Lettre ouverte à Monsieur Le Président de la République


saharamedia
Mercredi 5 Mai 2010



Lettre ouverte à Monsieur Le Président de la République

Conseils pour ne pas tuer l’espoir

Partant de mon statut de professeur de philosophie, fils d’esclave, ancien membre de la CENI, je m’adresse à vous, à travers ces lignes, pour attirer votre attention sur certaines choses. Des vérités que beaucoup de ceux qui gravitent autour de vous connaissent comme le fond de leurs poches, mais ils ne vous le disent pas (pour des raisons que vous n’ignorez certainement pas) et donnent l’opportunité à ceux qui s’opposent à vous de les utiliser comme griefs contre votre pouvoir.

 

Ma particularité, Monsieur le Président, est que je ne suis pas demandeur de postes ni d’aucun privilège. Je suis un apprenti penseur au service d’une cause, d’un pays et d’un idéal.

Ainsi permettez-moi, Monsieur le Président, de vous dire que vous avez gagné l’élection présidentielle du 18 juillet à laquelle, l’occasion à été donné à tous les acteurs politiques de participer.

Alors, pourquoi vous ne gouvernez pas en tant que président de tous les Mauritaniens ?

J’ai la parfaite conviction que vous avez la volonté de changer ce pays mais, la volonté, comme vous le savez, Monsieur le Président, est abstraite et se sont les hommes qui la concrétisent. Et je ne suis pas tout à fait sûr que dans votre entourage il y ait des hommes pour réaliser un tel projet !

Ceux qui sont avec vous sont handicapés, soit par l’incompétence, soit par la malhonnêteté. Ils peuvent tout simplement applaudir, faire semblant, payer un caméraman pour les montrer en gros plan en espérant une hypothétique nomination.

Ils vous sabotent, et ils le disent ! Il y a certainement des exceptions, aussi minimes qu’elles soient à la règle.

Et permettez-moi, Monsieur le Président, de vous donnez quelques exemples de sabotages, certainement voulus.

1. Quand le Premier ministre dit, lors d’une conférence de presse, à un journaliste Soninké, Mauritanien : “débrouillez-vous, la Mauritanie est un pays arabe”, peut-on dire que vous avez la volonté d’exclure les non arabes ?

2. Quand la ministre de la culture a fait sa bourde, tout le monde a su que c’était par incompétence, comme si la Mauritanie ne possède pas de cadres valeureux !

3. Il fallait que vous visitiez, vous-même, Dar el Beidha, et qu’un élève se plaigne du manque d’enseignants, pour que le ministre descende rapidement pour boucher les trous visibles.

4. On a balayé les Lycées, et les absents ont été convoqués, parce que vous aviez visité le lycée d’Arafat. Une visite impromptue, de celles que vous avez maintenant l’habitude de faire, explique ce branle-bas des lâches.

Et la vie reprend son cours normal, fait de fainéantise et de gabegie, quand cesse votre visite.

5. Quand le ministre de la santé convoque une journaliste pour lui dicter les questions qu’elle doit lui poser dans une émission, alors que vous aviez demandé à ces journalistes de traiter tout le monde de la même manière et de cesser de faire l’éloge des personnalités publiques, curieusement, c’est la journaliste qui à été sanctionnée et non le fameux ministre qui s’accorde plus à régler ses anciens comptes qu’à travailler à concrétiser votre volonté de changer les méthodes et les pratiques.

6. Quand le ministère de la fonction publique suspend des milliers de fonctionnaires pour saboter votre volonté d’assainir la fonction publique, il ne fait que noyer le poisson. Plus tard, en levant la suspension, des rescapés, les “fictifs” auront certainement la chance d’être rétablis ou même réconfortés dans leur malversation !

7. Vous avez, Monsieur le Président, voulu scinder l’enseignement en deux départements, je me permets de vous dire que les ministres se sont entendus sur la gestion de la pagaille jusqu’au bout, malgré que tout était minutieusement budgétisé ; Ces ministres brillent par leur incompétence dans la gestion, et leur manque d’initiative

8. Ces hypocrites, permettez-moi l’expression, font aujourd’hui une course contre la montre pour vous mentir en créant un PRDS bis en vue de vous conduire tout droit vers un Maawiya bis. Toutes les pratiques d’antan sont là et tous les anciens visages sont là… Ces hommes-là ne changent jamais mais, ils sont capables de faire changer le chef, surtout quant il est seul comme vous actuellement, Monsieur le président.

Où est la Mauritanie nouvelle ?

Bref, rien ne marche, Monsieur le président, et les médiocres sont trop proches de vous. C’est pourquoi vous ne voyez pas l’horizon.

Démarquez-vous un peu de cette « rac… » Pour voir la Mauritanie dans sa diversité et sa richesse

Finie la campagne électorale, fini également le temps des « pour » et des contres, des amis et des ennemis ! Alors, mettons-nous au travail.

Ceci étant, j’ai jugé impératif de prodiguer un certain nombre de conseils :

- Formez un gouvernement d’union nationale, plus ouvert que celui de la transition où tous les Mauritaniens soient impliqués et votre rôle sera tout simplement de juger, en termes de rentabilité et de rendement, les initiatives des uns et des autres, dans le but de choisir le mieux pour la Mauritanie.

- N’écoutez pas ceux qui vous disent de ne pas partager le pouvoir. Ils ne pensent qu’à eux-mêmes et à leur part du gâteau. Il faut leur faire comprendre que la Mauritanie n’est pas un gâteau mais, un bien commun que tous les Mauritaniens ont le droit et le devoir de servir.

