Les trois disciples de Dahan, le Mage


saharamedia
Mercredi 6 Juillet 2011



Un peuple malgré sa diversité ethnique, religieuse, linguistique ou autre est d’abord un réceptacle juste et harmonieux à la solidarité de tous envers tous et ensuite une réelle volonté de partage équitable des responsabilités et des ressources nationales communes. Cette solidarité agissante : tous pour un et un pour tous étant à la base du ciment social doit se développer à travers une panoplie de vertus cardinales que sont : la dignité, la tolérance, le patriotisme et la droiture, etc.

Cette belle réalité sera vécue et partagée par trois hommes vivant dans un même terroir et ayant un commun le même objectif : réaliser leurs rêves vaille que vaille.

Diarga était celui que la chance avait refusé la richesse. Malgré tous les biens que son père lui avait légués il n'a pu réussir. Il aimait l'argent plus que tout autre chose et donnerait sa vie pour en avoir. Il pratiquait les méthodes les plus tordues : usurpation, corruption, mensonges, commerce illégal etc...pour arriver à ses fins. Toujours était-il qu’il finira par être pauvre et vivra seul, isolé.

Quand à Afouz, il ne souhaitait pas mourir sans être savant. C'était un vaniteux et un orgueilleux. Il avait beaucoup étudié mais hélas cela ne le permettra pas d'avoir le savoir. Cela le marqua beaucoup et il dût s'isoler pour vivre seul. Quand à Raj'al il ne cherchait ni la richesse ni le savoir. Il souhaitait seulement avoir une bonne épouse avant de mourir. Il n’a jamais pu garder une épouse pour longtemps. Il la divorçait juste après le temps d'une lune de miel. Toutes les filles de Azougui l'évitaient. Le pauvre souffrira beaucoup de son célibat et finira lui aussi par s’isoler.

Ainsi chacun de ces trois hommes vivait ses amertumes mais...tout en gardant l'espoir de voir sa destinée changer un jour. Confiants en cela ils décidèrent de se rendre à Bir Mogrein,une localité située dans le grand désert de Tiris Zemmour (Mauritanie) pour y consulter un grand homme appelé Dahan ; un sage réputé par ses bénédictions et par ses autres dons mystiques. Cet homme grandement connu était considéré comme un mage. Cependant il était difficile d'aller le voir et personne n'osait s'aventurer à traverser ce vaste désert sans tomber entre les mains des pirates de désert ou sans être victime de morsure de serpent de sable ou de scorpions. Et pourtant cela n'inquietera point nos trois hommes qui finiront par hasard par se rencontrer sur le chemin qui conduit vers ... Dahan le Mage.

 

Après un long et périlleux voyage Diarga, Afouz et Raj'al arrivèrent enfin à Dar es Salam, une petite localité où vivait tranquillement Dahan. Dares Salam était une belle oasis que la nature avait doté d'eau douce, de dattiers, de gommiers et où aussi vivaient un empire de ruminants et de volaille. C'était un lieu retiré du monde et profondément ancré aux valeurs de l’islam. C'était le seul lieu où on pouvait vivre sans exister mais ...aussi le seul lieu où on pouvait recevoir tout ce que l'on veut pour exister. Dahan l'avait baptisé la maison de la paix pour signifier au monde que sans la paix on ne peut ni vivre ni exister.

Nos trois voyageurs furent reçus avec honneur. Dahan immola des chameaux et des moutons et organisera une fête.

Après quelques jours de repos, Dahan les recevra un par un :

- `` J'espère que vous vous êtes bien reposé ? Quel est le motif de votre visite ?´´ demandera t il modestement à Diarga.

- `` Je suis venu implorer votre aide, Seigneur Dahan ! J'ai perdu toute ma richesse ! Je vis pauvre et seul ! Mon seul rêve c'est d'être riche et vous êtes mon seul espoir ! dit tristement Diarga,les yeux pleins de larmes.

- `` Soit ! Si c'est tel votre vœu je vous aiderai ! ´´ réconforta Dahan.

