre les autorités et les ONG ne jouent pas leur rôle, laissant libre cours à certains partenaires pour faire, loin de l’équité et de la transparence, ce qu’ils jugent bon. En raison de l’absence de programmes pertinents, du suivi et d’une bonne coordination avec les bailleurs de la part de nos autorités, des financements entiers sont récupérés, faute d’exécution, au profit d’autres régions du monde. De ce fait, ces Organisations nationales, découragées et essoufflées, exigent une réorganisation du secteur pour ériger une véritable transparence qui permette aux ONG nationales solvables, parce que disposant d’une longue et pertinente expérience, de jouer pleinement leur rôle. Pourtant, des états généraux ont  donné naissance à une loi qui, malheureusement, et sans que l’on sache vraiment pourquoi, dort encore dans les tiroirs. Celles qui ont de l’expérience doivent bénéficier de l’appui conséquent et qui est tout de même prévu par les guichets du Nord qui comptabilisent, en principe, cette aide au profit de la réduction de la pauvreté et à l’abordage du développement. Il faudra donc, dès maintenant, restructurer et de manière sérieuse, les ONG nationales au bénéfice des populations cible. De même, la presse nationale, publique et indépendante, ont le devoir de couvrir sainement les activités et les réalisations de ces Organisations pour en démontrer la pertinence et favoriser l’intervention objective de l’Etat et des bailleurs, tout en éclairant les populations sur la problématique du développement et l’importance de leur propre implication positive.

Pour juguler l’opacité administrative, il est vital de remodeler ces administrations postcoloniales qui handicapent l’action et instaurer le système de communes autonomes, munies de réels pouvoirs, capables d’arbitrer et de décider, créant ainsi un champ favorable à l’action humanitaire communautaire fondée sur l’expérience pratique des expertises nationales, conjuguées aux pragmatismes des cibles qui participent à l’élaboration de leurs programmes de développement local, en parfaite harmonie avec leurs besoins vitaux et le respect de l’environnement.


Le centrisme des bailleurs du nord

On dit que les ONG du Sud s’émancipent mais, en réalité, leur autonomie, du fait d’handicaps multiples, est réellement mise en question du fait, comme on l’a vu, des difficultés affrontées d’ordre institutionnel, administratif et financier, mais aussi, des distorsions diverses nées d’une certaine opacité de l’aide octroyée par les donateurs du Nord, l’incohérence des programmes de développement empaquetés  et ficelés, là-bas, et où s’impliquent des experts et des  expatriés sans connaissance du terrain et des réalités socioéconomiques et qui, au bout du compte, plaquent des recettes maison sur des réalités méconnues. Très souvent, les actions au lieu d’être bénéfiques, viennent désorganiser des structures fragiles mais malgré tout bénéfiques, par mimétisme. Nous avons constaté, à plusieurs reprises, des projets copiés collés où figurent – ah, l’oubli ! Ouagadougou ou Niamey ! Au niveau de la Mauritanie, par exemple, sur la base d’une supposée expérience, la participation locale est limitée, par rejets constants,  au profit d’ONG internationales qui ont de grandes expériences et de gros moyens, mais méconnaissent le terrain, les réalités et les besoins. Les conséquences sont fâcheuses : quand il y a un appel d’offres spécifique à la Mauritanie, les ONG nationales postulent avec de puissantes ONG internationales  qui sous-traitent le projet pendant que ce sont les ONG mauritaniennes qui en sont les bénéficiaires exclusives et qui doivent l’exécuter, quitte même à les accompagner tout au cours du processus d’exécution dans le but d’une autonomie future. Dans ce cas, la postulation des nationales est pur prétexte pseudo juridique pour l’octroyer aux internationales

Mais pourquoi envoyer  des expatriés quand des gens, sur place, sont formés et sont capables d’exécuter des projets intégrés en connaissant le milieu culturel, en travaillant et donc en récupérant un salaire, en augmentent le pouvoir d’achat de la population locale, avec toute l’expérience qui manque souvent aux équipes d’expatriés ? La solidarité internationale doit redéfinir la voie et la philosophie du partenariat entre ONG du Nord et du Sud  dans le sens de l’autonomie par l’appui  à un partenariat conséquent comme moyen de lutte contre la pauvreté, ouvrant la voie au développement durable.

Dans tous les cas, sans la responsabilisation des pays bénéficiaires de l’aide et sans l’implication réelle des ONG nationales, qui sont les clefs de la démocratie et des rapports stables Nord-Sud, les acteurs de la société civile vont baisser les bras, créant un grand  vide dans le processus démocratique garant de la stabilité intérieure et de la coopération durable et du progrès.

 

BOUMOUZOUNA















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