Malouma, chanter ses combats Nouvel album, Knou


saharamédias+Agences
Mercredi 23 Avril 2014


Élue au Sénat mauritanien en 2007, la diva Malouma a mis sa carrière politique entre parenthèses pour sortir son dernier album, Knou, un disque sublime, à l’éclectisme brillant. Pour RFI Musique, cette chanteuse, rebelle devant l’éternel, revient sur ses combats, parle de son enracinement dans la tradition et de ses regards obstinément tournés vers l’avenir.


Maalouma Mint Meidah (photo Cridem)
Maalouma Mint Meidah (photo Cridem)
Elle en impose, Malouma, avec son port altier, sa diction posée sur un accent du désert, son énergie douce, et la malice de ses sourires. Élue au Sénat mauritanien en 2007, la "chanteuse du peuple", comme on la surnomme, force le respect, à la façon d’une héroïne, d’une femme de tête, d’art et de convictions.
Malouma l’insoumise fut de tous les combats : en musique et en poésie, elle s’est insurgée contre les mariages forcés, le racisme, la marginalisation des castes les plus démunies, a lutté contre le sida, pour la vaccination des enfants, l’alphabétisation, s’est rebellée contre les pouvoirs en place…
Tant et si bien que la voix de la griotte fut étouffée par les autorités, interdites dans les médias, pendant près de quinze ans. "J’ai été arrêtée. Je représentais un danger pour les puissants", raconte-t-elle. Les fonctions politiques ? Elle ne les a jamais vraiment recherchées. "L’engagement fait partie de ma vie. Ces responsabilités sont venues naturellement", dit celle qui fut élevée par la France, en 2011, au rang de Chevalier de la Légion d’honneur.
 
La voix du père
 
Difficile, pourtant, de conjuguer sa fonction de sénatrice et ses tournées internationales : de sa carrière artistique, Malouma ralentit d’abord le tempo. Pourtant, loin du tumulte du monde, lorsqu’elle souffle, Malouma joue, compose, tisse, durant trois ans, Knou, ce dernier album.
Au cœur, il y a son instrument, l’ardin, sur lequel elle pose ses mains : cette harpe typiquement mauritanienne, jouée exclusivement par des femmes. En pleine méditation, lors de ses pauses contemplatives, elle laisse affleurer les inspirations que lui offre le monde.
Derrière, il y a l’ombre tutélaire de son père, Moktar Ould Meïddah, poète et musicien, issu d’une longue lignée d’artistes : "Enfant, lorsque des musiciens venaient jouer chez nous, il me conviait pour faire résonner l’ardin. Il me révélait des phrases musicales, des rythmes à répéter, inlassablement, se souvient-elle. En même temps, il possédait un petit transistor, grâce auquel il ouvrait nos oreilles à toutes les musiques du monde."
Enfin, dans ces fils forts qui la relient à la tradition, il y a celle qui donne son nom à l’album, la danse Knou, issue de l’Est de la Mauritanie, réservée aux femmes, qui y dévoilent toute leur beauté : "Quand elles ont débarqué dans mon Sud natal, alors que j’étais enfant, avec leurs rythmes, leurs mélodies, et leurs pas de danse, entièrement nouveaux pour moi, j’ai été subjuguée par leur splendeur.
Pour moi, Knou représente à la fois un souvenir émerveillé d’enfance, un bout de l’identité de la Mauritanie et un symbole de la femme… Il était temps d’honorer ce patrimoine !" Avec sa Fondation, créée en 2011, Malouma collecte aussi des éléments du patrimoine mauritanien en voie de disparition, les sauve de l’oubli.
 
Des chansons en couleurs
 
Mais loin de regarder vers le seul passé, Malouma tourne obstinément ses regards vers le présent. En matière de musique, c’est simple : "J’écoute tout ce qui est bon !", rigole-t-elle, facétieuse. Après avoir composé l’ossature de ses morceaux, elle les donne à son frère, qui les pare de teintes vives.
 
Par ailleurs, sur le titre Goueyred, la chanteuse fait cohabiter la voix de son père, enregistrée, et celle d’un jeune rappeur, Sankofa. "Je tisse des liens entre générations", dit-elle. Elle convie aussi d’autres artistes : l’Orchestre National de Barbès (Rbeyna), le percussionniste Steve Shehan (Deyar, Mektoub, Knou, Dahar), le pianiste de jazz Mike Del Ferro (Zemendour, With Mike). Et chacun d’apporter son univers sans dénaturer celui de la diva.
En résulte un album électrique, électrisant, à l’éclectisme impressionnant, où se succèdent des rythmes reggae, des teintes rock, des atmosphères jazzy, comme elle l’explique : "Je n’aime pas la monotonie. J’aime quand ça change : les rythmes, les modes, les mélodies… " Ses thèmes, aussi, couvrent un large spectre. Sa poésie évoque l’amour, l’environnement, la politique ou les rencontres autour d’un thé (Athay). De sa collaboration avec le peintre Sidi Yahia, en live, a résulté une succession de onze tableaux, un par morceau : chaque chanson de Malouma convoque des images, des rêves forts et hauts en couleurs.
Si la chanteuse a aujourd’hui rétabli la balance et mis entre parenthèses sa carrière politique pour se concentrer à nouveau sur la musique, elle se réjouit, à présent, du chemin parcouru : "J’ai gagné le respect. Aujourd’hui, parfois, dans leurs discours, les hommes politiques citent mes chansons. Je ne dis pas qu’elles changent la société, mais elles participent d’une certaine évolution.
Par ailleurs, j’ai confiance en la société civile pour apporter de nombreux heureux bouleversements. J’appelle désormais de mes vœux, à plus de stabilité pour mon pays." Malouma… ou la conjugaison féminine de la musique et de la politique.
Malouma Knou (TAM/L’Autre Distribution) 2014
En concert à l'Ermitage à Paris les 29 et 30 avril 2014
 
 
Par Anne-Laure Lemancel














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