Présidence à perpétuité


Saharamédias/Nouakchott
Mardi 11 Mars 2014


Depuis que le monde est monde, l’homme a toujours eu un penchant, d’abord pour dompter la nature, ensuite pour dominer son semblable. Il s’est érigé en chef de groupe, de clan, de tribu, d’ethnie, ou de territoire. Il s’est même déifié.


Présidence à perpétuité
Comme chef de territoire, l’homme a été souvent obnubilé par l’extension de celui-ci, et la longévité et l’étendue du pouvoir qu’il peut y exercer sans limites.
L’organisation des sociétés aux temps modernes, sous forme d’Etats, a été marquée par un comportement caractérisé par le souci grandissant de puissance et de suprématie, ainsi que le culte de la personnalité.
 
La soif de pouvoir a donné lieu à toutes sortes de dérives et d’excès. En Guinée-Conakry, où l’indépendantiste Sékou Touré, par la théorie du complot permanent, a transformé son pays en camps de la mort, dont le tristement célèbre « Camp Boiro ». Jean Bedel Bokassa qui, après s’être fait président à vie, a considéré que c’était peu pour lui, et a organisé avec faste, le sacre qui devait faire de lui le premier empereur de la Centrafrique. Fort heureusement, Bokassa 1er fut aussi le dernier de sa piètre et anachronique dynastie.
 
Aussi, nous avons connu les dynasties communistes des Kim  en Corée du Nord, et des frèresCastro  à Cuba.
 
La famille Kadhafi en Libye qui, tout en tenant le pays d’une main d’acier avec sa fameuse troisième théorie du Livre vert, niait détenir le pouvoir, tout en prétendant hypocritement qu’il était exercé « directement » par le peuple. Pauvre peuple !
 
Les Républiques héréditaires en Syrie où Bechar a succédé au père Assad, au Gabon où les Bongo Odimba se relaient au pouvoir, au Togo où les Gnassingbé se suivent et se ressemblent, en RDC (ex-Zaïre) ou les Kabila se sont passés le témoin, au SénégalWade a raté de peu l’intronisation de son fils Karim, à l’instar de l’Egyptien Moubarak qui fut balayé par une révolte populaire avant de céder le fauteuil présidentiel à son fils Gamal.
 
L’inamovible Robert Mugabe qui, après s’être illustré comme militant acharné contre le régime raciste de l’ex-Rhodésie, s’est transformé en impitoyable et exécrable tyran, est toujours là pour nous rappeler qu’il reste encore du chemin à parcourir pour assurer une relève logique et bénéfique ou une alternance tout simplement pacifique.
L’Equato-Guinéen Nguema dont les frasques et celles de son fils défraient la chronique pour les biens mal acquis, et mal utilisés, sont là pour compléter le tableau, mais pas pour l’améliorer. Il n’est pas exclu de voir demain les Itnou du Tchad, les Keita du Mali, lesCondé de Guinée, les Ouattara de Côte d’Ivoire, et j’en oublie.
Jusqu’ici, ça pouvait aller, on s’en accommodait tant bien que mal. La main que tu ne peux couper, il faut l’embrasser, comme on dit. Mais ce qui est en train de se produire en terre algérienne est inédit, et ne manquera pas d’être enseigné dans les écoles de sciences politiciennes. C’est une sorte de momification du sommet du pouvoir, pour maintenir la traite de la vache à lait des généraux. C’est comme si, au lieu du général-maréchal Al Sissi, les urnes égyptiennes nous sortaient dans les prochains jours Akhenaton ou sa célèbre épouseNefertiti. C’est aussi comme si on installait au pouvoir à Addis-Abeba la fameuse Lucysortie en 1974 du triangle Afar. Ou bien qu’on intronisait dans l’un des pays d’Amérique latine, une momie maya ou inca.
 
C’est tout simplement scandaleux ! Comment faire croire aux Algériens qui, malgré l’opulence de leur pays, connaissent les difficultés du quotidien, que ce Monsieur qui ne peut bouger le doigt -au propre comme au figuré- peut incarner leur avenir et leur redonner espoir.
 
On nous dit que le Monsieur qui ne peut prononcer des mots intelligibles, qui ne peut même pas déposer son dossier de ‘’candidature’’ dans les règles constitutionnelles, n’a pas besoin de battre campagne électorale. Selon le ministre de l’Intérieur, les « comités » de soutien s’occuperont de cela pour lui. A en croire que d’autres s’occuperont pour lui de l’exercice du pouvoir : les  comités militaires.
Les militaires n’ont, paraît-il, pas trouvé consensus autour d’une personne, et ont ainsi décidé de garder cet épouvantail, en attendant une solution providentielle. En somme, une transition qui ne veut pas dire son nom. Il n’en demeure pas moins que c’est un supplice pour l’intéressé qui, de la sorte, se trouve condamné, sommairement, à une présidence à perpétuité.
 
C’est une atteinte à la dignité de l’homme (Bouteflika), une insulte à l’honorable peuple d’Algérie, et une pichenette à ce qu’on appelle « la communauté internationale ».
 
 
 DEBALLAHI
 
 
 














GABONEWS APAnews