Mohamed Barro : « Dans son principe, l’enrôlement est une nécessité mais la mise en œuvre pèche par manque de sensibilisation et de représentativité »


saharamedia
Dimanche 2 Octobre 2011



Mohamed Barro : « Dans son principe, l’enrôlement est une nécessité mais la mise en œuvre pèche par manque de sensibilisation et de représentativité »

La question de l’enrôlement des populations continue à faire l’actualité en Mauritanie. Plus même que le dialogue national entré aujourd’hui dans sa deuxième semaine.

Sans doute que les évènements douloureux de Kaédi et de Maghama ainsi que les échauffourées de Nouakchott entre militants de la mouvance « Touche pas à ma nationalité » et les forces de sécurité donnent une dimension particulière à ce recensement que les autorités mauritaniennes présentent pourtant comme une « nécessité » et une condition sine qua non pour la sécurisation des documents nationaux d’état-civil.

Sur cette question donc, Mohamed Barro, membre du mouvement REMEDE (Réseau Mauritanien pour l’Eveil et la Démocratie) et de la Coordination nationale de la jeunesse mauritanienne (CNJM), créée il y a quatre semaines, évoque, dans l’entretien qui suit, des points qu’il considère comme essentiels afin d’éviter la cassure entre les différentes communautés nationales, avec le risque grave de faire capoter la marche vers le progrès économique et social de la Mauritanie enclenchée par l’Etat. Entretien.

 A la question de savoir de quels disfonctionnements on peut parler à ce niveau du recensement, Mohamed Barro répond :

« Toute l’agitation actuelle à pour cause le manque de sensibilisation sur une opération aussi importante que l’enrôlement des populations. D’ailleurs, dans son « direct avec le peuple », à l’occasion de la commémoration du deuxième anniversaire de son investiture, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a lui-même reconnu que le recensement a péché sur ce point là. Il n’est pas trop tard pour remédier à cet aspect essentiel de la question. Surtout que, du côté des contestataires, l’on pense que l’on met plus d’embûches sur leur chemin que sur celui de l’autre frange de la population. L’on dit, par exemple, que si vous n’êtes pas en mesure de produire les documents nécessaires pour votre recensement, le mauritanien arabe dira que ce n’est que partie remise, parce qu’il ne peut imaginer qu’on puisse mettre en doute sa « mauritanité ». Par contre, le Négro-mauritanien a, tout de suite, le réflexe tourné vers les évènements douloureux d’avril 89. Il pense que c’est une énième tentative de lui ôter sa nationalité et de le bouter dehors. Il faut donc tout entreprendre pour rassurer cette frange de la population et lui faire comprendre que l’enrôlement se fait par étape, pour une simple question de procédures et de clarté dans la démarche.

Des personnes avisées doivent être mises à contribution pour aider les citoyens à comprendre le processus dans son ensemble. Elles doivent jouer un rôle d’encadrement et de sensibilisation autour d’une action qui, dans essence même, ne doit être orientée contre personne. De même que les manifestations pacifique pour réclamer un droit ne doivent pas être vue par certains comme une tentative de « soulèvement » ou une atteinte à l’unité nationalité. C’est d’ailleurs une saine expression de la démocratie qui ne doit être reprouvée ni par les autorités ni par d’autres segments de la population qui voient en elles un acte d’hostilité alors qu’il n’en est rien.

Je pense aussi que la question de la représentativité des Négro-mauritaniens au sein des centres de recensement procède de la démarche générale entreprise par le président de la République pour aller vers cette réconciliation nationale recherchée. Leur présence au sein des équipes de recensement donne une sorte d’équilibre pour ne pas s’inscrire dans l’optique d’inquisition formulée par certains. Car ce sont des symboles forts, comme l’accélération du retour des réfugiés, la prière de l’Absent de Kaédi, la réparation morale (reconnaissance de la responsabilité de l’Etat dans les évènements de 89-91) et matérielle (indemnisations) qui ont scellé aujourd’hui le Pacte de confiance entre le président Aziz et une communauté négro-africaine meurtrie. Il ne faut donc pas accepter que de tels engagements nationaux, pour ne pas dire humains tout court, soit hypothéqués par des actes qui relèvent d’une erreur d’appréciation (administrative, au premier plan) ou d’agissements d’hommes politiques nostalgiques d’un passé à jamais révolu.

C’est pour dire que l’heure est grave et que tous les mauritaniens doivent veiller à ce que l’irréparable ne se produisent pas. Que ceux qui défendent leur « mauritanité » le fassent de manière pacifique et sereine. Qu’ils évitent, surtout, de verser dans la surenchère qui pourrait travestir leur mouvement et le présenter comme une action visant à briser l’unité du pays ou à le plonger dans le désordre. Le mouvement, s’il doit se poursuivre, doit être la réclamation d’un droit qui ne souffre d’aucune contestation et non pas la face cachée d’une lutte obscure pour le pouvoir entre des protagonistes d’une scène politique nationale qui saisissent toute opportunité pour en tirer profit. Au détriment de la Mauritanie et des mauritaniens.

 

Sur la question de savoir s’il faut arrêter ou non l’enrôlement des populations, Mohamed Barro répond : « dans son principe, le recensement est incontestablement une bonne chose. La sécurisation des documents nationaux est une question vitale pour tout pays et ce n’est pas sans raison que les dernières prouesses technologiques sont mises à contribution pour que les documents, une fois établis, soient infalsifiables. Le gouvernement mauritanien a mobilisé d’importantes ressources financières pour un tel projet et il relève du bon sens qu’on ne peut pas l’arrêter définitivement alors que d’importantes étapes (conceptualisation, mobilisation des ressources, lancement) ont été franchies. Cependant, si les autorités acceptent qu’il y a des disfonctionnements qui suscitent les mouvements de protestation actuels, il n’y a pas de honte à ce que des mesures soient prises pour les corriger. Et parmi ces mesures, l’une consiste à suspendre le processus en cours jusqu’à la révision totale des commissions chargées de sa mise en œuvre, dans le sens d’une implication plus que nécessaire de toutes les composantes sociales du pays.















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