Ce fut ensuite le tour de Afouz.

- ``J'espère que vous vous êtes bien reposé ? Quel est le motif de votre visite ?´´ demandera t il courtoisement à Afouz.

- `` Je suis venu demander votre aide, Seigneur ! J'ai beaucoup étudié et beaucoup voyagé pour acquérir le savoir mais hélas il m'est impossible de l'avoir. Je vis malheureux ! Vous êtes mon seul espoir ! termina Afouz, les yeux mouillés de larmes.

- `` Soit ! si c'est tel votre vœu, je vous aiderai ! assura Dahan

Après Afouz ce sera le tour de Raj’al.

- ``J’espère que vous vous êtes bien reposé ? Quel est le motif de votre visite ?´´ demandera t il amicalement à Rajál

- `` Je suis venu implorer votre aide, Seigneur ! J'ai tellement divorcé des femmes que toutes les filles m'évitent. Je ne peux pas garder longtemps une femme ! Cela me déshonore et m’oblige à vivre seul ! Vous êtes mon seul espoir ! dira Raj'al dans un demi sanglot.

- `` Soit ! Si c'est tel votre vœu, je vous aiderai ! promit Dahan

Des mois et des années se succédèrent et les enseignements de Dahan s'intensifiaient. De jour comme de nuit nos trois hôtes ne se reposaient que pour le temps de la prière.

- ``une bonne récolte se mesure par l'abondance de la sueur au front !´´ aimait dire Dahan à ses visiteurs pour mieux les encourager.

Arriva enfin la fin des enseignements. Dahan avait donné le meilleur de lui même pour aider ces visiteurs. Chacun d'eux recevra ce dont il souhaitait et à chacun il lui recommandera : la tolérance la patience et le dialogue.

-`` La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent ! ´´ disait Dahan à ces disciples.

Nos trois hommes remercièrent infiniment Dahan et regagnèrent sans difficulté leur terroir. Là-bas ils ne mettront pas longtemps pour voir leurs vœux se réaliser : Diarga deviendra riche. Il avait le monopole du commerce et il en fixait le prix en toute aisance. Il était indifférent de la souffrance des populations qui le sollicitaient. Pour lui il n'était plus question de redevenir pauvre.

Quand à Afouz il deviendra un savant par excellence. Il détiendra un savoir inépuisable et aura une grande renommée. Il était sollicité partout et il recevait quotidiennement des visiteurs. Il ne se déplaçait jamais et n’acceptait que les riches. Les populations sollicitaient son savoir...mais Afouz en était indifférent. Il n'était plus question de redevenir pauvre et ignorant.

Raj'al fut certainement l'homme le plus particulier. Il n'avait ni richesse ni savoir. Cependant il avait une bonne épouse qui n'était ni belle ni laide mais qui l'aimait beaucoup et qui le conseillait surtout. Raj’al était agriculteur et éleveur. Avec sa femme ils vivaient en parfaite harmonie avec leurs voisins et leur maison était ouverte à tout le monde. Grâce à la générosité de son épouse Raj'al était respecté, estimé et écouté. Il aimait beaucoup sa femme et... il n'était plus question de la divorcer pour redevenir célibataire.

Les jours se passaient ainsi à Azougui en feu et en rose sous le regard d'un ciel toujours observateur. Nos trois hommes étaient maintenant à l'abri de leurs besoins et chacun vivait à sa manière … les enseignements qu'il avait reçus.

Quelques années plus tard Dahan décida d'aller à Azougui rendre visite à ses anciens disciples pour voir ce qu’ils sont devenus.

- `` Pourriez vous m'indiquer la maison de Diarga ? demanda t il à un vieillard affamé.

- ´´ C'est cette belle maison ! Prenez garde surtout ! conseilla le vieillard ! ´´

A peine que Dahan ait atteint le seuil de la porte qu'une voix autoritaire et dure l’arrêta.

- `` Qui vous a permis de vous approcher de ma maison, hein ? Eloignez vous d'ici,mendiant ! gronda Diarga sans reconnaitre Dahan qui était devenu méconnaissable.

