Pouvoir/Opposition : La bataille des régions


saharamedia
Mercredi 19 Mai 2010



Pouvoir/Opposition :  La bataille des régions

La ville portuaire et minière de Nouadhibou, grande métropole du Nord et capitale économique de notre pays, a servi de point de départ, au niveau des régions, à la nouvelle «guerre» entre le pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz et la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD). L’un et l’autre camp y ont, en effet, tenu meeting populaire, le même jour et à la même heure.

Par ce premier rassemblement populaire «décentralisé», la COD entame une campagne nationale pour exiger la démission du président Mohamed Ould Abdel Aziz, élu à l’issu du scrutin présidentiel, contesté par ses principaux adversaires, du 18 juillet 2009. Principale formation de la majorité présidentielle et parlementaire, l’Union Pour la République (UPR), qui vient d’achever ses opérations d’implantation, a, quant à elle, décidé d’apporter, immédiatement, la contradiction au discours de l’opposition, en occupant, de la même manière, le terrain. Une démarche à travers laquelle ce parti compte montrer à la Mauritanie des profondeurs les réalisations du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Ainsi la «guéguerre», sans répit, entre pouvoir et opposition, qui mobilise, à la fois, les esprits, la force physique, l’imagination et les nerfs des protagonistes, déborde de Nouakchott, en investissant, d’abord, Nouadhibou, ville-carrefour et cité charnière entre l’Afrique de l’Ouest et le Maghreb, réputée frondeuse depuis le début d’un processus démocratique quasiment mort-né, généreusement «octroyé» à la Mauritanie, au début des années 90.

Tirant les conclusions du déroulement de l’épisode du samedi 15 mai – date des deux rassemblements antagonistes – la COD affirme que «plusieurs milliers de citoyens ont pris part au meeting, malgré les pressions, les intimidations de toutes sortes et les longs détours que leur a imposés l’administration, qui a fermé plusieurs routes menant à la place abritant la manifestation».

Une «messe» au cours de laquelle Ahmed Ould Daddah et ses amis ont dénoncé un régime «despotique», dénué de tout sens, dans la conduite des affaires, et dominé par un mépris, souverain, pour les institutions républicaines et les populations.

Pays «en danger»

L’opposition regroupant une dizaine de partis politiques justifie sa thèse par le constat de l’impasse à la fois politique, économique, sociale et sécuritaire. La COD présente le président de la République comme un «danger» pour notre pays qui n’arrive pas à sortir de la tourmente. Pire, celle-là accuse celui-ci d’entraîner la Mauritanie dans une spirale de «faillite» économique et de d’instrumentaliser la question identitaire, très sensible dans le pays. Un déni manifeste de l’Accord Cadre de Dakar (ACD), convenu dans la capitale sénégalaise, le 2 juin et paraphé, entre les trois principaux pôles politiques mauritaniens, deux jours plus tard à Nouakchott. L’épisode n’aura résolu, en définitive, que le problème du retour à l’ordre constitutionnel, sans apaiser la tourmente politique. Pourtant, l’opposition a, longtemps, sollicité l’ouverture d’un dialogue, en invoquant le titre VII de l’ACD qui jetait les bases d’un dialogue national inclusif, au-delà de l’apurement du contentieux institutionnel suscité par le coup d’Etat du 6 août 2008. On se rappellera ici les termes de ce titre: «cet accord ne met pas fin à la poursuite du dialogue national, sur les autres points qui peuvent renforcer la réconciliation nationale. […] Un dialogue inclusif national doit être poursuivi et intensifié, entre toutes les forces politiques mauritaniennes, en vue, notamment, de renforcer la pratique de la démocratie pluraliste, la prévention des changements anticonstitutionnels de gouvernement, la promotion de la bonne gouvernance politique et économique, l’Etat de droit, la réforme des institutions nationales de sécurité […]».

Cette recommandation a rencontré une fin de non-recevoir, côté pouvoir, par la voix la plus autorisée. Mohamed Ould Abdel Aziz, président de la République a, clairement, signifié que Dakar appartenait au passé, rejetant toute idée de dialogue avec les «alliés du terrorisme». Les opposants ont, en conséquence, changé de stratégie pour exiger le «débarquement immédiat» du président de la République. Pour arriver cet objectif, hautement improbable – l’exercice ressemblant à vouloir décrocher la lune avec les dents – l’opposition entame une série de manifestations: meetings populaires, marches, sit-in de protestation, etc.

Opposition «pernicieuse»

Pour montrer sa fidélité au président la République, l’UPR a décidé de communiquer sur «les réalisations» du pouvoir et d’aider à la mise en œuvre des autres chantiers de la «réforme». Jugeant «pernicieuse et destructrice» la campagne de l’opposition, la locomotive de la majorité présidentielle et parlementaire va mener une action parallèle, dans toutes les régions, pour contrer les visées de la COD tendant à obtenir le départ de Mohamed Ould Abdel Aziz. Campagne pré-électorale? Car, après avoir achevé ses opérations d’implantation, que certaines critiques assimilent à des mesures d’enrôlement forcé, les responsables du parti au pouvoir ne se cachent pas pour dire que leur formation est, aujourd’hui, prête pour de nouvelles élections législatives, évoquant une éventuelle dissolution de l’Assemblée nationale. Cette idée d’élections législatives anticipées est nourrie par «l’épine» Messaoud Ould Boulkheir, opposant minoritaire au Parlement, qui se sert du perchoir de la chambre basse, pour déverser sa bile sur le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz, un pouvoir voué, selon lui, aux flammes incandescentes de l’enfer.

Et pendant que se fourbissent, entre les deux pôles de notre microcosme politique, les armes du prochain «débat» électoral, les Mauritaniens lambdas continuent, eux, à subir, de plein fouet, une crise à la fois nationale et mondiale…

 















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