Les présidentielles de 2014 : une dernière chance pour ceux qui l’ont toujours perdue


Saharamédias/Nouakchott
Samedi 5 Avril 2014


Nul n’ignorent que le monde change et qu’il semble changer plus vite qu’on le pense, même si la dimension temps est difficilement saisissable ; ce qui poserait problème à ce sujet serait surtout le fait qu’on n’arrive pas toujours à tirer les meilleures leçons de ce temps dont l’écoulement se traduit par une succession permanente d’évènements qui laissent des traces sur notre vie.


Les présidentielles de 2014 : une dernière chance pour ceux qui l’ont toujours perdue
Cette insuffisante n’est pourtant spécifique ni à l’ONU, ni à un continent ou un pays et moins encore à un président, à un chef d’entreprise, à un père de famille ou à un simple citoyen lambda. Tous, nous subissons l’effet du temps sans souvent agir de la manière la plus adéquate ou capitaliser nos erreurs pour des circonstances ultérieures. A l’échelle national, ce changement est visible dans notre société, notamment depuis qu’elle est entrée dans un cycle de transformations suite à la sécheresse qui a frappé le pays vers la fin des années soixante et l’exode rural massif qu’elle a engendré ; le pouvoir des militaires entre 1978 et 1992 ( ?), l’urbanisation, le développement des moyens de transport, des mass-médias et des technologies de l’information et de la communication, ont permis, au niveau interne et avec le monde extérieur, un brassage physique et virtuel qui a accéléré le rythme de ces transformations sociétales et amplifié leurs impacts. A mon avis, le changement récent du comportement des citoyens vis-à-vis des coups d’Etat militaires et des électeurs face aux candidats lors des échéances électorales, serait l’exemple qui illustre le mieux les manifestations d’une société réellement en métamorphose. Qui d’entre nous n’avait pas été surpris par le large mouvement de contestation contre le coup du 06 Août 2008 et dont la pierre de lance a été le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD). Cet évènement a en effet marqué un véritable tournant dans l’histoire moderne de notre pays quand de hauts fonctionnaires de l’Etat et de riches commerçants avaient, pour la première fois, pris leur courage pour refuser ouvertement un coup d’Etat et travailler pour le faire échouer. L’analyse des résultats des dernières élections municipales et législatives de novembre 2013, montre aussi que si les vrais enjeux sont restés encore locaux, le rôle du parti au pouvoir et de ses intermédiaires classiques parmi les cadres de l’Administration et les notabilités traditionnelles a cependant beaucoup diminué par rapport au passé. Dans cet ordre d’idées, nous sommes tous témoins qu’au moment où le trucage des élections et l’argent étaient les seuls axes de la stratégie de gagner des scrutins, il n’y a jamais eu besoin ni de dialogue, ni de commission électorale indépendante, ni de gouvernement d’union nationale pour les élections qu’elles soient municipales, législatives ou présidentielles. De 1992 à 2008, chacun des principaux protagonistes avait ses soldats inconnus dans l’administration et des réservoirs d’électeurs éparpillés sur toute l’étendue du territoire, et misait surtout sur une machine de trucage huilée par l’argent injecté et manipulée par une intelligentsia qui gagne chaque fois en efficacité. Nous sommes également tous témoins qu’ à partir de 2008 les choses se sont paradoxalement compliquées dès que le pouvoir a, contraint ou non, fait recours au dialogue et évoluer vers l’élaboration d’un fichier électoral basé sur des données biométriques ainsi que la mise en place d’une CENI et d’un observatoire, tous deux renforcés par l’expertise et la neutralité d’observateurs internationaux. Ces complications résultent d’un changement du comportement des mauritaniens, devenu de plus en plus visible à travers l’action du FNDD durant plus d’une année, un changement qui a vite évolué avec l’accord de Dakar, la situation de l’après élections de 2009 et le vent du soi-disant printemps arabe qui a soufflé dans la région vers la fin de 2010. Ceux qui diront que ce FNDD s’est quand même effrité avec le temps et que l’accord de Dakar est parti avec Kadhafi, Wad et Sarkozy, ils ne doivent pas perdre de vue que la COD est encore là pour pérenniser d’anciens souvenirs et nourrir l’espoir d’une alternance pacifique dont l’horizon ne cesse de s’éloigner. Rappelle-t-on également que de tels souvenirs dérangent aujourd’hui beaucoup de ceux qui avaient abandonné l’extrémisme et lui trouvé des alternatives pragmatiques, jugées plus adaptées au contexte général et plus favorables à la paix et à la stabilité de notre pays. Si l’échec du pouvoir en place d’embarquer, jusqu’à la fin, toute l’opposition dans le dialogue initié en 2011 était attribué à des facteurs exogènes, celui d’emmener la frange réfractaire de cette même opposition à participer en 2013 aux élections municipales et législatives, reste difficilement compréhensible tant pour les propres masses de ladite opposition que pour le reste de l’opinion publique nationale. Quant au nouveau dialogue que propose aujourd’hui le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz pour préparer et organiser des élections présidentielles consensuelles et transparentes dans le délai, il est considéré comme une dernière chance pour une génération de leaders politiques qui a toujours perdu la chance d’accéder à la magistrature suprême en Mauritanie. Déjà tout le monde se félicite