Mauritanie : Nouakchott renoue avec la saleté


Par Boumouzouna
Mardi 21 Octobre 2014


On l’a dit et redit depuis des années : Nouakchott est une ville sale. Pis c’est peut-être la capitale africaine la plus sale. La faute à qui ? On l’a dit et redit depuis des années : Nouakchott est une ville sale. Pis c’est peut-être la capitale africaine la plus sale. La faute à qui ?


Mauritanie : Nouakchott renoue avec la saleté
Les responsabilités sont partagées. D’un côté les pouvoirs publics ont longtemps sous-estimé l’ampleur et la gravité de ce problème, préférant agir par à coup. D’autre part, les populations font encore preuve d’une négligence et d’un laisser aller inadmissibles. S’il est un aujourd’hui un dossier où la nouvelle CUN rencontre beaucoup de difficultés, il s’agit bien celui de la salubrité de la ville ; après la résiliation du contrat de la société française Dragui Transport.
Le Président de la communauté urbaine, le charismatique homme d’affaires Ahmed Ould Hamza n’y été pas allé par le dos de la cuillère pour insuffler un nouveau visage à la capitale mauritanienne qui offrait un hideux visage. C’est ainsi que pour lutter contre l’épineux problème de la salubrité de Nouakchott, il avait fait appel à une société française Dragui Transport, filiale du groupe français Pizzorno Environnement qui avait remporté le contrat de collecte, de nettoiement et de transport des déchets solides jusqu’au centre d’enfouissement technique. Le coût du contrat était de l'ordre de deux milliards dix millions d'ouguiyas et s'étalait sur une période de dix ans renouvelable.
Avec un objectif de 650 employés, l’entreprise Dragui Transport devait maîtriser à terme l’ensemble du cycle d’assainissement : de la collecte à l’enfouissement. On aurait dit fini les odeurs pestilentielles dues aux poubelles éventrées en pleine rue et aussi fini peut-être les maladies dues à cette négligence sanitaire.
Toutefois en dépit du travail quotidien et colossal effectué par cette société durant quelques années, la Présidente de la Communauté Urbaine a purement et simplement décider de résilier le contrat qui la liait à cette entreprise sans que l’on sache trop pourquoi. Depuis la ville de Nouakchott ploie encore sous les immondices. Ce ne sont pas les quelques lifting de la CUN qui vont changer la situation. Ainsi le grand marché, ceux de la Socim, de la Sebkha et d’El mina croupissent encore dans la saleté. Les forces de l’ordre en charge de la traque des vendeurs dégagés finit par courber l’échine face à l’obstination surtout des vendeuses de poissons qui n’ont jamais en fait quitté les lieux, préférant se lancer dans une interminable et pathétique course poursuite. Les vendeurs se plaignant de ne bénéficier d’aucune mesure de compensation et de réinstallation se mettaient à l’affût et prenaient le risque de revenir dans et autour du marché dès que forces de l’ordre baissaient la garde. Certains y ont laissé des plumes mais c’était le prix à payer pour faire reculer ces forces constamment narguées.     
Le marché de la Sebkha réputé pour ses mauvaises odeurs et ses tas d’immondices exposées en plein air, avait gagné une image plus respectable après que les vendeuses de poissions eussent été déguerpies. Malheureusement après le retour de ces dernières, la désolante image a repris le dessus.
En outre, pour ne rien arranger certaines avenues et rues ont dangereusement rétréci sous les coups de boutoir du sable qui de jour en jour accentue sa marche inexorable sur la capitale. Si par certains endroits le sable est dégagé des fois au loin par des camions, dans d’autres on se contente de le pousser plus haut, l’appelant à revenir à sa place dès le premier coup de vent ou sous la poussée de nombreux chauffards qui ne se limitent pas au bitume en tentant des manœuvres à la limite du raisonnable.
Par ailleurs,  il y a lieu de noter que Nouakchott (près d’1 million d’habitants) a connu une croissance explosive. Aujourd’hui, dans cette ville où se côtoient des baraques déglinguées recouvertes de toits en tôle ondulée et des édifices en béton, les réseaux d’assainissement n’ont pas suivi. De quoi donner durant longtemps à la capitale l’image d’une poubelle à ciel ouvert. A noter également que dépourvu de système d’évacuations des égouts, le centre de Nouakchott est confronté à un sérieux problème de cloaques. C’est le cas notamment de la polyclinique où vendeurs de fruits, de viande et de petites friandises nagent dans des eaux nauséabondes au plus grand mépris des règles minimales d’hygiène.
Des conditions d’hygiène qui font courir de graves risques pour la santé. Parmi les pathologies qui en découlent on note d’abord les maladies hydriques comme les diarrhées aiguës et les dysenteries. Puis, en raison des vents de sable chargés de saletés, les infections respiratoires aiguës sont légions, surtout chez les enfants. Avec des bronchites et même des pneumonies.
« Mais si nous parvenons à maîtriser l’hygiène, la mortalité baissera c’est certain », estime un spécialiste en santé publique. Une gestion pérenne des déchets aurait aussi des répercussions économiques, car la santé coûte très cher aux familles. « L’argent économisé pourrait servir à d’autres choses, comme à l’éducation par exemple ».
Toutefois, force est de reconnaitre que toute action de salubrité de la ville dépend pour beaucoup du comportement de la population. Beaucoup de Nouakchott ont pris la fâcheuse habitude de verser leurs poubelles la nuit dans la rue, si ce n’est pas devant chez le voisin. La rue est devenue un dépotoir pour les ordures ménagères, les eaux usées, les carcasses d’animaux… ! Bref, on balance tout ce que l’on veut de l’autre côté de sa maison. Les murs des bâtisses et les grandes places sont des toilettes à ciel ouvert. On se soulage là où l’on veut sans la moindre gêne au mépris d’un minimum d’hygiène et de respect de l’autrui. De nombreux nouakchottois estiment qu’une place est rendue propre pour qu’on la salisse à nouveau. D’où ce cercle vicieux qui fait que la ville ne peut jamais être propre plus d’une heure. Le mépris de l’hygiène, de la chose publique, de son voisin, de soi même font que la ville est sale à un point inimaginable. Que l’on ne se trompe pas, sans une prise en conscience des populations, toute action risque d'avorter. La Communauté Urbaine, les communes de Nouakchott, les élus locaux, les médias doivent se relayer pour que les nouakchottois apprennent à être et à rester propre. C’est seulement en ce moment que des résultats tangibles pourront être obtenus.
 
 
 Source : BOUMOUZOUNA /Chemsiyatt
Chargé de communication des organisations de la société civile














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