- Cessez, Monsieur le Président, la chasse aux sorcières, pour mettre les Mauritaniens en sécurité. Ils ont peur car, ils ont, tous, volé. C’était la contrepartie de leurs applaudissements. On n’était pas jugé en fonction de la performance mais en fonction de notre allégeance.

De grâce, Monsieur le Président, ne revenez pas à la case départ. Arrêtez ce parti et libérez les énergies, toutes les énergies de la Nation.

- Créez chez le Mauritanien l’habitude de travailler. Cette faculté, il ne l’a possède plus. C’est l’argent facile qu’il connaît : l’argent des campagnes, des éloges du chef, de l’hypocrisie, de la surfacturation et les services (camardes).

- Occupez-vous des pauvres et/ou les anciens esclaves. Ils ont suffisamment souffert de la marginalisation et de l’oubli, créez des stratégies ciblées pour développer les Adwabas et les kabbas.

- Il faut impérativement pousser les Mauritaniens à mettre fin à toutes les pratiques esclavagistes, dans un esprit de sérénité et à travers le dialogue constructif... Il est grand temps que nous arrivions à condamner l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.

Dans tout ce qui a été fait, on sent clairement votre main et votre regard, comme si vous êtes seul dans le bateau !un homme, seul, ne peu pas changer un pays (une seule main n’applaudit pas). Il lui faudrait changer d’abord les hommes. Et pour changer les hommes, il faudrait « écouter ceux qui vous font

pleurer pas ceux qui cherchent à vous faire rire ».

Vous avez combattu (ou vous êtes en train de le faire), Monsieur le Président, les anciennes méthodes de détournement des deniers publics. Mais, vos homme (les hommes de tous les présidents), continuent de mettre sur pied et de développer de nouveaux procédés pour saccager les ressources du pays : l’organisation de colloques, de séminaires, des visites et bien d’autres méthodes en voie d’expérimentation ne sont qu’une panoplie de ruses trouvées pour opérer sur le même modus vivendi d’antan.

Monsieur le Président, vous avez certes récupéré admirablement le discours de l’opposition mais vous n’avez pas choisi les hommes qu’il faut pour le mettre en application.

Pourquoi, Monsieur le président, vous avez libéré tous les gros voleurs, ceux qui sont en train de fructifier nos milliards, ceux qui ont détourné l’argent des donateurs étrangers, et laissé Ahmed Ould Khatry croupir en prison ? Est-ce parce qu’il n’a pas de tribu ? Est-ce que c’est le sort réservé à tout Haratine qui lève la tête ? Une façon de nous dire que nous n’avons même pas le droit d’imiter nos maîtres voleurs ! A croire même qu’il y a des voleurs nobles et des voleurs esclaves ! Et pourquoi vous condamnez Biram au lieu de chercher à le comprendre ? Et pourquoi on cherche la tête de Sidi Ould Salem ?

Un mot sur les nominations : Vous avez créé de grandes institutions, mais ce sont les mêmes hommes d’hier que vous avez nommés, comme si la Mauritanie ne compte plus d’hommes propres et compétents, capables d’innover et de lever les défis avec vous, Monsieur le Président. Pourquoi, alors que le pays regorge de cadres de toutes catégories sociales (hommes, femmes et jeunes), ce sont toujours les mêmes noms qui reviennent au détriment des autres compétences, notamment jeunes ?

Mais les bons cadres ne sont pas, peut-être, forts dans l’applaudissement et n’excellent pas dans le m’as-tu vu, mais ils sont visibles par leurs actions et leur dévouement dans le travail. Ils sont souvent ceux qui dérangent, aux yeux de certains, par leur franchise et leur honnêteté. Par contre, ceux qui font les couloirs, à la recherche d’une hypothétique nomination, sont en général des voleurs égoïstes.

Ainsi, Monsieur le Président, vous avez une réelle opportunité d’écrire votre nom dans l’histoire des grands hommes, si et seulement si, vous faites quelque chose de palpable dans la lutte contre l’esclavage et ses séquelles, a travers une politique claire de discrimination positive dans tous les domaines! Appuyez-vous sur des cadres haratines frais, c’est la dernière catégorie de gens sûrs et honnêtes.

Les Mauritaniens peuvent discuter chez eux, et conclure des accords salutaires sans haine ni parti pris, si vous le voulez, Monsieur le Président, et vous aurez réalisé ce que d’aucuns pensent que vous n’y êtes pas capable de réaliser : formez un gouvernement d’union nationale, dans lequel vous donnerez à la Mauritanie l’opportunité de profiter des compétences de tous ses fils !

Ainsi, vous serait De Gaulle, dans sa grandeur et son patriotisme reconnus, et

Kennedy, dans sa sagesse et son anti esclavagisme qui a permis à l’Amérique d’être ce qu’elle est aujourd’hui : Un pays où 85% de Blancs acceptent un président Noir, non pour ce qu’il est mais pour ce qu’il peut.

La clef de ce trésor humain est maintenant entre vos mains, Monsieur le Président. Ouvrez cette porte et toutes les autres portes s’ouvriront d’elles-mêmes devant vous.

Se sont là juste des conseils. L’adage maure disait : le bon conseil peut émaner d’une esclave ! Parce qu’en définitive ce n’est pas elle qui va en profiter !

Brahim Ould Bilal Ould ABEID

Ancien membre de la CENI

 















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