Et sans que ce dernier puisse dire un mot, un coup de pied de Diarga viendra s’abattre sur lui. Le Mage tomba et se relèvera difficilement pour disparaître.

Après quelques instants de marche Dahan croisera en chemin un homme un peu désorienté.

- `` Pourriez vous m'indiquer la maison de Afouz ? demanda t il à l'homme

- `` C'est cette maison où il y a plein de monde ! Prenez garde surtout !´´ répondit sérieusement l'homme.

A peine que Dahan se fut introduit dans la cour de Afouz que deux hommes à la force herculéenne lui barrèrent le chemin.

- `` Ne vous a t on pas dit que les pauvres n'ont pas accès ici, hein ? ´´ lui lancèrent ils impoliment.

Avant même que Dahan ouvrit la bouche les deux hercules le soulevèrent et le jetèrent dehors sous l'œil amusé de ... Afouz qui ne reconnaissait pas Dahan le Mage.

Le vieil Mage se relèvera encore péniblement pour disparaître aussi loin que possible.

Marchant difficilement, appuyé sur son bâton, Dahan cherchait désespérément la maison de Raj'al.

- `` Pourriez vous m'indiquer la maison de Raj'al ? demanda t il à une jeune femme habillée d'un voile de la tête jusqu’aux pieds.

- `` Venez avec moi, je vais vous y conduire ! ´´ répondit modestement la jeune femme.

Elle conduira le vieil Mage jusqu'à l'intérieur de la grande salle de Raj'ai, le fera asseoir sur de la peau épaisse de mouton et ensuite lui offrira un bol de lait frais.

- `` Soyez le bienvenu, Seigneur c'est ici chez Raj'al, mon mari ! Attendez que je vous l’appelle ! ´´ lui dit la femme souriante.

Pendant l’attente Dahan aura à constater la chaleur humaine qui régnait dans la grande maison de Raja'l . Il remarqua surtout la commodité et la simplicité avec lesquelles vivaient les Raj'al.

Une voix amicale le sortit de sa méditation. C'était Raj'al qui s'approchait à grands pas vers lui la main tendue pour le saluer.

- `` Soyez le bienvenu, Seigneur ! Pardonnez-moi surtout d'avoir mis du temps ! J’étais en discussion avec les jeunes ! Ils veulent proposer ma candidature pour les prochaines élections régionales !´´ dira modestement Raj'al sans reconnaître son visiteur.

Un repas solennel fut préparé en l’honneur du vieil Mage qui le partagera avec tout le monde. On lui offrit du thé et des dattes fraîches. On pouvait constater les quelques moments de bien être qu’éprouvait le vieux Mage.

La fraicheur du soir commençait à envahir Azougui et les ténèbres s'annonçaient déjà.

Le vieux Mage remercia grandement Raj'al et son épouse et prit congé d’eux. Raj’al le raccompagnera jusqu'à la sortie de la ville.

La ville d'Azougui vivait au rythme des campagnes des prochaines élections. On ne parlait que des trois principaux candidats : Diarga le riche, Afouz le savant et Raja'al le modeste. Les deux premiers distribuaient beaucoup d'argent et promettaient monts et merveilles pour être élus. Quand à Rajal'al il promettait du travail et de l’égalité.

Quelques jours plus tard, les élections eurent lieu et Raj'al fut élu comme étant le responsable régional de Azougui. La déception, la joie et la surprise s'affichaient partout. Azougui venait de s'offrir un nouveau visage et déjà les jalons d'une nouvelle ère apparaissaient car comme l'avait promit Raj'al des écoles, des hôpitaux et des coopératives féminines seront créés. Les prix des denrées seront grandement diminués et des espaces seront offerts pour l'agriculture et l’élevage.

La promesse est une dette. Diarga, Afouz et Raj'al se rappelèrent qu’ils devaient retourner voir Dahan pour rendre compte des fruits de leurs enseignements. Chacun d’eux se prépara et ce fut le retour vers Dar es-Salem.

