Les arabes et les touaregs ….. Quel conflit ?


Sahara Médias - Nouakchott
Samedi 30 Mars 2013



Les arabes et les touaregs ….. Quel conflit ?
Au moment où des centaines de familles arabes et tamachèques vivent loin de  leur pays  et  croupissent sous des feuilles de plastiques dans des camps de refugiés  en Mauritanie, en Algérie au Burkina Faso, sans eau, sans médicaments, sans écoles ;
 
 Au moment où des femmes  chefs de ménage, nobles, dignes  qui n’ont jamais tendu la main au cours de toute leur vie, se bousculent, transpirent, accouchent  dans les rangs devant les hangars du HCR,  quémandant  une maigre poignée de blé, ou de haricot ;
 
Au moment où des hommes et des femmes   civils arabes et touaregs  restés au Pays, subissent les exactions,  la mort gratuite et tombent sous les balles de l’armée malienne ;
 
Au Moment où nos jeunes désœuvrés  laissés à eux même, subissent les arrestations arbitraires, l’oisiveté,  le poids de l’exode, et de l’exil ;                                                                                    
 
Au moment où nos enfants meurent par dizaine de suites de paludisme, de malnutrition, de coqueluche dans les camps de refuge,  le mauvais sort non content de nous avoir assez  trainés des années durant, sur les chemins de la guerre, de l’exil, de la pauvreté, de l’analphabétisme, du retard économique,  intellectuel, spirituel, et culturel,  nous ouvre pour nous achever, les voies de l’enfer.
 
Le mauvais sort,  nous entraine  sur les chemins d’un  conflit, cette fois-ci, entre nous mêmes arabes-touaregs (comme si nous étions deux). Nous sommes déjà victimes de nos errements, victimes des frappes de la France,  victimes des exactions multiples et injustifiées de l’armée malienne, victimes de la CEDEAO, victimes de  l’Orient et de l’Occident, victimes de nos divisions, de nos divergences, de notre orgueil profond, gauche et stupide.
 
