Les questions que soulève l'exécution de Germaneau


saharamedia
Lundi 26 Juillet 2010



Les questions que soulève l'exécution de Germaneau

Le message n'a surpris aucun des observateurs de la zone sahélienne : « Nous annonçons avoir exécuté l'otage français dénommé Michel Germaneau samedi 24 juillet pour venger nos six frères tués dans la lâche opération de la France.". Signé Abdelmalek Droukdel, alias Abou Moussab AbdelWadoud, l'enregistrement sonore de l'émir d'Al Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) a été transmis dimanche à la chaîne qatarie Al-Jazira.Une information confirmée lundi par Nicolas Sarkozy. L'annonce n'a surpris personne, car rares étaient ceux qui croyaient encore en la possibilité de retrouver Michel Germaneau enlevé en avril dernier au Niger, alors qu'il participait à une mission humanitaire.

 

Non pas une, mais deux opérations simultanées ?

D'autant moins depuis l'échec de l'opération lancée dans la nuit de mercredi à jeudi, aux confins du désert malien. D'une ou des opérations ? Car, il semble qu'il y ait eu deux opérations lancées simultanément :

•           la première à environ 170 kilomètres de la frontière mauritanienne, au nord du Mali, sur un camp d'un groupe de l'AQMI. Conduit par une trentaine de commandos français du COS (commandement des opérations spéciales), avec l'appui de forces spéciales mauritaniennes qu'ils entraînent depuis plusieurs mois, ce raid n'a pas eu l'effet escompté. Bilan : six morts côté AQMI, mais aucune trace de l'otage.

•           une seconde opération se serait déroulée beaucoup plus à l'est, dans la zone de Tessalit, plus proche du Niger où Michel Germaneau avait été enlevé. L'otage y était-il détenu ? En tout cas, personne n'a pu identifier sa présence avec certitude. Et aucune précision n'a été donnée sur cet autre raid.

C'est donc en représailles de ces mouvements que l'émir de l'AQMI aurait décidé l'exécution de l'otage français. Dans cette affaire, les certitudes sont minces. Michel Germaneau, 78 ans, avait des problèmes cardiaques nécessitant un traitement aux anticoagulants qu'il n'avait pas. Dans l'unique message vidéo transmis le 13 mai par ses ravisseurs, il évoquait des conditions éprouvantes de détention.

Lorsque le 12 juillet, dans son intervention télévisée, Nicolas Sarkozy parla de sa « brûlante inquiétude » pour le sort de Germaneau, n'avait-il pas déjà des éléments permettant de soupçonner une issue fatale ?

Prise d'otage : un changement de doctrine ?

A l'Elysée comme au ministère de la Défense, on a fait savoir ces derniers jours que les négociations étaient dans l'impasse :

•           pas de demande de rançon,

•           pas de demande de libération « acceptable », comme ce fut le cas avec Pierre Camatte, échangé contre quatre islamistes détenus au Mali,

•           une exigence impossible à remplir, comme la libération de Rachid Ramda, le financier des attentats de 1995, condamné à la prison à perpétuité en octobre 2009.

Cette affaire risque de marquer un tournant dans la doctrine qui prévalait en matière de prise d'otage. Jusqu'à maintenant :

1.         on négociait le plus possible,

2.         on était prêt à accorder une rançon,

3.         ou à engager les commandos de la DGSE si nécessaire.

Depuis l'affaire du Tanit, l'Elysée a compris et intégré tous les risques d'une diplomatie où le Président s'engage personnellement :

1.         le Président veut aller vite, or la vitesse est le pire ennemi des négociateurs,

2.         le coût politique d'un échec devient de plus en plus élevé, surtout lorsque l'otage est un civil « non-professionnel » (ni journaliste, ni militaire ou fonctionnaire),

3.         les moyens mobilisés pour faire tourner une cellule de crise 24h/24h coûtent très cher à l'Etat.

Bref, sans aller jusqu'à adopter l'attitude des Britanniques ou des Américains qui, en général, ne négocient pas en cas de prise d'otage d'un civil, la France pourrait désormais estimer que le prix d'une vie a un coût.

 















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