Ils arrivèrent séparément chez Dahan qu'ils retrouvèrent dans le même aspect qu'ils l’avaient connu. Ce dernier les réservera un chaleureux accueil.

 

- `` Soyez les bienvenu ! Quel est le motif de votre retour ? ´´ leur demanda jovialement Dahan.

- `` J'ai suivi vos enseignements, Seigneur et je suis devenu très riche. Le commerce et les maisons m’appartiennent. Et malgré cette richesse, le peuple m'a désavoué lors des élections régionales!´´ dira honteusement Diarga, le premier.

-`` Un bien mal acquis ne profite jamais ! et ton peuple était déterminé à combattre... ce mal que tu incarnais ! ´´ lui répondra Dahan.

Ce fut ensuite le tour de Afouz .

- `` Je suis devenu un grand savant Seigneur et je voulais être le représentant régional ! Mais malgré mon pouvoir et ma capacité le peuple m'a désavoué ! ´´ termina avec amertume Afouz.

-`` Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ! Rappela Dahan à Afouz. `` Et ton peuple était déterminé à combattre... ce mal que tu incarnais ! ajouta le Mage.

Enfin Raj'al fut le dernier à être entendu.

- `` J'ai suivi vos enseignements, Seigneur ! Je ne suis pas riche et je n'ai pas de savoir ! Cependant j’ai la meilleure épouse ! Grâce à elle j'ai l'estime et la confiance de mon peuple qui m'a élu comme leur représentant régional. Merci pour vos enseignements ! ´´ dira fièrement Raj'al.

- `` Nul ne peut jouir de l'ombrage d'un arbre dont la taille est inférieure à la sienne !´´ Grâce aux conseils de ta femme tu as su être au-dessous de ton peuple pour jouir aujourd'hui de son ombrage contrairement à tes deux concurrents. Je te félicite !´´ répondit majestueusement Dahan

Après cette courte visite le mage raccompagnera ses visiteurs jusqu'à la sortie de l'oasis et leur rappelera pour la dernière fois :

- `` Comme je vous l'avais enseigné un pays peut trahir ses propres convictions et violer sa propre morale. La vie sur terre nous donne souvent l’occasion de voir de nos yeux le mal ; cela nous fait apprécier le bien. La stupidité nous fait apprécier l’intelligence dans l’être humain. La félonie nous fait apprécier la sincérité des hommes et des nations. C’est pourquoi nous voyons la nuit pour mieux apprécier le jour, le silence pour que la parole ait un sens, la maladie pour que la santé ait un sens, la guerre pour que la paix ait un sens, la mort pour mieux apprécier la vie. ! ´´ dira sagement Dahan à ses visiteurs. Et s'adressant à Diarga et à Afouz il fera remarquer :

- `` La valeur du citoyen ne réside en vérité que sur son degré d’engagement pour la Nation. Il doit faire preuve de dévouement et de respect pour le peuple à qui doit il revient toujours le dernier mot. La sincérité est un don de soi pour la collectivité, pour le rayonnement de la Justice sociale et pour l’intérêt général ! ´´

Puis regardant Raj'al droit dans les yeux Dahan lui enseignera solennellement :

- `` Nous sommes tous issus des entrailles du peuple. Et quels que soient notre position et notre rang social nous avons tous été faits mais aussi ... défaits par le grand peuple. Cultivons la paix, le dialogue et la solidarité pour pouvoir vivre et exister longtemps avec le peuple ! Ne l’oublions jamais ! termina enfin Dahan le Mage, lequel juste après la dernière phrase changera subitement d’aspect pour redevenir le même vieillard que chacun de ses trois disciples avait reçu … à sa manière à Azougui.

Tout souriant le vieux mage disparaîtra avec son bâton ... sous les yeux ahuris de ses trois disciples.

                                                         Fin

 

Kadiata Daouda Touré

 

Ce récit est un hommage à la femme mauritanienne, ciment de fer pour l’édification d’une société unie, engagée et combattante.

 















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