Les « déjeuneurs » du ramadan : Ces musulmans qui « craquent» devant la faim et la soif


Saharamedias/Nouakchott
Mercredi 9 Juillet 2014


En cette période du mois béni de ramadan, certains restaurants, « Tangana » ou gargottes ne tarissent pas de clients. Toutes les explications sont valables pour ces « déjeuneurs » afin de justifier le non accomplissement de ce pilier de l’Islam qui prévoit des dérogations pour les enfants, les femmes enceintes, les vieillards, les malades ou encore les voyageurs. Reportage.


Les « déjeuneurs » du ramadan : Ces musulmans qui « craquent» devant  la faim et la soif
Point chaud connu sous le nom de « Nokhta sakhina »  à quelques encablures de la grande mosquée Saoudienne, est un lieu qui reçoit quotidiennement la majorité des Nouakchottois. Loin d’âpres discussions et de pourparlers de la vente des téléphones portable ou accessoires entre acheteurs et vendeurs, des odeurs de « Tieb », de « mafé », de couscous, de la foi grillée et d’autres plats divers   s’échappent des marmites  laissant personne indifférent même les jeûneurs. Ces derniers n’hésitent pas à se donner de petits crachats réguliers pour évacuer une bouche pleine de salives causée par  les odeurs des cuissons. La discrétion est de rigueur avec des toiles, servant de rideau. Difficile d’identifier des personnes de l’extérieur qui le plus souvent sont coiffées de turbans et des lunettes de soleil aux yeux pour échapper aux regards passants. Mais on peut néanmoins apercevoir les pieds des clients. Chacun des « déjeûneurs »  brandit la maladie comme excuse pour ne pas observer le  ramadan. 
A l’intérieur de ces lieux, il n’est point aisé de distinguer les malades  des bien portants. Son visage grassouillet, ses lunettes aux verres blancs lui donnent l’allure d’un intellectuel. Derrière ces dernières, se cachent des yeux clairs laissant apparaitre en flagrant délit sa timidité. Ses regards braqués sur la table et sur son interlocuteur, prouvent son interrogation. Son parfum mêlant avec l’odeur de cuisson, Mohamed Salem  commande un plat de couscous dans une voix autoritaire. « Ça fait deux ans que je ne Jeûne plus. J’ai des problèmes d’estomac. Ça ne veut pas dire que je ne suis pas musulman. Je préfère venir ici manger au lieu d’aller à la maison » explique Mohamed Salem entre deux  grandes bouffées de cigarettes. Tirant le même son de cloche, Diagana brandit aussi la maladie «Si on a une maladie qui empêche de jeûner, ce n’est pas obligatoire de jeûner ».
 Sirotant  son verre de thé sereinement tenu par des bras musclés donnant un aperçu du métier de ce grand gaillard aux allures militaires, Moussa le maçon se tape un plat de « tiebou-diene ».Il se justifie : « moi je suis un maçon. Mon métier est tellement dur que je n’arrive pas à travailler sous ce chaud soleil  de 8h à 16h pendant le ramadan. J’ai essayé les deux premiers jours, ça était  trop difficile pour moi. Le troisième jour, mon frère m’a amené à l’hôpital. Le Docteur m’a dis que je suis  déshydraté.  Du coup depuis lors je continue mon travaille sans jeûner. Les jours où je n’ai pas de travail, je vais jeûner. Le reste je payerai ça après le ramadan. Dieu est miséricordieux ».
A coté de lui, un client peu sociable sirote  du « Bissap » : « si je jeûne ou je ne jeûne pas, ça ne regarde personne. C’est entre Dieu et moi ».
Ne se souciant pas du jeûne ou pas de leurs clients, les restauratrices  s’occupent soigneusement de ses clients autour de la table. Chaque matin, elles s’installent en attendant l’arrivée des clients désireux prendre le petit-déjeuner ou le déjeuner. « Je ne juge pas mes clients parce que je sais que chacun est responsable de lui-même. Si certains ne jeûnent pas c’est forcément qu’ils sont malades ou ils ont un empêchement valable » explique, la restauratrice guinéenne, Fatou Bangoura. Elle ajoute : « Moi je jeûne. Je cuisine comme toutes les femmes pendant le ramadan. Pour regarde le goût, je mets un peu de sauce sur ma langue et aussitôt je crache sans avaler. C’est une technique  faite par toutes les femmes qui cuisinent et qui jeûnent ».
Certains jeuneurs n’ont pas la même explication  que les « déjeuneurs ». « Certains ne jeûnent pas à cause de la maladie mais juste la gourmandise et une croyance un peu orthodoxe. Ils sont juste des fainéants soi-disant malades. Pourquoi ils ne mangent pas chez eux s’ils sont malades. Ils se  trompent  eux-mêmes » martèle Hassan le boutiquier tout en caressant sa longue barbe. Il ajoute : «  La police doit patrouiller dans ces gargottes et voir ceux qui sont réellement malades. Bien sûr si nous sommes toujours dans une République Islamique».
Pour l’instant les propriétaires continuent de recevoir ces « déjeûneurs » qui accompagnent les jeûneurs du Ramadan à leur façon.
NCO
 
 
 
 














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