Quel malheur ! Quelle déception ! Quelle tristesse de voir un peuple  victime de sa propre histoire ! Quelle tristesse de voir un peuple menacé de disparition, un peuple perdu, pendu  sans dirigeants, abandonné de tous, un peuple entrainé vers une guerre inter ethnique.
Voila un peuple malheureux qui subit les assauts conjugués  du sort, de la guerre, des famines à répétition, les  assauts de la déculturation et du malheur, un peuple victime du racisme, des exactions répétées et continues de ses ennemis.
Ce peuple  est menacé  de guerre, cette fois-ci,  de guerre contre lui-même, contre ses hommes et ses femmes contre ses campements,  ses  propres enfants  ou ce qui en reste. Voila un peuple perdu, condamné à disparaitre  à s’évaporer laissant enfin à ses ennemis   la joie de goutter à la victoire, le plaisir enfin de  prendre sa terre, et d’en jouir à souhait.
Quelle folie, de vouloir nous en prendre à nous-mêmes  contre nous-mêmes et par nous mêmes !
Quelle folie de vouloir retourner nos fusils contre nous-mêmes et pourquoi ? Quelle raison, quel argument  quel mobile nous pousserait à nous entretuer, à nous suicider collectivement. Qui  d’entre nous portera les lauriers de la honteuse victoire d’avoir vaincu son frère,  d’avoir assassiné son frère,  pour en suite se rendre à l’évidence comme le fils d’Adam qui, par cupidité, tua son frère avant de le regretter ?
Quelle faiblesse nous pousserait à écouter celui-là qui nous dressera les uns contre les autres ?  Que nous  offrira-t-il  comme  récompense après le forfait, sinon son mépris ?
Quel serait le prix  du sang de mon frère versé par arrogance, par égoïsme, par jalousie ?
Mes frères touaregs et arabes de l’Azawad, vous êtes  les deux poumons d’un même corps. Vous êtes les deux facettes d’une  même pièce. Détrompez-vous. Vous  êtes UN et INDIVISIBLES.  L’Azawad c’est vous ! Si l’Azawad brûle, il ne brulera que pour  vous, et s’il devient un  paradis,  il le sera pour tous.  Détrompez-vous ! Vous êtes liés par le sang, la religion la culture, l’histoire et  la géographie. Vous êtes  unis par la volonté de Dieu  par le fardeau de l’histoire, de la nature impitoyable et implacable dont vous subissez toujours les assauts répétés depuis des siècles.  Réfléchissez enfin !
Rien, ni personne ne pourra vous opposer, au point de prendre les armes contre vous-même.       Avez-vous pensé un seul instant à vos frères et sœurs, à vos familles qui vivent ensemble, à vos campements qui vivent ensemble dans la peur et l’incertitude. Avez-vous pensé à ces milliers de familles voisines dans l’Azawad et ailleurs, qui partagent les plaisirs du voisinage, du métissage, qui partagent les mêmes terres de transhumance, les mêmes puits, les mêmes villes et villages, les mêmes peines et les mêmes joies ?  Avez-vous pensé un seul instant  à la gravité de vos gestes, aux conséquences incalculables d’un conflit  sur nos populations azawadiennes déjà fortement secouées par le drame qu’elles subissent depuis des décennies. Avez-vous pensé à la réaction des populations nomades que nous sommes ?  Avez-vous pensé un seul instant  à la déchirure que provoquera un tel conflit, aux innombrables familles liées par le sang et l’histoire, par le mariage, l’amitié des ancêtres, qui risquent de se séparer  par l’escalade de violence. Un conflit entre vous serait dévastateur, chaotique et signera votre fin à tous, car vous partagez les mêmes terres,  les même points d’eau, les même montagnes et les mêmes vallées.  Enfin pensez-vous réellement que vous ferez une entité stable les uns sans les autres, même si la France vous le fait croire ? Détrompez-vous ! La France vous lâchera. Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.
Je sais  que vous n’êtes pas dupes. Vous n’atteindrez pas ce degré de faiblesse pour croire un seul instant que l’un d’entre vous pourra vaincre l’autre, ou s’en  débarrasser à moins que vous ne soyez totalement  aveuglés  par  l’ orgueil, et un égoïsme exacerbé.
 Nous,  populations arabo-berbères de l’Azawad, n’avons pas besoin de  conflit. Nous avons assez souffert. Nous avons assez perdu de personnes chères, d’hommes de grande valeur et de biens incalculables. Nous avons assez supporté l’exil,  le complexe d’infériorité, le goût amer de la solitude, de la servitude dans des pays où nous sommes  encore  considérés, après vingt ans de séjour, comme des  étrangers. Nous en avons assez de cette situation. De grâce n’en rajoutez pas. Nous sommes déjà des exilés, ne faites pas de nous des paria.
 Que représentons-nous même unis, à fortiori divisés ? A qui profite cette zizanie ? Qui tient les ficelles de ce jeu sordide où la seule et unique victime est, et demeure la seule communauté arabo-berbère ? N’avons-nous pas assez des querelles intestines  et stériles?
Nous sommes deux communautés qui ont toujours vécu ensemble et partagé tout, des communautés-sœurs qui n’ont jamais considéré que la différence de dialecte constituait un frein ou une barrière quelconque. Des brigands, il y en a partout et de tout temps. Dans tout troupeau, il y a des brebis galeuses. L’instabilité est une réalité dans l’Azawad, un noman’s land abandonné,  incontrôlé, mais un conflit inter ethnique aura des conséquences  inimaginables qui ne feront qu’aggraver notre situation déjà  précaire.
Votre région,  mes frères, est l’objet de convoitises multiples à cause des richesses dont elle regorge, et de l’enjeu qu’elle représente. Ouvrez les yeux. Une quelconque division vous affaiblira davantage et vous exposera. Restez unis.
Chers frères touaregs et arabes, votre faiblesse réside dans votre division. Votre ennemi commun  préfère vous voir désunis et affaiblis  pour choisir le bon moment de vous porter l’estocade finale, le coup de grâce. Aujourd’hui  vous constituez une force,  Vos divergences constituent des atouts capitalisez-les. Ne vous faites pas la guerre car vous la perdrez dans tous les cas de figure, et vous perdrez à tout point de vue,  aussi bien entre vous-même, que face à votre ennemi commun. Les conséquences d’un conflit inter ethnique dépassent de loin, les causes du conflit lui même.
C’est pourquoi je vous lance  cet appel  pressant et solennel en mon nom personnel, et cet appel n’engage que ma seule personne. J’en appelle  aux responsables que vous êtes, aux frères que vous êtes, et aux cadres conscients et avertis que vous êtes, pour placer l’intérêt de nos deux communautés au dessus de tout. Oubliez vos  différences car vous n’en avez pas, et donnez-vous la main. Tous les différends trouvent une solution lorsque l’on accepte de s’asseoir, de s’écouter et de discuter.
J’en appelle à votre bon sens, votre foi en Dieu et aux sentiments patriotiques et solidaires  qui vous animent. Mesurez la gravité de la situation. Nous sommes  encore des tribus et notre attachement à la tribu est aveugle. En de pareilles circonstances notre réaction est spontanée et dépend fortement de nos liens de parenté. Votre division se répercutera sur nos tribus, sur nos fractions avec tout ce que cela entrainera comme conséquences….désastreuses.
Je souhaite  vivement que nos frères des camps de refuge en Algérie, en Mauritanie, au Burkina Faso, au Niger  constituent  des comités de coordination (arabe-tamachèque) et organisent des rencontres intercommunautaires dans les camps, afin de rassurer les familles et barrer le chemin aux oiseaux de mauvais augure. J’invite les frères arabes et touaregs, de Nouakchott, de l’Algérie, du Burkina Faso à organiser des missions de sensibilisation dans les camps de refugiés  afin de calmer les esprits  expliquer, rassurer, lever le doute et la suspicion, et rétablir la confiance. Nos camarades d’ARVRA très engagés dans la défense de nos droits, sont fortement sollicités pour  cette noble mission. Que  les parents de la Diaspora s’investissent aussi  par leurs conseils.  Nos frères  webmasters d’Afrique, du Maghreb, de France, de Belgique, de Hollande, du Canada et des USA,  et tous les  amis et proches du facebook sont sollicités. Ils sont invités à  calmer les esprits  par des commentaires et des contributions constructives. Cet instrument de communication et d’échange est un couteau à double tranchant. Nous devons nous en servir pour nous rapprocher les uns des autres, pour nous  enrichir mutuellement, échanger et partager nos expériences. Nos ulémas et érudits,  nos marabouts et nos  frères de la Dawa doivent s’investir partout en prêchant la bonne parole, en rappelant aux musulmans que nous sommes  le danger de la fitna, et la récompense des bonnes actions.
Je souhaite que cet appel soit entendu et relayé partout. Que ceux des frères et amis, que les bonnes volontés éprises  de paix, et qui approuvent et partagent  son contenu, le relaient  à travers le monde pour qu’ensemble nous puissions tuer dans l’œuf cette menace dangereuse pour nous et pour la stabilité de notre région.
L’heure est grave.
Qu’Allah le Tout Puissant guide nos pas vers la voie de la raison et de la lumière  Amen !
 
Mohamed Ould Moydidi                                                              Mail :   jekaniya@yahoo.fr
 
 
 
 














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