Maïssa Bey/Surtout ne te retourne pas/Un tremblement de terre et le passé disparaît. Une jeune fille perd ses souvenirs et son identité


saharamedia
Mercredi 4 Août 2010



Maïssa Bey/Surtout ne te retourne pas/Un tremblement de terre et le passé disparaît. Une jeune fille perd ses souvenirs et son identité

Née au sud d'Alger, Maïssa Bey effectue des études de français avant de devenir enseignante. Elle travaille à l'Education nationale dans l'ouest algérien et est l'auteur d''Au commencement était la mer' puis 'Nouvelles d'Algérie', ouvrage salué par le grand prix de la Nouvelle de la Société des gens de lettres. 'Cette fille-là' paru en 2001 aux éditions de l'Aube est couronné par le prix Marguerite-Audoux. Elle est également fondatrice et présidente d'une association de femmes algériennes, Paroles et écriture. Surtout ne te retourne pasUne canicule, le sable tourbillonne, s’infiltre dans les moindres recoins de tissu et pliures de la peau. Une jeune fille fuit pour trouver l’oubli, et la promesse d’un mariage forcé. Le village l’enserre dans son rôle de femme bientôt mariée, enchaînée aux obligation familiales et assujettie à la bienséance. « La famille n’est qu’une communauté d’intérêts qui doivent tous converger vers le même objectif, la présentation des acquis matériels et de l’honneur attaché au nom. Voila tout. » Les secousses de la terre avalent ses souvenirs. Démunie, elle est recueillie, dans un camp de sinistrés, par Dada Aïcha. Chef d’une tribu improvisée, la vieille dame entoure de sa protection et son affection, Nadia, Mourad et la jeune fille sans nom qui devient Wahida, la première et unique.Les affinités se dessinent. Les sinistrés s’organisent, en attente de l’aide humanitaire et s’approprient l’espace qui leur est dévolu au sein du camp constitués de tentes. Ils recréent une intimité, élèvent des clôtures de bric et de broc, fraternisent, s’entraident et reconstruisent sur les ruines de leur passé, leur avenir. Ils excusent leur survivance, avec les « si » de l’existence qui n’a tenu qu’à deux lettres misérables et salvatrices. La fragilité de la vie, de la mémoire imprègnent le récit, profondément humain, exprimant la précarité de l’existence. « Peu à peu la vie a repris ses droits. Les éclats de voix, les odeurs de cuisine, les odeurs de lessive, les cris et les courses désordonnées des enfants, les fréquentes visites des familles et les incursions de plus en plus rares des délégations officielles comme il se doit, les invasions d’escadrons de moustiques déterminés, voraces et insatiables, les chuchotements et les soupirs dans les nuits suffocantes, les colères et les longues plages de silence dans la chaleur accablante des après-midi, les commérages et les accusations injustes, les rancœurs aussi facilement éteintes qu’apparues, les alliances et les prises de bec, les insultes et les réconciliations, les controverses, les affrontements, et les démonstrations d’amitié... »Les femmes sont au centre de ce roman, habituées à surmonter pour elles et leur famille, les difficultés et les malheurs.

« Ce sont les femmes qui, les premières et très vite, ont pris possession des lieux, comme sil elles avaient toujours vécu dans la même précarité, dans la même condition. »

Certaines sont embrigadées dans les excès de la religion, et trouvent réconfort en expiant leurs fautes. Persuadées d’être les fautives, elle se substituent au regard en couvrant leur visage et leur corps. D’autres subsistent ou chassent leur identité, oublient, se remémorent avec force les disparus.

Naïma, dont la mère est hémiplégique, revêt les attributs de Sabrina lorsqu’elle se dévêt de sa djellaba, au fond d’une ruelle d’Alger. Libérée de la présence étouffante de ses frères, elle construit une maison pour sa mère, en vendant son corps.

Khadija, la coiffeuse apporte légèreté et insouciance aux femmes du camp. Le temps fait son travail, et l’instinct de conservation reprend le dessus. La communauté renaît.

Wahida, perdue dans le labyrinthe désespérement vide de ses souvenirs enfouis voit apparaître une femme, qui prétend être sa mère. Bien qu’elle ne la reconnaisse pas, elle la suit et s’installe chez elle. L’endroit est vidé des souvenirs d’enfance et Wahida - Amina, ne peut reconstituer le tissu de sa mémoire sans provoquer les révélations douloureuses d’une mère aux prises avec son passé.

« Surtout ne te retourne pas » est dédié aux victimes du tremblement de terre de 2003 en Algérie et à celles du Tsunami.

L’écriture de Maïssa Bey est lumineuse. Tout simplement magnifique et éblouissante. Le rythme de narration est effréné. Les mots s’alignent dans une abondance de sensations, de justesse et de douleurs subtilement décrites.

Le personnage de Wahida – Amina, présence éthérée, reste jusqu’aux dernières phrases, une énigme, suspendue dans la nébuleuse des souvenirs.


 















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