Mohamed Ould Abdel Aziz face au peuple fait son bilan


saharamedia
Lundi 16 Août 2010



Mohamed Ould Abdel Aziz face au peuple fait son bilan

Un exercice inédit, mais sans chiffres

Détenteur du pouvoir, dans toutes les  manifestations basiques de la puissance publique, depuis le coup d’Etat du 6 août 2008, et,  constitutionnellement «légitime», depuis le scrutin présidentiel du 18 juillet 2009, le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, a livré son bilan, dans la soirée du mercredi 4 au jeudi 5 août dernier. Investi dans son habit présidentiel  le 5 août 2009, il a livré une évaluation d’étape, à travers un exercice original et inédit sous nos latitudes.

Un show politico-médiatique, organisé au Centre International des Conférences de Nouakchott (CICN-Palais des Congrès), au cours duquel l’ancien candidat des pauvres a fait face au peuple –  qu’il aime tant –  et  la presse; en fait, quelques titres, triés  sur le volet. Les villes de  Nouadhibou et Kaédi  étaient associées  à la grande fête nocturne.

 

En faisant le bilan d’une année normalisée  d’exercice du pouvoir, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a dit, en substance, que tout va bien sous nos cieux, au pays des hommes bleus. Tous les problèmes hérités du passé sont déjà résolus ou en passe de l’être. Occasion d’exposer la politique suivie par le pouvoir, dont le gouvernement est l’incarnation, dans le domaine économique et social, afin d’«améliorer les conditions de vie des populations, notamment « le pouvoir d’achat, à travers la subvention de certains produits de première nécessité».

Le chef de l’Etat a, également, exposé les réalisations dans les domaines des infrastructures sanitaires et routières. Il a parlé de la bonne gouvernance et de la lutte contre la gabegie, répondant, au passage, à une question sur le sort d’un don saoudien de 50 millions de dollars us. Une cagnotte dont l’utilisation, jugée «douteuse», a longtemps alimenté le discours de la Coordination  de l’Opposition Démocratique (COD), soucieuse de démontrer que la rhétorique du nouveau pouvoir n’est qu’un pur écran de fumée.

Et le président de «révéler», à tous,  que l’enveloppe fut, d’abord, logée dans un compte à la Banque Centrale de Mauritanie (BCM), pour des «impératifs liés à la sécurité nationale». Elle a été, ensuite, «en partie investie dans des immobilisations concrètes [sic !] dont jouissent, actuellement, les unités opérationnelles des forces armées.  Des aéronefs ont même été acquis, grâce au don, utilisé, seulement, à hauteur de 60/65%». Il est vrai que 5% d’approximation, sur  14 milliards d’UM, ça ne fait que  700 millions d’UM, une paille pour le président des pauvres… Enfin, bref: ce don saoudien, a-t-il été intégré, ou non, au budget, sur la base de la loi de finances? Les dépenses recettes et dépenses – y compris celles «ultra-secrètes et consacrées à la défense» – suivent, normalement, cette logique…

La Mauritanie n’est pas en  guerre par procuration

Le président de la République a aussi abordé la terrible équation du terrorisme. Un volet  sécuritaire dont il a justifié l’option de la fermeté. « Nous ne faisons pas une guerre par procuration contre Al Qaida. La Mauritanie fait face à un phénomène sous-régional» – c’est-à-dire, propre à la sous-région saharo-sahélienne – mettant en cause «des éléments terroristes qui se trouvent au Nord d’un pays voisin». Rappel de la trentaine de victimes, suite aux différentes attaques sanglantes, entre les années 2005 et 2009. Des morts à mettre au compte d’une vision criminelle dont les tenants s’abritent derrière le parapluie de la religion, galvaudant l’islam pour des intérêts purement personnels, tout  en utilisant la fragilité psychologique d’une partie de la jeunesse sensible au mirage de leur discours.

Réaction légitime: «Nous avons engagé une action pour sécuriser notre pays de l’intérieur». L’armée est passée à l’offensive pour éviter la posture de celui qui attend et prend, régulièrement, des coups mortels. C’est l’explication de l’attaque du 22 juillet dernier, menée contre une base d’un groupuscule de la nébuleuse terroriste en territoire malien. Mais, au-delà du débat, sémantique, sur  la question de savoir si la Mauritanie  fait la guerre à Al Qaida Canal Historique ou à des groupuscules issus de la sous-région Sahara/Sahel, l’incertitude demeure, quant à l’issue du combat, face à de petits groupes mobiles, forts d’une parfaite maîtrise du terrain. Les Américains, appuyés par une coalition occidentale hyper-armée, se trouvent bien en Afghanistan depuis une dizaine d’années, mais n’arrivent, toujours pas, à finir le travail; éprouvent, même, les pires difficultés à se maintenir…

Présenté comme un bilan, l’exercice de la nuit du mercredi 4 au jeudi 5 août surprend par sa totale absence de chiffres. Une sorte d’exploit à l’envers. Incontestablement, le nouveau pouvoir a réalisé un certain nombre d’infrastructures routières. Mais on aurait pu donner le nombre total de kilomètres revêtus, à Nouakchott et à l’intérieur, éventuellement, ainsi que le coût. Le président de la République a, également, parlé de certaines denrées «subventionnées». Mais qu’est-ce que cela signifie, concrètement, par rapport aux prix de 2008, 2009 et maintenant? Aucune indication… Quelle est l’évolution du taux du chômage, au cours des deux dernières années? Quelle est la stratégie des nouvelles autorités, pour lutter contre ce fléau qui frappe, tout particulièrement, les jeunes?

En ce qui concerne le dialogue politique, Mohamed Ould Abdel Aziz reste «disposé». Mais il ne  veut pas entendre parler de l’accord de Dakar, qui appartient, selon lui, au passé, comme base de discussion. Rapportés à la dernière  position connue de la Coordination de l’Opposition  Démocratique (COD), les propos du président de la République ramènent donc la Mauritanie à la case départ. Le collectif ne peut envisager une reconnaissance éventuelle de la «légitimité» de Mohamed Ould Abdel Aziz que dans le cadre de la mise en œuvre des clauses de l’accord de juin 2009.

Quant à la solennelle déclaration sur La Constitution, rien que la Constitution, tout pour la Constitution, vraiment inédit et énorme progrès,  dans un pays inscrit au palmarès de la fréquence des coups d’Etat…

 

Amadou Seck

 















GABONEWS APAnews