Mahfoudh Ould Bettah : "Le PM doit choisir son cabinet mais les compétences sont partagées par l’ensemble des communautés du pays"


Saharamededias/Nouakchott
Samedi 20 Septembre 2014


Dans une interview accordée au site Cridem, le président de la Convergence démocratique nationale (CDN), Me Mahfoud Ould Bettah, revient sur la situation de l’opposition et notamment du semblant de léthargie que connait le Forum national pour la démocratie et l’unité (Fndu), la dernière élection présidentielle, et le choix du staff du nouveau Premier ministre…


Mahfoudh Ould Bettah : "Le PM doit choisir son cabinet mais les compétences sont partagées par l’ensemble des communautés du pays"
Cela fait des longues semaines que le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) - dont fait partie Convergence démocratique nationale (CDN) que vous dirigez – garde le silence, quelles en sont les raisons?
 
Mahfoudh Ould Bettah (MOB) : Il n’y a pas de raisons particulières, c’est que seulement on est en période de vacances, il y a eu aussi le ramadan. Mais cela n’a pas empêché le FNDU de continuer à suivre la situation politique du pays ; à réagir quand il faut et à mettre au travail quelques commissions chargées de réfléchir sur une stratégie d’actions à venir et sur un nouvel organigramme. Donc malgré les vacances nous continuons au niveau du Forum et du pôle politique à suivre la situation du pays.
 
Peut-on avoir un aperçu sur les grandes lignes de la stratégie d’actions que vous venez d’évoquer?
 
MOB : Je ne voudrais pas préjuger de ce qui va être décidé par le pôle politique au-delà de celui-ci par le FNDU . Globalement les commissions sont fin prêtes de livrer les résultats de leur réflexion.
Mais en attendant on peut constater et tout le monde en convient que notre pays a fait un bond en arrière à l’occasion de la dernière « élection présidentielle » et que la démocratie qui était jusque-là purement formelle a fondamentalement régressé. Le peuple mauritanien demeure donc confronté à ce défi de la démocratisation.
Et il faut que nous relevions ce défi-là et c’est le sens, me semble-t-il, de l’action que va engager le Forum très prochainement.
 
Malgré le boycott de la plupart des partis politiques que compte le pays, une élection présidentielle a quand même lieu. Aujourd’hui certains parlent même de reconnaissance du scrutin par la communauté internationale. Alors que doit-on penser ? Que le FNDU a échoué dans sa stratégie de boycott ?
 
MOB : Non le FNDU et sa composante politique n’ont pas du tout échoué, c’est le pouvoir qui a échoué. D’abord parce qu’il allé à une élection à laquelle était absent l’ensemble de la classe politique qui a porté les revendications démocratiques depuis plus vingt ans. Ensuite, parce que le peuple mauritanien n’a pas répondu aux appels de l’actuel chef de l’Etat qui le conviait et le supplier même avec insistance à participer massivement au scrutin.
Enfin le taux de participation malgré tous les chiffres officiels n’a pas dépassé les 30% . Tout le monde a vu combien les bureaux de vote étaient déserts.
En ce qui concerne la reconnaissance internationale dont certains créditent le régime à la suite de la dernière « élection », celle-ci demeure tout à fait hypothétique . Il y a eu les Etats voisins qui ont du prendre acte - sous les contraintes du voisinage - de ce qui s’est passé, certains mêmes chefs d’Etats ont assisté à «l’investiture» de Mohamed Ould Abdel Aziz.
Pour le reste « l’élection présidentielle » n’a suscité aucun intérêt particulier. Les plus importants partenaires de la Mauritanie ont pratiquement ignoré l’événement : Absence d’observateurs, niveau de représentation à l’investiture peu élevé, remarque de certains que l’élection n’est pas une fin en soi, en suggérant qu’il y a lieu de normaliser la situation politique en ouvrant un dialogue sérieux avec l’ensemble des acteurs politiques du pays.
En tout état de cause le peuple mauritanien reste résolu à considérer l’élection présidentielle passée comme une élection tronquée qui n’exprime pas sa volonté. J’ajouterai là-dessus que déjà la liste électeurs a omis la moitié des électeurs et l’autre moitié ne s’est pas déplacée pour voter. Donc c’est une fausse élection, une pure mascarade et elle ne donne aucune légitimité au pouvoir en place.
Je pense de ce point de vue-là qu’il ne s’agit pas d’un échec de l’opposition et du Forum national pour la démocratie et l’unité en particulier mais plutôt d’un succès, parce qu’on a ôté au pouvoir la légitimité qu’il revendique depuis la présidentielle de 2009 jusqu’à l’échéance actuelle.
Désormais il ne pourra pas se prévaloir de cette légitimité qui a été prétendue à la suite du scrutin présidentiel de 2009, car dans le temps les hommes politiques qui représentent une certaine légitimité historique avaient participé au scrutin de 2009. Ce n’est pas le cas actuellement.
J’ai beaucoup de respect pour les autres candidats qui ont participé à cette élection, j’en compte quelques amis mais le constat doit être fait : ils n’ont pu pour certains d’entre eux aller à la présidentielle qu’avec le parrainage du pouvoir en place. Tout ça est la preuve qu’on n’était pas en face d’un scrutin présidentiel à proprement parlé. Mais je nommerai ça comme un autre coup de force après celui de 2008. Le pouvoir est donc revenu à ses anciennes méthodes, il s’impose par la force.
 
Peut-on connaitre l’identité de ces candidats que vous dites parrainés par le pouvoir pour pouvoir participer au scrutin de 2014 ?
 
MOB : Tout le monde les connait, je n’ai pas envie d’étaler des noms ici, je respecte le point de vue de ces candidats, leur approche. Chacun sa propre trajectoire.
 
L’annonce de la composition du staff du Premier ministre qui ne compte que des conseillers originaires de l’est du pays, a provoqué quelques remous après de certaines organisations politiques et de défense des droits de l’homme? Vous, que pensez vous de la composition du cabinet du PM ?
 
MOB : Si c’est le cas c’est tout à fait condamnable, je dirai même que c’est une faute politique. Évidemment il y a des critères politiques dans le choix des conseillers d’un premier ministre. Le PM doit choisir son cabinet mais les compétences sont partagées par l’ensemble des communautés du pays. Et la Mauritanie est diverse.
Il faut que nous assumons justement cette diversité. Il faut qu’elle s’inscrive dans le souci quotidien de ceux qui nous gouvernent, qui doivent préserver la symbolique qui est attachée à cette diversité dans le choix de ceux qui occupent les fonctions publiques et doivent lui donner l’occasion de s’exprimer à tous les échelons de l’Etat.
 
Source : Cridem














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