du fait que les protagonistes organisés dans la majorité présidentielle et l’opposition (partis politiques, personnalités indépendantes et société civile), ont déjà manifesté leur accord pour prendre part à ce dialogue ; celui-ci étant voulu de décrispation, du rétablissement de la confiance, de la réconciliation et -in fine- de la recomposition de l’échiquier politique national ; pour des mauritaniens la date du 1er avril, prévue pour la première réunion préparatoire des travaux de ce dialogue, a été liée, dans leurs esprits, au poisson d’avril et présagé un autre échec. Son Excellence Mohamed Ould Abdel Aziz, les partenaires étrangers et tout le peuple mauritanien, espèrent des résultats à l’aune des défis présents et futurs bien qu’ils savent, tous, que réconcilier l’approche généralement idéaliste de toute opposition avec celle d’une majorité considérant la démocratie comme un processus de longue halène, est une tâche fort difficile. Pour les plus optimistes, les résultats de ce dialogue se limiteront à décrisper la situation de blocage psychologique qui a caractérisé les rapports entre le pouvoir et une partie de l’opposition et à justifier pour celle-ci sa participation aux prochaines élections présidentielles. Avec ou sans dialogue, les leaders politiques de cette frange de l’opposition, contraints par l’âge et la pression d’un électorat fidèle et plein de remords suite au dernier boycott des élections, n’ont d’autres choix que la participation. S’agissant des partis qui n’ont aucune chance de gagner les présidentielles, leur stratégie d‘alliance et de mettre haut la barre de leurs doléances, vise à satisfaire un électorat de gauche, à bénéficier des avantages momentanés d’un gouvernement d’union nationale ou à monnayer soit leur soutien auprès de l’un ou l’autre des concurrents soit leur candidature pour crédibiliser les prochaines élections. Gourmande ou non, la dernière catégorie des partis de l’opposition est prête, indifféremment du jeun auquel se livrent la majorité et l’opposition, à prendre part aux élections présidentielles pour conserver un reçu fort utile pour les affaires de messieurs les présidents de ces partis et profiter des cadeaux souvent distribués lors de ce genre d’occasions. Ces réalités amères découragent les valeureuses personnalités indépendantes (politiques ou de la société civile) qui espéraient leur chance dans le choix d’un candidat unique ou un soutien de la part de tous les malheureux dans deuxième tour, un tour très dépendant du résultat du combat que livreront l’alchimie et l’informatique, d’un côté et la biométrie, de l’autre. Pour les plus méchants analystes, ce dialogue est une autre expression de la générosité d’un Président que ses nouvelles responsabilités au niveau continental et international, le rassurent psychologiquement et l’incitent à élargir son horizon, à se mettre au-dessus de la mêlée et à chercher l’efficacité et l’efficiente dans son action. Un Président qui va se présentera pour un deuxième mandat avec un moral au plus haut niveau, d’énormes réalisations concrètes, un gouvernement renforcé par un léger remaniement, un directeur de campagne de poigne et un UPR rajeuni. Derrière l’écran, sa stratégie prévoit encore une campagne parallèle, discrète, armée d’une bonne connaissance de la Mauritanie de l’Est à l’Ouest et du Nord au Sud et sans oublier, cette fois-ci, un Centre qui a toujours été victime du poids démographique de l’Est et de l’Ouest et de la sensibilité du sud et du Nord. Revenant par ailleurs à la question de ce temps qui n’est pas toujours dans notre intérêt, il est important de rappeler qu’il a quand même le mérite de contraindre au changement de la classe politique et à l’alternance qu’elle soit pacifique ou avec la force des armes. Un autre mérite, est la classe de sages produite par ce temps et façonnée spécifiquement par lui pour des fins différentes, en apparence, de celles de la sélection naturelle. Ces sages contribuent directement au dénouement des grands problèmes qui mettent le pays en danger ou indirectement en fournissant des conseils gratuits indifféremment de l’idéologie du Président en place, de sa couleur et de son passé puisque ‘’Bab Al-Towba’’ est heureusement encore ouvert. Quelle que soit la crédibilité de cette analyse et des avis exprimés ici, la sagesse dicte aux futurs candidats à la présidence de : (i) procéder à un diagnostic approfondi de la situation actuelle du pays qui prend en compte les germes déjà existants d’une avancée irréversible du changement de la mentalité et du comportement des mauritaniens ; (ii) adopter une approche précautionneuse au sens de la nécessité de respecter les spécificités des diverses composantes de notre pays et de les valoriser, avec sa position géographique, par rapport au contexte national et international, au service du développement dans tous les domaines; (iii) concevoir une stratégie qui intégrerait harmonieusement les point (i) et (ii), les vraies préoccupations des mauritaniens ainsi que des thématiques d’actualités au niveau africain, arabe et international ; (iv) privilégier le pragmatisme dans l’action politique afin de pouvoir accompagner la communauté internationale dans ses principaux choix. Il s’agit de laisser aux membres du club nucléaire et aux détenteurs du droit de véto à l’ONU le nationalisme, l’amateurisme, l’aventurisme et l’idéalisme! Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb














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